Guide Voyage Séville - Andalousie - KARAVEL
 

Séville et l'Andalousie

Repères

Arts

Peinture et arts plastiques

En bref

Des trésors artistiques à toutes les époques • Le Siècle d’Or : l’apogée de la peinture andalouse • Picasso, artiste andalou

L’art préhistorique et antique

Les magnifiques peintures rupestres du paléolithique de la Cueva de la Pileta, à Benaoján, près de Ronda, prennent d'autant plus de valeur qu'elles sont difficiles d’accès. La civilisation des mégalithes a laissé des traces dans le village de Los Millares près d’Almería. On trouve également des dolmens à Antequera ou dans l’Aljarafe, au-dessus de Séville. Témoin du passage local des plus grandes civilisations, l’art antique est largement présent dans les musées andalous : sarcophages phéniciens à Cadix ou incroyables trésors tartessiens au Musée archéologique de Séville.

L’art romain

Il trouve son expression la plus achevée dans les ruines de la cité d’Italica qui conserve encore de splendides mosaïques. Les plus belles d’entre elles ont été transférées à la fin du XIXe siècle par la comtesse de Lebrija dans son palais de la calle Cuna, à Séville. Le Musée archéologique en possède également une impressionnante collection.

L’art islamique

Il faut se souvenir que, jusqu’au deuxième tiers du XVIe siècle, l’art andalou est soit exclusivement islamique, soit directement influencé par lui (art mudéjar après la Reconquête). Il se manifeste dans l’extraordinaire richesse de la décoration des édifices, mais aussi dans les arts appliqués : céramique avec les fameux azulejos, tissage de la soie, orfèvrerie, sculpture de l’ivoire, marqueterie et enfin travail du cuir incomparable.

L’art médiéval et la Renaissance

Le goût des souverains castillans est exclusivement orienté vers la peinture flamande. C’est à lui que l’on doit l’exceptionnelle collection de peintres flamands d’Isabelle la Catholique, exposée dans la Chapelle royale de la Cathédrale de Grenade. Le marquis de Tarifa sera le premier à introduire des éléments inspirés de la Renaissance italienne. Il décore de statues grecques et romaines les patios maures de la Casa de Pilatos à Séville.

Le siècle d’or

L’apogée de la peinture espagnole au XVIIe siècle est en fait celui de la peinture andalouse et surtout sévillane. Principalement religieuse lorsque peintres et sculpteurs résident en Andalousie, elle donne toute la mesure de son génie dès que ceux-ci s’expatrient et entrent en contact avec les grandes œuvres de la Renaissance.

Le Sévillan Velázquez, considéré comme l’un des plus grands coloristes de tous les temps, fait l’essentiel de sa carrière à Madrid. Ses remarquables portraits et la virtuosité de son traitement de l’espace et de la lumière sont uniques. Murillo semble se spécialiser dans des compositions un peu mièvres de Vierges entourées d’angelots. Zurbarán, originaire d’Estrémadure, produit pour les grands ordres monastiques, principalement les Chartreux, des séries d’œuvres à l’impressionnant statisme monumental. Si le musée du Prado, à Madrid, a la quasi exclusivité des œuvres de Velázquez, les musées des Beaux-Arts de Séville et Cadix ont d’excellentes collections des peintres de ce siècle. Vous verrez également de superbes témoignages dans les cathédrales comme dans les églises plus humbles.

La sculpture religieuse produit à cette époque des chefs-d’œuvre, aujourd’hui encore patrimoine des confréries de Semaine sainte. A Séville, c’est le cas du Christ de Passion de Martínez Montañés (église du Salvador) et de l’impressionnant Jésus del Gran Poder de Juan de Mesa.

Le XVIIIe et le XIXe siècle

C’est l’époque des peintres costumbristas qui, avec plus ou moins de bonheur, peignent des scènes de genre au très grand intérêt documentaire, notamment sur la vie dans les patios andalous.

Le XXe siècle

Le plus grand de tous, le génie des génies, Picasso, est Andalou. Comment en douter si l’on pense à sa passion pour la tauromachie, à sa fascination pour la céramique, art mineur éminemment mauresque. Málaga prépare actuellement l’ouverture d’un musée qui lui sera consacré. Il abritera les œuvres de la collection de Christine Picasso.

5 œuvres emblématiques

La Virgen de las Cuevas, Zurbarán, 1630 (Musée des Beaux-Arts, Séville)

Saint Antoine de Padoue en extase devant l’enfant Jésus, Murillo, 1656 (Cathédrale de Séville)

Les Ménines, Velàzquez, 1656 (Musée du Prado, Madrid)

Allégorie de la mort, Valdés Leal, 1670 (Hôpital de la Charité, Séville)

Christ du Cachorro, Gijón, 1680 (Chapelle du Cachorro, Séville)

Musique

En bref

L’Andalousie, une des grandes sources d’inspiration musicale du début du XXe • Le flamenco, une musique universelle

La musique savante

Elle n’est ni andalouse ni même espagnole, mais ô combien sévillane : Carmen, à l’instar de Dom Giovanni, le Barbier de Séville, les Noces de Figaro, la Force du Destin ou Fidelio est l’un des multiples opéras mondialement connus dont l’action se déroule à Séville.

Au début du XXe siècle, l’Andalousie est la grande source d’inspiration des compositeurs andalous ou espagnols résidant à Paris. Elle exerce également son pouvoir de fascination sur Ravel (Boléro) et Debussy (Ibéria). Albeniz, Granados, et surtout le Sévillan Joaquín Turina et le grenadin Manuel de Falla puisent largement dans la musique populaire andalouse. Quant au grand guitariste Andrés Segovia, de Jaén, il a largement renouvelé la technique de la guitare classique.

Le flamenco

Voici une musique qui, au même titre que le jazz, fait partie du patrimoine universel. Son impact international ne cesse de croître. Le flamenco est exclusivement andalou. Il n’est pas, comme on le croit souvent, une création des Gitans. C’est en fait le résultat du mélange de races et de croyances : Morisques, Juifs, convertis, Castillans, mais aussi Flamands, qui composent le peuple andalou après la Reconquête. C’est à cette époque que les Gitans arrivent en Espagne. Ils s’imprègnent vite de l’extrême richesse du folklore andalou. Leur génie de l’interprétation fait le reste. Le flamenco est le cri de la gorge déchirée d’un peuple qui a connu la persécution, la misère et l’ignorance. “J’ai une peine, une peine dont je peux presque dire que ce n’est pas moi qui ai de la peine : c’est ma peine qui m’a à moi.

Les noms d’artistes consacrés, comme Camarón de la Isla, Paco de Lucía ou Carmen Linares, sont sur toutes les lèvres. La relève est amplement assurée par les jeunes valeurs comme le guitariste Vicente Amigo, la chanteuse Estrella Morente ou la danseuse Sara Baras.

Architecture

En bref

D’importants monuments islamiques se trouvent en Andalousie • La fusion des styles gothique et mudéjar est unique en son genre

L’architecture islamique

Nombreux sont les restes d’architecture islamique en Andalousie. Commençons par les mosquées, caractérisées par la présence du mur qibla, orienté en direction de la Mecque, matérialisée par une niche, le mihrab.  On trouve également un minaret, souvent reconverti en clocher chrétien, et un patio muni d'une fontaine pour les ablutions. La plus impressionnante par la taille est certainement la Grande Mosquée de Cordoue, la plus émouvante celle d’Almonaster la Real, près d’Aracena. A Grenade, une partie de la medersa, ou école coranique, est encore conservée. Les murailles arabes, avec leurs merlons typiques, sont en parfait état à Séville (quartier de la Macarena) et à Niebla (province de Huelva), tandis que les citadelles (alcazaba) de Málaga et d'Almería impressionnent par leur emplacement élevé et leurs dimensions. De très beaux hammams se visitent à Jaén et à Ronda, tandis que Grenade possède un caravansérail, le Corral del Carbón, et quelques restes du souk, la Alcaicería. Nous avons gardé pour la fin la magnificence des palais, l’Alhambra de Grenade bien sûr, mais aussi la splendeur califale de Madinat al-Zahra à Cordoue.

L’architecture médiévale

Dès que certaines parties d’al-Andalus sont reconquises, les rois castillans se mettent à l’œuvre en utilisant les services des constructeurs et artisans maures locaux (les mudéjars). Ils les font parfois travailler conjointement avec les constructeurs du nord de l’Europe, fort appréciés en Castille. Cela donne le curieux mélange gothico-mudéjar du premier bâtiment chrétien après la Reconquête, l’église de Santa Ana (Triana) à Séville (1280). Autre métissage : le mélange des parties gothiques (1290), puis purement mudéjares (1366), de l’Alcazar de Séville. Sans oublier le charme surréel du mudéjar mêlé aux styles gothique et Renaissance de la Casa de Pilatos à Séville (1540).

Le gothique pur, mêlé par la suite de style Renaissance, se trouve dans les impressionnantes dimensions de la cathédrale de Séville (1420), construite par des architectes français et flamands. A mi-chemin entre les styles gothique et Renaissance, avec des emprunts mudéjars, le style isabellin s'illustre dans la Chapelle royale de Grenade (1507).

L’architecture Renaissance

La Renaissance se manifeste d’abord en Andalousie par le style plateresque (à la manière de l’argent ciselé) du magnifique Hôtel de ville de Séville (1540). Puis l’on trouve le style Renaissance pur de la cathédrale de Grenade (Diego de Siloé, 1561), du palais de Charles Quint dans l’Alhambra (1572) et des multiples édifices de ce style à Úbeda et Baeza. Le Renaissance tardif des Archives des Indes à Séville (1583) est dû à l’architecte de l’Escorial, près de Madrid, Juan de Herrera.

L’architecture baroque

Sa plus grande splendeur coïncide avec l’arrivée des Bourbons au pouvoir. Les façades se prennent de mouvements ondulatoires et se couvrent de motifs décoratifs. En Espagne, il prend le nom de churrigueresque. A Grenade, Francisco Hurtado atteint le paroxysme du délire avec le “Saint des saints” de la Cartuja (1720).

Le XXe siècle

Cette imagination si fertile s’épuise dans les siècles qui suivent en même temps que s’accentue le déclin économique. Seule, dans la lignée du modernisme catalan, l’Exposition ibéro-américaine de 1929 inspirera l’éclosion du néo-mudéjar dont le meilleur exemple est l’impressionnante Plaza de España. Ce style s'exprimera peu en dehors de Séville. En 1992, à l'occasion de l’Exposition Universelle, de nombreux bâtiments emblématiques furent construits, notamment le pont de l’Alamillo, oeuvre de Santiago Calatrava.

Le Who’s who des architectes

Diego de Siloé et son disciple Andrés Vandelvira (début du XVIe siècle) : architectes emblématiques du style Renaissance en Andalousie. On doit au premier la cathédrale de Grenade et au second la surprenante unité des villes Renaissance d’Andalousie, Úbeda et Baeza.

Leonardo de Figueroa (début du XVIIIe siècle) : principal représentant du style baroque churrigueresque, il construit le Palais de San Telmo, l’église du Salvador et l’église Saint-Louis-des-Français à Séville.

Anibal González (début XXe siècle) : grand artificier des édifices de l’Exposition ibéro-américaine de Séville en 1929. Il conçoit les styles néo-mudéjar et néo-plateresque.

Rafael Moneo (XXe-XXIe siècles) : l’un des grands architectes espagnols contemporains. A Séville, on lui doit l’édifice de Prevision Española, juste derrière la Torre del Oro, et l’aéroport construit pour l’Exposition Universelle.

Nos livres favoris

L’Andalousie musulmane

Le médecin de Cordoue, Herbert Le Porrier (1974) : alors qu’en France les Capétiens ont du mal à sortir de la barbarie, Cordoue, avec ses centaines de bibliothèques, connaît un âge d’or du savoir. Le juif Moïse Maïmonide devient, dès son plus jeune âge, disciple du penseur et médecin arabe Averroès. Tous deux seront bientôt reconnus dans l’Europe entière comme appartenant à la pléïade des plus beaux esprits de leur temps. Contraint à l’exil par le fanatisme des Almohades, Maïmonide devient médecin du sultan Saladin et meurt au Caire.

Léon l’Africain, Amin Malouf (1986) : la chute de Grenade vécue et racontée dans ses moindres détails par le géographe Jean-Léon de Médicis, né Hassan al-Wassan en 1488 (4 ans avant la chute). Exilé au Maroc, il portera pendant toute son extraordinaire existence le surnom du Grenadin.

Séville au Siècle d’or

L’or du roi, Arturo Pérez-Reverte (à paraître) : Pérez-Reverte poursuit la série des aventures de cape et d’épée du capitaine Alatriste dans la Séville intrigante et picaresque du XVIIe siècle. Dans le décor grandiose de l’Alcazar, mais aussi celui des tavernes, des prisons de l’Inquisition et des coupe-gorges, toute la ville attend l’arrivée de la flotte des Indes. Les galions chargés d’or arriveront-ils finalement à leur véritable destination ?

L’Andalousie vue par les voyageurs romantiques

Carmen et treize autres nouvelles, Prosper Mérimée (1847) : en faisant publier Carmen dans la Revue des Deux Mondes pour le prix de deux pantalons, Mérimée se doutait-il que cette nouvelle deviendrait l’argument de l’un des opéras les plus connus au monde ? Dans le même recueil, il décrit la corrida (Combats de taureaux), le tragique de l’âme espagnole (Une exécution) et les fameux brigands des chemins andalous (Les voleurs).

La tauromachie

Mort dans l’après-midi, Ernest Hemingway (1932) : tous les détails les plus intimes de la corrida par l’une des plus grandes plumes de la littérature américaine. Hemingway dissèque le rituel andalou avec une précision journalistique et un sens inouï de l’observation qui rendent le roman passionnant.

Nos films favoris

Le mythe de la femme sévillane

La Femme et le Pantin, Josef von Sternberg (1935) : Marlene Dietrich au sommet de sa carrière de femme fatale, dans une excellente adaptation du roman de Pierre Louÿs. Toute la sensualité de Séville, telle qu’on la retrouve dans l’imaginaire collectif. La version de Julien Duvivier, en 1958, avec Brigitte Bardot, est une adaptation libre.

Les clichés andalous

La Belle de Cadix, Raymond Bernard (1953) : tout le catalogue des espagnolades andalouses si prisées du franquisme. La belle, Carmen Sevilla, est aujourd'hui, à plus de soixante ans, une présentatrice de télévision très en vogue. Réservé aux inconditionnels de Luis Mariano.

L’opéra

Carmen, Francesco Rosi (1984) : l’opéra populaire est magnifiquement rendu à l’écran dans les décors naturels de Séville, Ronda et Carmona. Tauromachie et Semaine sainte sont au programme. La soprano Julia Migenes-Johnson campe une Carmen vive et sensuelle.

Le flamenco

Noces de Sang (1981), Carmen, (1983), L’amour sorcier, (1986), Carlos Saura : le réalisateur espagnol immortalise l’immense couple de danseurs flamenco Antonio Gades-Cristina Hoyos dans trois films de qualité inégale. La beauté plastique et la force de Noces de Sang laissent bouche bée. Toute l’énergie du flamenco et des grands mythes andalous.

Les gitans

Vengo, Tony Gatlif (2000). Une évocation des gitans andalous d’aujourd’hui qui ne dérape pas dans le folklore. Avec le grand danseur Antonio Canales dans le rôle principal, Gatlif peint avec sobriété les valeurs qui sont au cœur du Sud : la passion, l’honneur, la vengeance, mais aussi l’amour, la loyauté, le don de soi.

Le rocher de Gibraltar

Tuer n’est pas jouer, John Glen (1987) : le premier Bond joué par Timothy Dalton. L’agent le moins secret de la planète saute sur le rocher dans une scène d’introduction très réussie. Belles prises de vue aériennes sur une région peu filmée.

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