Guide Voyage Maroc - KARAVEL
 

Maroc

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Fès est sans conteste l’une des merveilles du monde arabe. De nombreux ouvrages lui sont consacrés, dont certains très techniques, entre autres sur l’urbanisme et le foncier traditionnels, ou sur l’eau dans la ville, qui ne sont pas les moins intéressants. Comme tous les foyers culturels, plus on apprendra sur la cité, plus on en appréciera la richesse.

Néanmoins, à simplement déambuler dans sa médina, on sent que l’on a à faire à un joyau. Vaste dédale en pentes, elle permettait de flâner des jours et des jours, sans jamais éprouver le moindre ennui. La ville est magique, sans aucun doute. Souks, mosquées, medersas, placettes calmes, cohue de la foule… Tout le monde arabe s’est cristallisé dans ces ruelles. La ville nouvelle, quant à elle, est un exemple typique d’urbanisme et d’architecture à la Prost. Etonnamment, la promotion immobilière n’y a fait que très peu de ravages visibles pour le profane. L’avenue Hassan II, qui traverse la ville jusqu’à la jonction de la médina, est véritablement magnifique.

Il est étrange de constater que Fès, en étant une capitale de la gastronomie marocaine, n’a que très peu de restaurants. Et encore moins de bonnes tables. Comme il est navrant de trouver très peu de belles boutiques ou bazars. Il est probable que la ville, n’ayant pas connu un essor comme Marrakech, soit restée sur les acquis des années 70. Le paysage hôtelier s’en ressent, d’ailleurs, où à part quelques grands établissements et des nouvelles maisons d’hôtes, l’infrastructure est fatiguée.

Enfin, Fès est encore la ville du Maroc où le harcèlement n’a pas cessé, contrairement à Marrakech ou Tanger. Ce sont maintenant des enfants de 10 ou 12 ans qui collent aux voyageurs, pour les inciter à les suivre, sans que les passants n’interviennent. Cela reste très fatiguant, voire agaçant au plus haut point. Mieux vaut donc prendre un guide, ou d’emblée le “faux-guide” qui paraît le moins véreux, afin de se garantir un peu de tranquillité.

Musée Dar Batha

En matière de musée des arts et traditions au Maroc, Dar Batha se situe à une bonne place. Installé dans un palais qu’avaient fait élever les sultans Hassan 1er et Moulay Abdelaziz, à la fin du XIXe siècle, il possède une très belle collection répartie sur une douzaine de salles. Les pièces les plus remarquables sont sans aucun doute d’anciennes céramiques, dont les fameux “bleus de Fès”, dont certaines datent du XIVe siècle. Mais on peut aussi y apprécier tout le savoir-faire (et il est vraiment extraordinaire) des autres artisans marocains : broderie fassie (absolument incroyable), stucs sculptés comme des pièces de dentelle, bois travaillé finement et dinanderie ajourée comme des bijoux sont autant de ravissement pour l’œil du connaisseur. Le palais, construit dans un style hispano-mauresque, a encore un très joli jardin andalou.

Mosquée Qaraouiyine

Après Al Azhar au Caire, la Qaraouiyine est la mosquée la plus importante du monde arabe. Par mosquée, nous entendons lieu d’apprentissage et de réflexion sur l’islam, ce qui serait une université religieuse pour les modernes. Et dans ce sens, elle est l’une des plus anciennes du monde, avant même la Sorbonne. Fondée au IXe siècle par les réfugiés kairouanais, elle deviendra un centre éminent rayonnant dans le monde dès le XIe siècle. Entre temps, elle gagnera la place de plus grande mosquée de Fès et donc du royaume. Pouvant accueillir jusqu’à 20 000 fidèles, elle constitue un chef-d’œuvre architectural de la même veine que les grands bâtiments andalous. Elle possède encore une bibliothèque riche de 30 000 ouvrages, dont 10 000 manuscrits : l’un d’Averroès, un autre offert par Ibn Khaldoun. Ici fut formée une pensée musulmane ouverte et tolérante, renforcée par les plus grands philosophes arabes et même quelques Papes. Pour les non-musulmans, il est possible d’entrevoir la vie pieuse quotidienne que l’on y entretient par l’une des quatorze portes. L’université s’est installée, quant à elle, dans les périphéries de la vieille médina.

Médersa El Attarine

Cette école coranique a été fondée au XIVe siècle. Elle est un magnifique exemple de l’art architectural mérinide. Une belle cour – qui est moins vaste que celle de la medersa Ben Youssef de Marrakech – dessert salles et cellules. Les galeries font montre d’un remarquable sens des volumes et des proportions. Le travail artisanal, effectué sur le stuc, les zelliges (petits morceaux de brique émaillés qui décorent les monuments ou les intérieurs au Maroc), les vantaux de moucharabieh, les plafonds de cèdre, est exemplaire. Mais c’est surtout un sens de l’harmonie qui prédomine dans cette architecture voulue par l’une des dynasties les plus raffinées. Des terrasses de la médersa, on découvre une très belle vue plongeante sur l’une des cours de la Qaraouiyine.

Zaouia de Moulay Idriss II

Entre le souk Attarine et la place En Nejjarine, au fond d’une petite rue extrêmement commerçante, apparaît la zaouia dédiée au saint patron de Fès, Moulay Idriss II. Deuxième sultan du royaume, il poursuivit la fondation de la ville décidée par son père, au VIIIe siècle. L’accès étant interdit aux non-musulmans, on appréciera surtout la cohue qui règne autour de ce lieu. Des poteaux de bois barrent symboliquement l’accès à proximité de la zaouia, marquant les limites de l’espace de sainteté. Autrefois, les profanes devaient s’arrêter à cette distance respectueuse des portes du sanctuaire, qui était aussi une zone d’asile où les autorités ne pouvaient intervenir. Par l’une des deux portes, il est possible d’apprécier la ferveur qui règne à l’intérieur de la zaouia, ainsi que d’apercevoir le tombeau du saint, recouvert d’un catafalque richement brodé.

Fendaq En Nejjarine

Le Fendaq En Nejjarine (hôtel des menuisiers) est un petit musée consacré aux métiers du bois. C’est l’Unesco qui a établi ce projet, dans un ancien caravansérail du XVIIIe siècle. Le lieu est particulièrement ravissant, élégant sans conteste, et restauré avec un rare bonheur. On y découvre des échantillons des essences travaillées au Maroc, des outils et de belles pièces anciennes d’ébénisterie, dont de magnifiques portes. Sur la terrasse du musée est installé un salon de thé extrêmement agréable.

Médersa Bou Inania

La medersa Bou Inania est la “star” des médersas de Fès. Chef-d’œuvre absolu de l’art tardif mérinide, le plus décadent du XIVe siècle, elle est aussi la plus grande des médersas de la ville. Son patio a des proportions extraordinaires et la décoration est à couper le souffle par sa finesse. Les zelliges alternent céramiques et onyx, le cèdre est ciselé comme de l’argenterie persane, le stuc comme de la broderie. La salle de prière possède un mihrab admirablement bien ouvragé. Elle est ornée de vitraux et de bois peints et sculptés. La medersa Bou Inania a ces deux particularités de posséder un minaret, ce qui est très rare pour les écoles coraniques, et de posséder encore une clepsydre du XIVe siècle, construite par un savant horloger que l’on disait magicien. Le tout est réellement époustouflant pour les amateurs d’architecture et d’artisanat arabo-musulman.

Mosquée des Andalous

Cette mosquée fut longtemps la rivale de la Qaraouiyine, comme les Andalous le furent des Kairouanais, en matière de prestige bien entendu. Les débuts de sa construction datent de la même époque que ceux de la Qaraouiyine. Mais cette dernière eut un rayonnement immédiat, laissant les Andalous derrière elle. Pour autant, elle ne fut pas mise de côté et chaque dynastie y laissa son empreinte. Elle connut un lent mais très important développement, visible particulièrement sous les Almohades. Cette mosquée s’est agrandie au fur et à mesure des tentatives du pouvoir pour freiner l’influence de la Qaraouiyine. Elle est aujourd’hui un bâtiment monumental remarquable, dans un quartier calme et retiré des grands circuits touristiques.

Musée des armes

Si le borj est très beau, comme peuvent l’être tous les bastions, le musée est certes intéressant mais ses collections désorientent quelque peu : c’est un musée des armes de tout temps et de toutes origines. On aurait préféré une collection au thème plus limité et mieux fourni. Ainsi, cela s’étend du silex aux armes à feu. Le fonds le mieux achalandé concerne les sabres, cimeterres et autres dagues, une spécialité arabe s’il en est. Quelques fusils sortent du lot, par la qualité et par l’ornement de leur décoration. Les vrais amateurs et collectionneurs d’armes disent naturellement que ce musée est l’un des plus intéressants au monde.

Tombeaux mérinides

Au nord de la médina, sur les flancs d’une colline brûlée par le soleil, on trouve les modestes tombes mérinides. C’est sur ces coteaux-là que sont les anciens cimetières de la ville, champs d’herbe jaunie parsemés des tâches blanches des stèles. C’est l’un des lieux les plus doux et les plus beaux de la ville. Depuis ce cimetière s’offre une vue fascinante sur la médina et les collines du sud. Quelques bergers et leurs maigres troupeaux, des hommes en djellaba traversent ce décor : on croirait voir une toile romantique. Les tombeaux de la dynastie mérinide datent pour la plupart du XIVe siècle. Peu nombreux, isolés face à la ville grouillante au loin, ils sont une belle leçon de modestie.

Le Mellah

L’ancien quartier juif de Fès est aujourd’hui habité par des familles musulmanes fraîchement arrivées ici, poussées par l’exode rural. Investi dès le XIIIe siècle par des Marocains ou Algériens de confession juive, ce quartier était protégé par le palais royal qu’il côtoie. Sous la protection personnelle du sultan, les Juifs marocains risquaient moins en s’installant sur les territoires du pouvoir. De cette vie de communauté, il ne demeure que des maisons quelque peu délabrées, où l’étoile de David continue de briller sur certaines façades.

Les Souks

Au centre de la médina, comme un parcours autour de la Qaraouiyine, se trouvent les ruelles investies par les petites échoppes des commerçants. Des venelles ombragent ces passages où la lumière filtre en raies. Là, cris des vendeurs, tumulte de la foule et piétinements de la cohue créent une étrange animation sonore. Un muletier passe et chacun de se coller aux murs pour ne pas être foulé. Les boutiques vomissent leurs amas de nougats, de laines, de fils ou de cuirs. Les épices aussi sont de la fête. Puis viennent les rues où flotte l’odeur de sang des viandes de boucheries, où les effluves de la menthe en tas vous enveloppent, où l’on succombe aux fragrances de la verveine séchée. Le monde arabe est là dans toute sa confusion, incompréhensible, et dans toute sa splendeur.

Quartier des tanneurs

Aux pieds de la médina, quand on s’est laissé porter par ses pentes, le quartier des tanneurs apparaît installé sur un bras de l’oued Fès. Enserrées au milieu de hautes maisons populaires, les cuves sont autant de points de couleurs où baignent les peaux. Les artisans foulent les cuirs dans les bassins, d’autres circulent en équilibre sur leurs bords, dans un ballet kabalistique. La plupart du temps, on aborde ces tanneries qui datent approximativement du Xe siècle, par les terrasses des maisons alentours. Des bazars y sont installés, profitant de leur statut de passage obligatoire pour tenter de vendre leurs produits. Ce sont souvent des coopératives qui écoulent les marchandises fabriquées avec le cuir des tanneries. Les prix sont raisonnables. A droite de ces maisons, une petite ruelle très abrupte descend jusqu’aux cuves, qu’il est ainsi possible d’approcher.

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