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Tunisie

A voir

Jerba

Un havre de paix et de verdure au milieu d’une région semi désertique. Dans l’Odyssée, Djerba est l’île des Lotophages qui charmèrent Ulysse et ses compagnons. Ils y découvrirent le délicieux Lotos, ce fruit charnu qui serait en réalité une datte.

Djerba a une histoire des plus mouvementées, jalonnée d’attaques et de massacres perpétrés par des voisins envieux de sa richesse agricole et maritime. L’île subit une succession d’influences qui explique aujourd’hui certaines de ses particularités, comme la diversité des cultes, juifs, malékites, ibadistes. Autant de minorités qui ont trouvé refuge sur l'île.

Djerba fut habitée en premier lieu par des Lybiques qui y exploitaient la pourpre. Dès le IVe siècle av J-C, elle passe sous domination carthaginoise, avant de subir l'influence romaine, comme le montrent les vestiges à Meninx et El Kantara et la voie pavée qui relie l’île au continent. Ensuite vinrent les Vandales et les Byzantins. Peu après la conquête Arabe, les Berbères fondent un mouvement religieux contestataire, l’ibadisme, qui se répand dans la région du VIIe au IXe siècle. Celui-ci conteste le pouvoir héréditaire des descendants du prophète Mahomet. Une façon de refuser la domination des Arabes. Le culte ibadiste se pratique encore aujourd'hui. L’île sera convoitée au nord par les croisades et au sud par les conquêtes musulmanes. Au Moyen âge, les Espagnols, les Italiens, les Aragonais, les Normands de Sicile s’y succèdent. Les Turcs s’y installent au XVIe siècle. L’île restera aux mains des Ottomans  jusqu’à l’instauration du protectorat, malgré les attaques des puissances méditerranéennes. En 1560 notamment, les Espagnols furent repoussés par le corsaire Dragut, soutenu par les Turcs. Le corsaire fit construire une tour avec les crânes des vaincus.

Aujourd’hui, Djerba est une île touristique dont le charme est abîmé par les nombreux hôtels qui bordent les plages. S’assoupir nonchalamment à l’ombre d’une palmeraie est bien moins évident qu’il n’y paraît. L’île incite en revanche aux activités et aux loisirs à la mode européenne. Le charme naturel s’est un peu évaporé au profit du ski nautique et autres sports.

 

Houmt-Souk

Capitale de l’île depuis 1888, la ville s’est considérablement développée à partir du XVe siècle grâce à son activité portuaire. Houmt-Souk est demeuré un centre économique tourné vers le tourisme : boutiquiers et cafetiers n’auront de cesse de vous solliciter. Parallèlement, traditions et petits métiers semblent imperméables aux influences du tourisme. La silhouette d’une femme couverte d’un voile blanc à bande rouge, le sérieux d’un cordonnier au travail et les feuilletons égyptiens à l’eau de rose qui résonnent chez l’épicier font tout le charme de la vie à Houmt-Souk.

La médina

La médina de Houmt-Souk est un lacis de ruelles blanches et de portes bleues, entrecoupé de placettes aux cafés ombragés. S’y entremêlent bijoutiers et hôtels, poissons frais et attrape-touristes.

Sur la place Moktar Atia, un petit café propose narguilé, thé à la menthe, jus de pamplemousse et de melon frais.

A la halle aux poissons, un crieur juché sur une estrade, les pieds sur l’étal, soulève des colliers de petits poissons argentés. L’acheteur acquiesce d’un signe de tête quand le prix lui convient. Des marchands de sacs plastiques sont assis en tailleur sous le porche de la halle.

Dans la rue des bijoutiers, les vitrines débordent de bracelets, de colliers, de fibules. On y trouve de larges colliers d’origine berbère portés à l’occasion des fêtes traditionnelles : une cascade d’anneaux d’or où pendent des poissons, des lunes, des mains de fatma et autres symboles destinés à éloigner les maladies. Les bijoux filigranés et aériens, en argent, vermeil ou or sont la spécialité des artisans juifs jerbiens.

A deux pas de là, avenue Habib Bourguiba, la librairie Saber. Sur les étagères, une  étude sans date de parution, à la couverture années 50 et aux illustrations en noir et blanc : Les Djerbiens, une communauté arabo-berbère dans l’île de l’Afrique française. On y trouve aussi des romans, des cahiers et des stylos. Un peu plus loin, dans la même rue, se trouve la maison de la culture qui programme des concerts, des danses, des pièces de théâtre et des lectures publiques. En face, au 93, le Hammam Ziadi. Au 17 de la rue de Bizerte un autre hammam, le Sidi Brahim allie dépaysement complet et détente.

Pérégrinations architecturales à Houmt-Souk

caravansérails, mosquées et zaouias

A Houmt-souk, il existe une architecture typique, les caravansérails. Répartis dans la médina au hasard des ruelles, ils côtoient mosquées et zaouïas.

Le caravansérail ou fondouk accueillait des caravanes de nomades qui venaient  par la route romaine échanger des marchandises. Houmt-Souk était alors un point de rencontres entre le Maghreb et l’Afrique. Le caravansérail est caché par un porche qui mène à un large patio carré. Une double rangée d’arches abrite l’entrée des chambres. Le fondouk est entièrement passé à la chaux. Chaque porte, bleu ciel ouvre sur une petite pièce en longueur, voûtée et sans fenêtre. Les marchands logeaient au premier et les dromadaires au rez-de-chaussée. Rue de Bizerte, un beau fondouk accueille des ateliers de cordonniers. Les hôtels Erriadh et Arisha ainsi que l’auberge de jeunesse et le Marhala, juste à côté, sont d’anciens fondouk aux reconversions réussies.

Les mosquées de Houmt-Souk se reconnaissent grâce à leurs dômes à la blancheur immaculée. Le minaret rond et effilé de la mosquée des Turcs situé à l’angle de la rue Taïeb Mehiri et de la rue du 2 mars, les coupoles de la mosquée des Etrangers (avenue Abdelhamid-El-Kadhi) et de la mosquée Echeik (rue Mahammed-Ferjani), datant du  XIVe siècle, sont les plus intéressants.

Les zaouïas de Jerba sont construites autour d’un marabout. Siège d’une confrérie,  et lieu de culte, la zaouïa est aussi une école coranique (medersa). Le musée des arts et traditions populaires, sur l’avenue Abdelhamid-El-Kadhi, est installé dans une zaouïa  aux tuiles vertes datant de la fin du XVIIe siècle.

Le port

A moins de 500 mètres du centre, la rue Taieb Mehiri débouche sur le port. De petits bateaux colorés mouillent dans la baie. Sur la berge s’amoncellent des morceaux d’amphores en terre cuite. Spécialité de l’île, la pêche à la gargoulette consiste à piéger les poulpes dans ces vases aux cols étroits.

Au niveau du port surgit la forteresse, le borj Ghazi Mustapha, dit aussi borj el-Kebir, dont les premières pierres furent posées au IXe siècle. Le borj dans sa forme actuelle date du XVe siècle et fut restauré plusieurs fois jusqu’au XIXe siècle. Le fortin qui abrite le mausolée de Ghazi Mustapha a été occupé par l’armée française sous le protectorat. Près du port, une colonne symbolique remplace celle érigée en 1560 avec les crânes des vaincus par le corsaire turc Dragut. Jugée trop morbide par le bey de Tunis, elle fut détruite au XIXe siècle. 

Le tour de l’île

En mobylette, en scooter, en voiture ou à vélo. Prenez une carte au syndicat d’initiative ou à l’office général du tourisme. Les taxis s’improvisent guides pour un rapide tour de l’île qui vous coûtera 40 DT (10 DT de l’heure), que vous soyez à 4 ou seul. Le tour de l’île comprend environ 100 km de route et 20 km de pistes.

La campagne jerbienne est parsemée d’oliviers et de palmiers. Des chemins de sable mènent aux magnifiques jardins potagers des menzels ou à d’anciens vergers abandonnés aux herbes folles. Des huileries souterraines, des puits inutilisés depuis le début du siècle jalonnent l’île. Le long des routes, dans les champs ou l’encadrure d’une porte, les femmes enroulées dans de larges tissus rayés. Une seule étoffe plissée au niveau du ventre et tenue à cet endroit par une épingle ou une fibule. Elles portent aussi une chemise et un voile surmonté d’un chapeau de paille à bord plat.

Le livre L’île de Djerba (65 FF aux éditions Piment), disponible à la librairie Saber de Houmt-Souk, s’intéresse aux traditions jerbiennes et propose des balades à thème autour de menzels, d’huileries ou de puits.

Les menzels

Le menzel est à la fois une habitation familiale, une exploitation agricole et un petit fortin, capable de vivre en autarcie si nécessaire. L’île est couverte de tout un maillage de menzels entourés de cultures. L’absence de villages rendait les sièges et les conquêtes plus difficiles. Un système de défense astucieux pour une île convoitée. Un mur d’enceinte protège un jardin, un puits, une habitation basse, une citerne d’eau et une aire de battage du grain. Le toit est formé de terrasses plates qui alternent avec la rondeur du dôme et les lignes géométriques des quatre tours d’angle, créant une architecture unique. Le rectangle à la voûte en berceau, accolé à l’un des côtés de la maison, abrite le réservoir. La coupole se situe au-dessus de la chambre à coucher. Les pièces sont desservies par un large patio intérieur. Elles sont meublées de tapis, de coffres en bois peints, de nattes et de paniers d’alfa. Le jardin est traversé par des canaux d’irrigation creusés dans le sol. Tomates, courgettes, oignons, orge, fenouil poussent à l’ombre des amandiers ou des abricotiers, accompagnés d’une pointe de jasmin. Habités, les menzels ne se visitent pas. Seuls les menzels abandonnés pourront vous donner une idée de cette architecture si typiquement jerbienne. Les plus anciens vestiges se situent autour des villages d’Ajim et d’El May.

 

 

Er-Riadh et la Ghriba. Il est écrit dans la Ghriba que les Juifs auraient trouvé refuge à Jerba en 586 avant  "l’ère vulgaire", c’est à dire avant la destruction du temple de Salomon par le roi babylonien Nabuchodonosor. La Ghriba signifie d’ailleurs l’étrangère. A la création de l’état d’Israël, de nombreux Juifs reprirent le chemin de la Palestine, passant ainsi de quelques milliers à quelques centaines. A la pâque juive, les pèlerins affluent autour d’une des plus anciennes Torah du monde.

A l’intérieur de cet édifice, qui date de 1920, s’élèvent inlassablement les litanies récitées par des rabbins. Allongés à la romaine sur des bancs de bois aux tissus chatoyants, certains d’entre eux portent des lunettes de soleil, signe des temps. La pièce principale est couverte de mosaïques aux dominantes bleues et vertes. De larges bancs sont accolés à de fines colonnes. Hommes et femmes doivent se couvrir et se déchausser à l’entrée. Attendant les cars de touristes, des foulards et des kippas de toutes les couleurs ont été entreposés dans des bacs.

A deux pas de la Ghriba, le village juif de Er-Riadh se cache derrière son artère principale.  Des rues étroites et sinueuses débouchent sur des placettes blanches et étonnament calmes. D’épaisses portes bleues ouvrent sur des boutiques fraîches et sombres, où sont entreposés les outils du quincaillier et les alvéoles cartonnées du marchand d’œufs.

Mellita, vieux village et petit port de pêche pourvu d’une grande mosquée du Xe siècle (Jeema el Kebir), de rite ibadite.

El May, au centre de l’île. Ce bourg agricole est entouré d’oliviers centenaires. A côté de la station-service, une surprenante mosquée fortifiée du XVe siècle, au minaret rond et ramassé.

Mahboubine, sa mosquée el-Kateb a le toit bombé par des coupoles. La place centrale accueille un marché le lundi. Pastèques, concombres et melons dégringolent des charrettes inclinées. Les alentours du village recèlent des trésors d’architecture traditionnelle : les menzels, ces habitations basses ceintes d’un muret.

Midoun, cette petite ville tire profit de sa proximité avec la zone touristique. Mariages traditionnels et fantasia le mardi après-midi, marché le vendredi matin. A la sortie du village, en direction de Mahboubine, se trouve une jolie mosquée surmontée de coupoles blanches. A droite de la mosquée, un demi-dôme entouré de deux bras voûtés représente les parties immergées d'une ancienne huilerie souterraine ouverte la journée.

Cedouïkech, entouré de champs d’oliviers et de vergers, le village est dominé par une petite mosquée blanche et possède un ancien atelier de tissage.

Guellala, lieu de fabrication de la gargoulette. Une amphore destinée à piéger les poulpes ou à faire mijoter des ragoûts parfumés aux herbes. Gellala est le village des potiers. Tours, fours, musées, boutiques, tout ici parle de poteries grâce au sol argileux. Pourtant, la plupart des objets de Guellala sont identiques à ceux que l’on trouve dans tout le pays et sont fabriqués à Nabeul. Le café Aladin, perché sur la colline, a vue sur la mer et sert un thé à la menthe où baignent des amandes fraîches.

Le borj el-Kastil, à 8 km de piste au bout de la langue de terre qui s’avance dans la mer. Le fort Castille construit par Roger de Loria, alors amiral du Roi de Sicile, date de 1285. Cette pointe de terre est ourlée de plages et de côtes rocheuses. U.L.M et chars à voile jouent avec le vent. Le club est situé à l’entrée de la piste.

El Kantara, point d’arrivée de la chaussée romaine, longue de 7 km, qui reliait l’île au continent. La chaussée, qui daterait de l’époque carthaginoise (IIe siècle avant J.C), est aujourd’hui transformée en route bétonnée. A gauche avant d’entrer dans la mer se trouve Meninx, un site abritant des ruines antiques.

La côte sauvage s’étend sur plus de 20 km de pistes praticables en voiture ou en mobylette. On y accède par Ajim, Houmt-Souk, et par de nombreux chemins sablonneux traversant des jardins cultivés ou des terres en jachère. Pour ne pas vous perdre dans les dédales de chemins, renseignez-vous auprès de la population locale. Au nord-est de l’île, la côte sauvage semble réservée aux familles et aux pêcheurs. Algues, rochers noirs et coquillages distillent un petit air de Bretagne, rapidement estompé par un arrière-plan de palmiers et de dômes blancs.

Le borj Jillij, un phare blanc planté au nord de l’île et bordé d’une petite plage. Dans la mer baignent des nasses à poissons. Plus loin, la côte rocheuse est paraît-il idéale pour les plongeurs. 

Ajim, port de pêche où arrive le bac. On y voit de petits chalutiers bleus et rouges suivis de leur nasse tendue par leur chargement de sable et de poissons. Leur retour au port donne lieu à de jolies scènes de pêche. Des guirlandes d’éponges ornent les boutiques, rappelant qu’Ajim fut un port de pêcheurs d’éponges réputés pour leur technique de pêche au miroir. Ajim est aussi le point de départ ou d’arrivée de la piste qui longe la côte sauvage.

La zone touristique est un conglomérat d’hôtels à l’architecture proche de celle des vacherins à la meringue. D’énormes complexes qui ont défiguré le littoral d’Aghir à Mezraïa. Sur cette côte, de belles plages de sable fin sont assaillies de parasols, de glaciers et d’une ribambelle d’infrastructures sportives. Nombre de marchands de pacotilles n’auront de cesse de vous faire sortir votre porte-monnaie, tant et si bien que les touristes finissent souvent harassés autour de la piscine de l’hôtel.

L’île aux flamants roses. Les dauphins et des flamants roses s’y font plus que rares. La journée d’excursion est proposée dans les hôtels à 30-40 DT par personne. Pour visiter cette petite île, louez les services d’un pêcheur : plus dépaysant et moins onéreux.

 

Malékites et ibadites

"Les 47 200 musulmans tunisiens dénombrés à Djerba lors du recensement de 1936 ne sont pas tous, comme on pourrait le croire, des mahométans de même obédience. Sans doute, dans le reste de la Tunisie, les populations sont-elles partagées entre deux rites officiellement reconnus, le malékisme et le hanéfisme. Le premier réunit la quasi-totalité des musulmans tandis que le second, d’origine turque, n’est suivi que par le souverain, la Cour beylicale et certaines familles d’ascendance ottomane. A Djerba, par contre, à côté du rite malékite orthodoxe, une autre communauté spirituelle dissidente, hétérodoxe, schismatique, le wahabisme, se partage les consciences des Djerbiens." René Stablo, Les Djerbiens,  une communauté arabo-berbère dans une île de l’Afrique française. Non daté et publié sans nom d’éditeur.

Pour les sunnites, il existe quatre rites orthodoxes : malékisme, hanéfisme, chafiisme et hanbalisme. Le sunnisme est rejeté à la fois par les chiites et par les ibadites (kharédijites). Le kharidjisme est né au VIIe siècle des querelles qui marquèrent la succession de Mahomet à la tête des croyants. Les kharidjites sont  attachés à une forme de démocratie dans le choix de leurs chefs spirituels (imams), une position qui exprima aussi le rejet de la domination arabe. Les ibadites eurent, du VIIe au IXe siècle, une forte influence sur l’ouest algérien, le sud tunisien et Jerba, l’île jardin et forteresse perçue comme un refuge.

Les malékites descendraient des Arabes conquérants et sont principalement concentrés au nord-est de l’île. Les Wahabites (René Stablo parle en réalité du culte ibadite qu’il dénomme Wahabites) ont hérité du patrimoine berbère. Ils habitent davantage le sud de l’île. Dans son ouvrage, René Stablo effectue un classement des mosquées de Jerba selon leurs obédiences.

Les différences, dans l’art ou les rites religieux, sont de moins en moins perceptibles dans l’île. Elles resurgissent à l’occasion de fêtes traditionnelles comme les mariages ou les circoncisions.

 

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