Maroc
Vivre Marrakech, c’est commencer par se perdre dans sa médina. Du quartier fourmillant des souks aux plus austères quartiers d’artisans au nord, la balade est toujours un ravissement. La marche est le meilleur moyen d’explorer la ville, à moins qu’on ne choisisse de louer une calèche, idéale pour effectuer le tour des remparts. La station principale se trouve place Jemaa El Fna, le long du square Foucauld. Comptez environ 60 dh la promenade. La visite de Guéliz se fait elle aussi à pied, à moins qu’on ne préfère un petit taxi qui vous conduira au cœur de la palmeraie. Comptez environ 80 dh de l’heure.
Des cartes de la ville sont disponibles dans la plupart des bureaux de tabac. Sommaires, elles permettent néanmoins de s’orienter plus facilement, notamment dans la médina. De nombreux livres ont été écrits sur Marrakech, ils constituent une bonne introduction à la découverte de la ville. Ceux publiés chez ACR dévoilent les intérieurs et les jardins de grandes demeures inaccessibles au public. Chez Actes Sud vient de paraître un ouvrage très intéressant, bien qu’assez technique, sur Les jardins de Marrakech. On aime également beaucoup Le jardin Majorelle (Actes Sud), La Mamounia (ACR) et La medersa de Marrakech (la medersa Ben Youssef, la Croisée des Chemins). Ces ouvrages, superbes, sont assez coûteux.
Côté hébergement, il est recommandé de louer une chambre dans un riad de la médina. Rares sont les grands hôtels qui méritent leur classement : parmi ceux-ci, on conseillera la Mamounia, le Méridien, le Saadi et le Tichka. Les petites pensions non classées offrent un confort minimaliste mais leurs tarifs excèdent rarement les 100 dh par personne. Nos préférées : Jemaa El Fna, près de la rue des Princes et Riad Zitoun.
Enfin, il est possible de bien dîner aux quatre coins de la ville, même si les lieux en vogue sont plutôt situés dans la médina.
Pour se rendre dans les villes limitrophes telles que Ouarzazate, Essaouira ou Taroudant, l’idéal reste l’autocar. La compagnie la plus fiable est CTM, installé boulevard Zerktouni. Supratour assure également un bon service : les cars partent depuis la gare ferroviaire, mais attention : les voyageurs des trains sont prioritaires et les places sont comptées. Des autocars plus aventureux partent de la gare routière de Bab Doukkala. Les tarifs sont extrêmement raisonnables. Pour rejoindre des sites plus proches, comme la vallée de l’Ourika ou Oukaïmeden, les taxis collectifs sont la formule la plus pratique. Ils partent de Bab Agnaou.
Médina
Véritable labyrinthe où l’ocre rouge renforce les clairs-obscurs, la Médina invite le voyageur à une fascinante remontée dans le temps. Les derbs sont comme des bastions médiévaux où se trameraient d’incroyables histoires orientales. Chaque porte de bois lourdement close cache son secret, ici un merveilleux palais, là un jardin exubérant. La médina de Marrakech engendre le rêve. Le mieux est de se laisser porter par le temps et par les mouvements de la foule. Ne craignez pas de vous perdre dans l’austère kasbah ou dans la trépidante Bab Doukkala : c’est la meilleure façon de découvrir la ville.
Souks
Au nord de la place Jemaa El Fna, la quartier des souks est la porte ouverte sur un monde de couleurs et de mouvements. Les teinturiers font sécher leurs écheveaux de laine sur des fils tendus au travers des rues. Les façonneurs du cuir négocient vivement des ballots de sacs et de ceintures. Les dinandiers, qui martèlent vigoureusement le fer blanc et le cuivre, semblent suivre une invisible partition. L’œil est attiré par l’éclat des céramiques de Fès ou de Safi, dont le vernis étincelle sous un rayon de soleil, ou par les sacs rouges, jaunes et verts du feutrier. L’odeur du bois travaillé est obsédante, et le cèdre distille la plus subtile des fragrances… Bienvenue dans un autre monde, là où l’éblouissement des sens n’est pas un vain mot.
Place Jemaa El Fna
La place Jemaa El Fna n’usurpe pas sa réputation. Ancienne porte de la ville où l’on exposait les têtes des condamnés à mort, ancienne gare des autocars sous le protectorat, c’est aujourd’hui une véritable agora en plein cœur de Marrakech. La ville entière semble y transiter à un moment ou un autre de la journée. On vient y écouter les conteurs, admirer les cracheurs de feu, dresseurs de singes et autres montreurs de serpents. Les jeteurs de sorts y prodiguent leurs fatals conseils. Et les estaminets qui s’y installent pour la nuit constituent sans conteste la meilleure table de la ville. On peut tout y goûter, du foie de dromadaire à la tête de mouton ou aux pieds de veau aux épices. Entre l’Orient et l’Afrique, mille et une images… Et autant de saveurs.
Quartier du Guéliz
Quelle élégance que celle du Guéliz ! Ses belles avenues convergent toutes vers la Koutoubia et Jemaa El Fna. Elles sont tracées avec un rare sens de l’harmonie. Il fut un temps, hélas révolu, où de très belles villas des années 30 et 40 bordaient ses rues. De vilains immeubles rattrapent ces images d’autrefois. Mais certains bâtiments des années 50 et 60 constituent encore des curiosités. Au Guéliz, on se promène sous les acacias avant de rejoindre le jardin Majorelle, havre de paix dessiné par le peintre orientaliste. On y prend l’apéritif dans des bars canailles et l’on y dîne dans des restaurants sélects. Le matin, les habitués savourent un café sur l’une des belles terrasses du boulevard Mohamed V, avant de se rendre au marché. Une Traction Citroën passerait, et, pour un peu, on croirait basculer dans le temps…
Mosquée de la Koutoubia
Comme la Tour Eiffel à Paris, la Koutoubia symbolise Marrakech. Minaret d’une mosquée construite au XIIe siècle, c’est un pur chef-d’œuvre de l’architecture almohade. La sobriété de son ornementation et l’équilibre de ses volumes ont fait de cette tour une référence. Malgré ses neuf siècles d’existence, Elle reste le plus haut minaret de Marrakech et sert de point de repère dans la ville. Elle domine une mosquée qui fut l’une des plus importantes du Maroc, le lieu de vente et d’échange des principaux manuscrits de l’époque. La Koutoubia fut un important foyer de diffusion de la pensée.
Médersa Ben Youssef
La medersa Ben Youssef a longtemps été la plus grande école coranique d’Afrique du Nord. Son rayonnement théologique s’étend toujours à travers tout le Maghreb. Capable d’accueillir près d’un millier d’élèves, la medersa constitue également une référence en matière d’architecture et de décoration mérinides. Le travail des stucs, des zelliges et du cèdre, symboles du raffinement de l’époque, est admirable. Les volumes de sa paisible cour sont d’une rare harmonie. Les étudiants dormaient autrefois dans les petites cellules entourant le patio. La medersa donne sur la mosquée du même nom, élevée quant à elle au Xe siècle.
Tombeaux saadiens
Cette nécropole royale du XVIe siècle abrite les sépultures de 66 Saadiens. Le visiteur doit traverser le jardin, symbole terrestre du paradis d’Allah, avant de pénétrer dans les trois salles où sont inhumés les rois. Eclairé par une lumière naturelle, le lieu est d’une rare poésie. La finesse et la richesse de décoration sont remarquables. C’est ici que repose le grand sultan Ahmed Al Mansour, celui qui fit de Marrakech sa capitale. L’influente et sage mère du sultan repose dans un mausolée attenant à ces trois salles. Le sultan alaouite Moulay Ismaël, qui ordonna la destruction de Marrakech pour mieux la soumettre à son joug, épargna ces tombeaux pour leur beauté. Il les fit néanmoins murer. Les tombeaux ne furent découverts et ouverts au public qu’en 1917.
Palais Al Badi
Ce palais érigé par Ahmed Al Mansour fut considéré en son temps comme le plus beau palais du monde. C’est du moins ce que dit la légende. Construit à la mesure de la puissance du grand sultan, il fut rapidement surnommé "l’incomparable". Il n’en reste que de vastes ruines. A visiter : la mosquée, les cours, les salles de réception, le tribunal, les prisons et le hammam. En 1969, Moulay Ismaël en pilla tous les riches ornements (or, boiseries…) pour les transférer dans son palais de Meknès.
Palais de la Bahia
C’est l’un des plus beaux palais de Marrakech. Construit à la fin du XIXe siècle, il appartenait à Si Ahmed ben Musa, grand vizir du sultan Moulay El Hassan Ier. Le palais enchevêtre grandes demeures - rattachées les unes aux autres au fur et à mesure de leur acquisition -, fontaines, patios charmants, petits jardins et recoins intimes. Cet incroyable dédale s’étire sur près de 10 hectares. On ne peut en visiter qu’une petite partie, le palais étant toujours habité par la famille royale. Sont notamment ouverts au public les appartements de la favorite, la salle de conseil et le jardin andalou.
Palais Dar Si Saïd
Comme la Bahia, Dar Si Saïd est un palais de grande famille patricienne du XIXe siècle. Il abrite aujourd’hui le musée des Arts et de l’Artisanat marocain, qui réunit une superbe collection d’objets anciens issus des quatre coins du pays : bijoux berbères en argent, vêtements traditionnels, céramiques antiques, meubles, tapis, bois sculptés, vieux mousquets… La visite réserve de jolies surprises. Un jardin et un patio accueillent les visiteurs désireux de faire une pause.
Musée de Marrakech
Le musée de Marrakech est installé dans un palais appartenant à l’une des plus grandes familles marocaines. On doit son existence à quelques amoureux de la ville, dont le projet fut soutenu par un grand financier casablancais. Les salles d’exposition entourent une magnifique cour pavée de marbre gris. Elles reprennent près de mille ans d’histoire, des premiers manuscrits antiques jusqu’aux toiles de peinture contemporaine, en passant par les bijoux, la monnaie, la céramique ou les pièces de bois. Des expositions temporaires d’art contemporain sont régulièrement organisées dans ce lieu superbe, peut-être le seul au Maroc à s’appuyer sur des techniques muséographiques modernes. A l’entrée du musée, dans une petite cour, une librairie offre un choix intéressant de livres sur le Maroc et la culture arabo-musulmane.
Fondation Dar Belhaj
Dernier-né des musées marrakechi, cette fondation privée doit son existence à un couple de Suisses passionnés par le Maroc. Dédiée à l’exposition des arts vivants marocains, la fondation s’est installée dans un ancien hôpital où l’on soignait paraît-il autrefois les cigognes. Plusieurs salles sont consacrées à l’architecture rurale : techniques de construction, conception des kasbah du Haut Atlas, travail du bois et de la terre sont les principaux domaines abordés. Par ailleurs, le musée est très beau, superbement restauré, et le calme qui y règne est des plus reposants.
Musée Tiskiwin
Bert Flint était un voyageur néerlandais fasciné par le Maroc et sa culture. Il ouvrit, alors que Marrakech n’était pas encore une destination en vogue, ce petit musée qui occupe deux riads du XIXe siècle. On circule à travers des petites salles et des escaliers abrupts où sont exposés les objets de sa collection : céramiques, poteries, étoffes, boiseries et tapis, principalement en provenance du Haut Atlas. Le fonds est modeste mais le lieu a beaucoup de charme, et l’on sent que son existence a été motivée par une réelle passion.
Tanneries
Le quartier des tanneurs de Marrakech est moins spectaculaire que celui de Fès, même si sa superficie est probablement plus importante. Il vaut cependant le détour, ne serait-ce que pour observer en détail le processus du travail des tanneurs. Votre regard sera tout d’abord attiré par les peaux négligemment étalées sur les bords de la route. Dans les tanneries, immergés jusqu’au sommet des cuisses, des ouvriers piétinent les peaux immergées dans le liquide pigmenté. Autre opération visible à l’œil du profane, le dolage, étape où la peau est vigoureusement raclée. La forte odeur, plus supportable qu’on ne le dit, est due à l’acide sulfurique, qui conserve et assouplit le cuir.
Jardin de l’Agdal
Attenant au palais royal, le jardin de l’Agdal est aujourd’hui un vaste verger (“agdal” en berbère), dont la configuration remonte au XIXe siècle. Le site était autrefois occupé par un grand bassin d’irrigation, creusé à l’époque almohade, dont les abords furent transformés en jardin au fil des siècles. Le lieu est extrêmement paisible et romantique. Souvent ouvert au public, il ferme néanmoins ses portes quand le monarque reçoit des invités dans les pavillons alentours.
Jardins de La Ménara
C’est un lieu magique et intemporel. Un pavillon recouvert de tuiles vertes se reflète dans l’eau calme d’un bassin, se détachant sur un fond de chaînes de l’Atlas. Cette immense oliveraie servait au IIe siècle de bassin d’irrigation et de réserve d’eau pour la ville, alors gouvernée par les Almohades. Chaque dynastie marqua de son empreinte la construction de la Ménara. Le célèbre pavillon date, quant à lui, du XIXe siècle. On accède au parc par la majestueuse avenue de la Ménara, qui part de la Mamounia en longeant Hivernage et ses hôtels luxueux. La Ménara constitue en été un havre de fraîcheur recherché, et les Marrakchis aiment à venir s’y promener et pique-niquer.
Jardin Majorelle
C’est en 1917 que le peintre français Jacques Majorelle, originaire de Nancy, s’installa à Marrakech. De nombreuses toiles lui furent rapidement commandées et ses travaux symbolisèrent bientôt le style néo-oriental du début du siècle. Le peintre travaillait dans son jardin, au nord du Guéliz. Le pavillon fut racheté par Yves Saint-Laurent et Pierre Bergé, qui restaurèrent les jardins pour en faire un paradis reconquis. Bambouseraies, haies de cactus, buissons de papyrus… Une incroyable profusion de plantes s’épanouit dans le jardin, formant un ravissant parcours. Le pavillon, peint d’un bleu Klein et immortalisé par de nombreuses photographies, renferme aujourd’hui un petit musée d’art islamique.
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