Guide Voyage Maroc - KARAVEL
 

Maroc

Repères

Arts

Peinture et arts plastiques

En bref

Du voluptueux pinceau des orientalistes au trait naïf des peintres marocains • Des toiles résolument contemporaines • Les clichés réalistes des photographes déclinent les diverses visions du royaume

Les orientalistes et les naïfs

Depuis la Renaissance, l'orient suscite les fantasmes des occidentaux. Au XIXe siècle, l'établissement des colonies et le développement des moyens de transport, permettent aux artistes en quête d'exotisme de se rendre de l'autre côté de la mer. Bien des peintres orientalistes sont inspirés par le "pittoresque" Maroc. Eugène Delacroix figure parmi les précurseurs. C'est en 1832 qu'il se joint à une mission diplomatique et s'embarque pour Tanger. Benjamin Constant, Henri Regnault, Henri Matisse lui emboîteront le pas. Rome n'est plus l'incontournable destination des peintres et c'est Tanger qui lui ravit ce rôle. Femmes lascives, lions majestueux, chevaux fougueux voilà autant de sujets récurrents sous le pinceau des artistes orientalistes. Ces motifs sont délaissés par les peintres du cru. Plus naïfs, à l'instar d'un Hassan El Farouj ou d'un Lagzouli, tour à tour coiffeur, cafetier et brocanteur, ils préfèrent les scènes du quotidien ou de la vie rurale. Dans le même registre, citons Fatima Louardiri qui trouve son inspiration Dans les Champs et Au Puits.

Peintres contemporains

Si la plupart des peintres naïfs sont autodidactes, on ne pourrait en dire autant de leurs confrères figuratifs. Mentionnons Ahmed Cherkaoui et Jilali Gharbaoui, les deux précurseurs de la peinture contemporaine. Sous l'influence de Klee, le premier, décédé à l'âge de 33 ans, se détache de l'univers objectif pour donner libre cours à sa passion pour le signe. Citons également Farid Belkahia qui refuse les classiques toiles et cadres. Optant pour une démarche résolument originale, il utilise des matériaux locaux comme le henné, le cuivre et le bois. N'oublions pas les fameux peintres d'Essaouira dont les œuvres sont étiquetées "art tribal". Ali Maimoune, Ahmed Harrouz et Mohammed Tabal sont autant de représentants de l'Ecole d'Essaouira.

Cinq tableaux emblématiques

Les Marocains d'Henri Matisse (Museum of Modern Art, New-York)

Les Noces juives d'Eugène Delacroix (Musée du Louvre, Paris)

Les prisonniers marocains de Benjamin Constant (Musée des Beaux-Arts de Bordeaux)

La Toilette d’Ahmed Lagzouli (collection privée)

Les rêves de la princesse d'Ahmed Cherkaoui (collection privée)

 

La photographie marocaine

Si la peinture est un art qui suscite depuis longtemps des vocations, la photographie a longtemps été boudée. Ce n'est que récemment que des talents de la trempe de Touhami Ennadre et de Daoud Aoulad Siyad se sont manifestés. Leur album Marocains qui montre des gens miséreux a suscité la colère de ceux qui ne supportent pas que l'on dévoile certains aspects peu glorieux du Maroc. Signalons aussi Souad Guennoun, une architecte établie à Casablanca, qui s'est intéressée aux enfants des rues de Tanger, aux sans-logis et autres sans-amour. Enfin, mentionnons les travaux de Joseph Marando, un Français d'origine marocaine, et de Khalil Nemmaoui – qui est fasciné par les bars de Casablanca. Voilà une sélection d'artistes qui laissent présager de beaux lendemains pour la photographie marocaine.

Musique

En bref

Les gnawas, une musique tribale Des formations andalouses qui font la nouba Le patrimoine musical marocain révèle l'histoire d'un pays métissé

Musique ethnique

La particularité de cette musique est qu'elle mêle chant et danse. Cette catégorie comprend la musique berbère et la musique gnawi. Dans les tribus berbères, les instruments les plus répandus sont le bendir (tambourin), la derbouka (tambour) et le tbel (tambour porté autour du cou ou glissé sous le bras). Originaires de l'ex-Soudan, les Gnawas sont arrivés au Maroc au XVIIe siècle. Aujourd'hui, les descendants de ces esclaves déportés sous les Omeyades chantent encore leurs "blues" en sillonnant les rues de Fès et d'autres cités. Les principaux instruments utilisés par les gnawas sont les crotales, le haj-houj (instrument à une ou deux cordes) et les tambours. Hamid El Gnawi est un des gardiens de ce patrimoine qui n'est pas sans rappeler les rythmes d'Afrique noire. Toute l'originalité de son approche réside dans sa volonté de rénover un héritage ancestral.

Musique savante

Chassés d'Espagne au XVe siècle, les musulmans qui se sont établis au Maroc ont apporté avec eux leur musique. La principale forme musicale héritée de cette époque est la nouba. Il s'agit d'une suite mêlant vocal et instrumental. Il existait 24 noubas, chacune correspond à une heure du jour et de la nuit, mais seules onze ont survécu. Cette musique n'a jamais été transcrite mais transmise oralement. Une nouba est constituée d'une succession de cinq mouvements allant du plus lent au plus rapide. Ces poèmes andalous écrits en arabe classique ont pour thème central l'amour. Ce patrimoine est aujourd'hui incarné par Mohammed Piro, El Hadj Mohammed Bajadoub, Amina Alaoui et Touria Hadraoui. En marge, le musicien Ahmed Essayad, disciple de Schoenberg, mêle avec beaucoup d'originalité la musique arabo-berbère et la tradition avant-gardiste viennoise.

Musique populaire

Elle combine influence citadine et rurale. Au niveau de la forme, elle alterne couplets et refrains. Quant au contenu, il se veut souvent satirique ou moralisateur. L'une des stars de la musique populaire est certainement Najat Atabou, qui répond également au félin surnonm de Lionne de l'Atlas. Variante populaire de la savante musique andalouse, le malhun est né à Meknès. Il s'agit d'une poésie citadine chantée en arabe dialectal. Le plus grand interprète du genre est El Hadj Houcine Toulali. L'orchestre malhun est composé d'une dizaine d'instrumentistes (luthiste, violonistes et percussionnistes).

Plus moderne, la variété populaire est représentée par Nass El Ghiwan. Cette formation musicale née dans les années 1970 s'inspire des rythmes africains. Les musiciens de Nass El Ghiwan symbolisent en même temps la chanson marocaine engagée.

Architecture

En bref

Des séculaires médersas recluses au fin fond des médinas au modernissime twin center casablancais, un paysage architectural à facettes multiples

Le style hispano-mauresque et le style andalou

C'est au XIe siècle que les Almoravides introduisent le style hispano-mauresque au Maroc. La Quba almoravide, non loin de la médersa Ben Yousef à Marrakech, figure parmi les vestiges de cette époque. Il s'agit d'un petit kiosque coiffé d'un dôme et dont l'intérieur est décoré de plâtre. Les monuments érigés sous la dynastie suivante, celle des Almohades, traduisent encore plus fortement l'influence andalouse. C'est sous le règne de ces deux tribus berbères, que l'art islamique se développe au Maroc. C'est à cette époque que sont érigées les grandes mosquées : la Karaouiyine à Fès, la Koutoubia à Marrakech et la Tour Hassan, à Rabat. Avec l'avènement des Mérinides, on assiste à l'introduction d'une construction nouvelle : la medersa. Il s'agit d'un collège résidentiel réservé aux étudiants en théologie. Construite autour d'un patio à ciel ouvert, la medersa compte une salle de prière et une galerie supérieure où se trouvent les chambres des étudiants. La medersa Es Seffarine à Fès figure parmi les plus belles.

C'est sous le règne du deuxième sultan alaouite, Moulay Ismaïl que l'on assiste à une prolifération de constructions à vocation militaire : les kasbahs, les remparts et les portes. On lui doit notamment la fameuse porte Bab Mansour, une muraille de 40 km qui entoure Meknès, la ville qu'il a choisie pour capitale.

Le XXe siècle

Lorsque les Français s'établissent au Maroc, ils érigent hors des murs qui ceignent les médinas des villes modernes. Un nouveau style, mêlant modernisme Art déco et influence hispano mauresque éclôt. Après l'indépendance, les architectes qui façonnent le Maroc adoptent deux approches différentes. Ils privilégient le style colonial français ou réintroduisent des éléments régionaux. Tout en préservant une identité nationale, le paysage architectural marocain n'exclut pas des interventions étrangères. Deux ouvrages majeurs sont le fait d'architectes venus d'ailleurs. Il s'agit du Mausolée Mohammed V à Rabat qui est l'œuvre du Cambodgien Vo Toan et la Mosquée Hassan II qui a été dessinée par l'architecte français Michel Pinseau.

Le who's who des architectes du Maroc

Henri Prost  : c'est l'architecte de Lyautey. Il crée un style unique mêlant l'hispano-mauresque, l'Art nouveau et l'Art déco.

Abdesslam Faraoui et Patrice Demazières : ils choisissent de mêler les traditions africaines et européennes. Nés tous les deux au Maroc, ils poursuivent leurs études à Paris puis retournent à Rabat où ils ouvrent leur cabinet en 1961. On leur doit le Club Méditerranée à Malabata, le Holiday Club de M'Diq et l'Ecole des Mines à Rabat.

Mourad ben Embarek : né au Maroc, il reçoit sa formation en Scandinavie. A son retour au pays natal, il lance la revue A+U. Parmi ses premières œuvres citons l'Hôtel Samir (1966) à Mohammedia et l'Aéroport International (1980) de Casablanca.

Un style, un monument

Le style hispano-mauresque (Xe-XIIe siècles) : la mosquée Karaouine à Fès

Le style andalou : Jardins du palais de la Bahia à Marrakech

Le style colonial (XXe siècle) : la gare centrale de Rabat.

Le style Art déco (XXe siècle) : la préfecture de Casablanca.

Le style arabo-musulman (XXe siècle) : Mausolée Mohammed V, à Rabat.

 

Nos livres favoris

Entendre Marrakech

Les voix de Marrakech du prix Nobel de littérature Elias Canetti (1980) : c’est un livre impressionniste. A partir d'enregistrements sonores et d'observations, l'écrivain bulgare interprète la vie des marrakchis. Une œuvre qu'on aimerait lire les yeux fermés pour mieux en apprécier la musicalité.

Mythique Tanger

Réveillon à Tanger, Paul Bowles (1981) : avec l'écrivain américain et son recueil de nouvelles, l'on découvre les méandres des rues de la médina. Mais si celui que l'on a baptisé l'amant de Tanger s'efforce de décrire de près la vie et les états d'âme des autochtones, il s'intéresse également aux frasques de la jet-set internationale de passage dans la ville.

Sur la place Jamâ-el-Fna

L'enfant de sable, Tahar Benjelloun (1985) : l’auteur situe son roman sur la place Jamâ-El-Fnâ à Marrakech. Il y narre l'histoire d'Ahmed, né Zahra, qui par miracle échappe à la basse condition de femme qu'il est originellement. Ahmed est en fait la huitième fille d'un père qui le décrète " mâle " pour mettre fin à la fatalité qui le poursuit. La vie de l'enfant est d'abord minutieusement pensée par son paternel qui pousse la malice jusqu'à célébrer un simulacre de circoncision. Ceux qui aiment les contes apprécieront.

A la recherche du Fès perdu

La Boîte à Merveilles, Ahmed Sefrioui (1978) est un récit autobiographique où l'écrivain berbère se remémore son enfance. Si vous voulez découvrir le Fès des années 1950 et la vie de ses habitants à travers le regard innocent du jeune Mohammed, ce livre saura vous ravir.

Plonger dans le désert

Dans Désert, Jean-Marie Gustave Le Clezio (Prix Renaudot 1980) évoque l'épopée des hommes bleus du Rio de Oro, tribu du Sud marocain, aux prises avec les colonisateurs français. L'action se déroule entre 1909 et 1912.

 

Nos films favoris

Dans le port de Casablanca

Ali Zaoua, Nabil Ayouch (2000) : le jeune cinéaste nous livre le quotidien et les rêves de quatre gamins Ali, Kwita, Omar et Boubker. Ils ont élu domicile dans un recoin du port de Casablanca. Ali voudrait devenir marin mais il est tué avant d'atteindre son "île aux deux soleils". Ces amis, qui se sentent "aussi frères que les tours jumelles du Twin Center", n'ont plus qu'une obsession : lui offrir l'enterrement qu'il mérite. Une œuvre émouvante qui hésite entre le réalisme du documentaire et la naïveté du conte.

Si les Saadiens m'étaient contés

Les cavaliers de la gloire, Souheil Ben Berka (1993) : les passionnés d'histoire apprécieront certainement ce film qui évoque la dynastie saadienne. Il retrace le parcours du prince Abdelmalek qui est chassé par les siens de son propre pays. On y retrouve Harvey Keitel et Claudia Cardinale.

Les remparts d'Essaouira

Othello, Orson Welles (1952) : à Venise, le Maure Othello a enlevé Desdémone par amour. Mais Iago, l'un de ses lieutenants, va peu à peu insinuer une jalousie destructrice dans son esprit. Le génial Welles transpose la tragédie de Shakespeare à Essaouira et nous offre de somptueuses images des remparts portugais. Le noir et blanc sied parfaitement à la citadelle et au climat de suspicion du film. Ce film a reçu le Grand prix au festival de Cannes en 1952.

Meurtre dans la médina

L'homme qui en savait trop, Alfred Hitchcock (1956) : le maître du suspense choisit Marrakech comme ville d’ouverture pour ce film magnifique. En villégiature, un couple américain fait la connaissance d'un français qui meurt poignardé en pleine médina. La spirale infernale commence. Beaucoup de scènes tournées sur place, d’autres filmées en transparence comme les affectionnait Hitchcock.

Le désert selon Bertolucci

Un thé au Sahara, Bernardo Bertolucci (1989) : inspiré d'un roman culte de Paul Bowles, qui y fait d'ailleurs une apparition, le film a été tourné à Tanger puis à Zagora. C'est l'histoire troublante d’un couple d’Américains qui entament un voyage pour sortir de leur apathie.

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