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La médina

La Médina est traversée par deux axes principaux, d'est en ouest et du nord au sud. La rue Jeema-ez-Zitouna commence dans l’ancien quartier français et européen, après la porte de la mer, aussi appelée porte de France sous le protectorat,  et aujourd'hui bab el-Bahr, elle s'achève à l'ouest place de la Kasba. L'autre axe commence à la place bab Souika au nord et s'achève place bab el-Jalazira au sud. On trouve l'ancien fondouk (atelier d'arts et métiers) le premier consulat de France, datant de 1560, rue de l'Ancienne Douane à droite en entrant dans la médina.

Les souks

La médina s'organise autour de la grande mosquée, entourée d'un premier cercle de souks, plus loin se trouvent les habitations. La séparation entre habitat et souks est une des caractéristiques de la ville arabe. Dans la médina, les maisons sont traditionnellement tournées vers l'intérieur, organisées autour d'un patio, et non vers l'extérieur comme dans le modèle occidental. Autrefois, les souks étaient inhabités la nuit et des gardiens montaient la garde. Aujourd'hui, les espaces commerciaux et les habitations sont mixtes. Les souks sont de petites échoppes étroites et profondes qui donnent sur la rue. Chaque boutique est éclairée par des espaces aménagés entre les briques du toit pour laisser passer la lumière. Les souks sont agencés en cercles concentriques autour de la mosquée, des métiers les plus nobles aux moins nobles. Parmi les premiers, les marchands d'étoffes, les bijoutiers et les libraires. A la périphérie, les activités odorantes ou polluantes, ou encore celles qui necéssitent de la place ou de l'eau. Loin de la mosquée on trouve donc les teinturiers, les potiers et les forgerons. Enfin, l'activité la moins noble concerne la nourriture. Les marchés alimentaires sont relégués hors de la ville. Cette répartition des commerces se voit encore de nos jours.

Les ruelles qui partent de la mosquée Zitouna ont conservé leur authenticité. L'activité qui y règne en fait un des quartiers les plus animés de la médina. Dans celle-ci, les artisans sont répartis par corps de métiers, aussi appelés souks. Le souk des parfumeurs, Le souk el-Attarine, est un des plus jolis avec ses échoppes basses aux couleurs vert et or. Il date du XIIe siècle, l'époque du premier souverain hafside, Abou Zakariya. Des fioles de parfums sont alignées sur les étagères et entrent dans la préparation de parfums sur mesure. Le souk el-Kouafi  est le marché des étoffes, le souk el-Berka est l'ancien marché aux esclaves. Non loin se trouve le souk des femmes où l'on vend des vêtements et des safsaris, ces voiles blancs traditionnels que portent les  femmes tunisiennes. Le souk des orfèvres, aux devantures chargées de bijoux en or et en argent ciselés, aux motifs arabes, berbères ou turques. Le Souk el-Trouk, qui signifie des Turcs et dont les étals sont remplis de vêtements et de souvenirs en tout genre. Le souk es-Sekkajine, le marché des selliers, fut construit au XVIIe siècle par le bey Huseïn ben Ali. On y trouve une multitude d'articles de maroquinerie, des porte-monnaie, des sacs, des protège-livres, des poufs, des babouches. Le souk ech-Chaouachiya, le souk des chéchias, ces petites calottes de feutre rouge, recèle de magnifiques boutiques aux décors en  bois sculpté et peint, un héritage du XVIIe siècle.

La chéchia

Elément essentiel de l’habit traditionnel masculin, la chéchia, ce petit bonnet rouge carmin, se porte avec panache en Tunisie et tente de s’adapter au goût du temps. Il a été créé au XVIIe siècle par les artisans andalous qui s’étaient installés en Tunisie. Aujourd’hui, la chéchia survit vaille que vaille. Dans les souks, les héritiers de cet artisanat sophistiqué s’efforcent de maintenir la tradition. La chéchia est faite de laine peignée puis teintée aux colorants naturels. C’est aux femmes que l’on confie la laine servant à tricoter le fameux bonnet. Selon qu’elle est en laine peignée ou en laine ordinaire, la maille sera plus ou moins lourde. Puis, on envoie le couvre chef au foulage d’El Batan où, sous l’action conjuguée de l’eau chaude savonneuse et du battage de la machine, il se transforme en bonnet feutré. Il sera procédé par la suite au peignage afin de transformer le feutre rêche en velours duveté. Les meilleures chéchias se trouvent au souk des chaouachis, dans la Médina de Tunis. La qualité se vend au prix fort, à l'intention d'une clientèle éclectique et raffinée.

Les mosquées

La grande mosquée ou mosquée ez-Zitouna, est située à deux pas de la place de la Victoire. Les premières pierres sont posées en 732, par la suite l'édifice ne cessa de se métamorphoser. La mosquée fut le centre culturel et religieux de la ville, elle abrita de grands théologiens, et devint le foyer des nationalistes tunisiens avant l'indépendance.

Bien qu'elle fut remaniée au cours des siècles, la plus grande mosquée de Tunis conserve une réelle homogéneité architecturale en dépit de la double rangée de colonnades de la façade ouest, construite au XVIIe siècle. La salle de prière repose sur 184 colonnes qui proviendraient des ruines de Carthage. Le minaret qui surplombe la cour fut reconstruit en 1894. La midha, salle d'ablutions, en marbre blanc et noir date du XVe siècle. C'est un modèle du genre par la pureté de ses lignes architecturales et l'harmonie qui s'en dégage. La salle est conçue autour d'un bassin qui permettait à 8 personnes d'effectuer les lavements rituels.

La mosquée Youssef Dey et la mosquée Hammouda Pacha sont deux mosquées construites sur le modèle ottoman, au-dessus de boutiques ou d'entrepôts. Les commerçants pouvaient ainsi entretenir la mosquée et s'y rendre facilement. La mosquée Hammouda Pacha fut terminée en 1654, elle est située à l'angle de la rue de la Kasbah et la rue Sidi ben Arous. Un minaret octogonal se dresse au-dessus du bâtiment et un mausolée dédié au fondateur du lieu, Hammouda Pacha, se dresse dans un coin. Ce remarquable mausolée est construit en marbre noir et blanc et a un toit vert et des croissants dorés. Cette mosquée est un des principaux lieux des cérémonies religieuses de la bourgeoisie tunisienne. La mosquée Youssef Dey se trouve dans la rue Sidi ben Ziad. Elle fut construite en 1614. 

Les quartiers sud et ses belles maisons

Quartier des belles villas et des medersas, le sud de la médina offre aux passants et aux curieux les trésors architecturaux de la bourgoisie tunisienne. Ses portes en pierre sont les vestiges magnifiques des maisons construites pour la bourgeoisie andalouse dès le XVIIe. Le quartier s'étend de la place bab el-Jazira à la mosquée des teinturiers, dite aussi el-Jedid.

Il demeure bien peu de librairies de l'époque andalouse dans ce quartier investi par les musulmans qui fuyaient l'Espagne au XVIIe siècle. On en trouve quelques-unes autour la médersa es-Slimaéniya au bout de la rue du Dey, non loin des deux autres médersas du quartier, Bachiya et Nakhlia. Dans la rue des Andalous, qui se situe au nord de Tourbet el Bey et près de Dar Hussein, la rue est jalonnée de magnifiques demeures aux facades éculées.

Dans le quartier des teinturiers, encore en activité, des cuves de teinture et des fils de couleur barrent l'entrée des échoppes. A proximité, la mosquée des teinturiers date du début du XVIIe siècle. Elle est entourée d'un mausolée et d'une medersa. Elle fut fondée par Husaïn ben Ali, fondateur de la dynastie husaïnide.

Le dar Hussein, qui abrite l'Institut national du patrimoine, constitue un exemple de ces architectures typiques du XVIIe siècle, stucs et faïences décorent les façades d'une cour spatieuse entourée de deux étages.

Le dar Ben Abdallah est niché au fond de la rue Ben Abdallah, accessible par la rue Sidi-Kacem qui touche la mosquée des teinturiers. C'est un très bel exemple de l'architecture bourgeoise tunisienne. Le palais fut construit au XVIIe siècle et restauré au XIXe siècle dans le style italien à la mode de l'époque. Aujourd'hui, le palais abrite le musée d'Art et Traditions populaires qui présente la vie quotidienne des Tunisiens au XIXe siècle. On y trouve par exemple, des nécessaires de beauté et d'écriture, des vêtements et des bijoux.

Situé dans la rue el-M'Bazaa, le dar Othman est l'un des plus beaux palais de la médina. Il illustre merveilleusement le style bourgeois tunisien. Il fut édifié à la fin du XVIe siècle à la suite d'une commande du bey Othman.

Le tourbet el-Bey, accessible par le rue Sidi-Kassem, est un grand mausolée en grès qui abrite les tombes des beys husseinides (1705-1957). Une succession de salles aux plafonds voûtés, décorés de stucs et de céramiques .

Palais Dar Bach Hamba

Fondé au XVIIe siècle, ce palais connut un destin mouvementé, au gré des alliances aristocratiques. A la fin du XVIIIe siècle, un notable, Haj M’Hamed Bach Hamba, lui donna son nom et les échos de sa splendeur. Restauré, le palais ouvre aujourd’hui ses portes au public pour laisser découvrir différentes expositions portées sur la culture méditerranéenne. C'est un lieu de rencontre fécond pour les créateurs contemporains. Le bâtiment lui-même est un joyau de l’architecture arabe : stucs, plafonds en bois peint, ancienne chapelle aux voûtes croisées, pièces en T, salles d’apparat et divers objets anciens de l’artisanat tunisien.

Les quartiers nord

Palais et belles maisons s'alignent le long de la rue du Pacha jusqu'à bab Benat ; ce quartier fut pendant longtemps le lieu de résidence des fonctionnaires turcs. On peut notamment admirer le palais dar Lasram, construit au XVIIe siècle, avec ses plafonds en bois et ses corniches en stuc. Il abrite actuellement le siège de l'association de sauvegarde de la médina.

La mosquée Sidi Mahrez, sur la place bab Souika fut construite vers 1675. Elle est située au premier étage comme ses consœurs de la période ottomane près de la grande mosquée. Une coupole centrale domine quatre semi-coupoles. De l'autre côté de la rue, le mausolée du saint patron de la médina, Sidi Mahrez, chef du malékisme, réorganisa la ville et reconstruisit ses remparts. Beaucoup de Tunisiens lui vouent encore un véritable culte.

Le quartier de la Hafsia, non loin de la mosquée Sidi Mahrez, est un  ancien quartier juif réhabilité dans les années 1950. Les juifs vivent au sein de la médina, dans une enceinte protégée, depuis le XIe siècle,  grâce notamment aux actions de Sidi Mahrez. Les métiers du souk traditionnellement exercés par les juifs : tailleurs, bourreliers, orfèvres...

La zaouïa de Sidi Brahim, rue el Monastiri dans la rue Sidi Mahrez, est un exemple de belle décoration intérieure tunisienne.

La ville moderne et coloniale

L'avenue Habib Bourguiba, est l'artère principale de Tunis. Elle est séparée en son milieu par un terre-plein, animé de kiosques, de vendeurs ambulants et de piétons. Sur la place de l'indépendance, on remarquera les deux bâtiments principaux du protectorat, la cathédrale qui date de 1897 et la résidence générale, aujourd'hui siège de L'Ambassade de France. Le long de l'avenue se succèdent des façades de styles Art déco, arabe ou italien. Un peu plus loin, en allant vers le port, le théâtre municipal offre une des plus jolies facades Art nouveau de la ville. La Trésorerie générale dans l'avenue du Docteur Habib-Thameur, au-delà du lycée Carnot, sur la gauche, offre quant à elle un magnifique exemple de style arabisant. Les quartiers européens s'étendent autour des avenues de Carthage et de Paris. Les immeubles arborent des facades lourdement décorées, dans un style italien. La route qui va vers le port mène à la "Petite Sicile", les quartiers populaires, liés aux activités portuaires. Plus loin, sur les berges du lac de Tunis, se dressent de nouveaux aménagements commerciaux et résidentiels.

Le marché central de Tunis

Réputé pour la qualité de ses produits, le marché central de Tunis est un régal de couleurs et d’odeurs. C'est l'un des endroits les plus animés et pittoresques de la capitale. Il occupe quatre bâtiments érigés au début du siècle dans un style art-déco fait de briques rouges, de fonte et de bois. Le marché central offre aux chalands 800m2 d’étalages richement approvisionnés en viandes produites par les éleveurs de coin, en poissons fraîchement pêchés et en denrées agricoles. Durant le ramadan, sa fréquentation devient très populaire. On vient y chercher les meilleures produits pour célébrer le ftour, le seul repas de la journée qui vient rompre le jeûne. Le marché central se trouve au cœur de Tunis. On y accède par la voie piétonne de l’Avenue Charles-De-Gaulle.

Le musée national du Bardo

Le musée est un palais édifié par les Hafsides et les beys de Tunis. Le Bardo fut une véritable cité pendant deux siècles et demi, celle du gouvernement installé à l’écart de la turbulente médina. Il abrite aujourd’hui l’Assemblée nationale et le musée national. L’ensemble architectural est marqué par les restaurations des XVIIe et XIXe siècles. Le palais est organisé autour d’un patio qui distribue des pièces en T à la manière orientale. Le choix des matériaux et de la décoration des pièces traduit une grande influence italienne. 

Le musée fut inauguré en 1888, c’est l'un des plus importants du Maghreb. Il recèle notamment une très belle collection de mosaïques antiques. Il rassemble d’importantes découvertes faites en Tunisie, d’où le nom des salles empruntées aux villes ou aux sites archéologiques les plus prestigieux.

Le musée est divisé en six départements, qui vont de la préhistoire au début du XXe siècle : préhistorique, punique, romain, païen, paléochrétien (Empire romain à Byzance), arabo-musulman et sculptures provenant des fouilles sous-marines de Mahdia.

Le musée est en perpétuelle restauration, certaines salles sont donc inaccessibles au public.

Pour voir l’intégralité de cette collection étalée sur 3 étages, il faut compter 2 heures au minimum, sinon flânez entre les mosaïques et appréciez l’architecture beycale. La visite qui suit présente une sélection des plus belles pièces du musée.

Le département préhistorique

L’Hermaïon d’El Gettar, il date de 40 000 ans avant notre ère et il semblerait que ce soit le plus ancien monument religieux de l’humanité.

Le département d’Antiquité punique

La "stèle du prêtre à l’enfant" du IVe siècle av. J.C, montre un prêtre qui porte un enfant. Elle alimente la controverse sur les sacrifices d’enfants à l’époque carthaginoise. Plus loin est présentée une très belle collection de masques carthaginois : des visages grimaçants en pâte de verre et en céramique, placés dans les tombeaux afin d’éloigner les mauvais esprits.

Le département d’Antiquité romaine

La salle de Virgile est une salle octogonale, ornée de stucs aux motifs arabo-islamiques et de faïences tunisiennes. Les favorites du harem du bey s’y réunissaient. La mosaïque de "Virgile écrivant l’Enéide", qui date du IIIe siècle, est présentée comme la Joconde tunisienne et provient d’un panneau qui ornait la maison d’un romain de Sousse.

La salle d’Althiburos était la salle de concert du palais. Les danseuses se mettaient au centre, les princesses de la cour dans les hautes galeries sur la gauche, et les musiciens dans les galeries de droite.

La salle de Sousse, avec son plafond de bois ciselé, abrite la superbe mosaïque du "Seigneur Julius" datant du Ve siècle. Découverte à Carthage, elle évoque les travaux des champs.

La salle de Dougga présente quant à elle le "Triomphe de Neptune", une mosaïque représentant Neptune qui jaillit des eaux sur son char. Datée du IIe siècle, elle fut trouvée à La Chebba.

Les salles des fouilles sous-marines de Madhia, présentent les trésors trouvés au hasard par des pêcheurs d’éponges au début du siècle. Le navire naufragé transportait du marbre et du bronze hellénistique, des meubles, des objets utilitaires et commerciaux dont l’origine remonte entre le IIe et le Ie siècle av JC. Les autres salles présentent des mosaïques aux motifs marins trouvées à Carthage et réalisées entre le IIe et  le IVe siècle.

Le département islamique

Il propose un large panel d’objets allant de la marqueterie aux bijoux en passant par les costumes traditionnels. La salle du Moyen Age islamique présente le magnifique coran bleu de Kairouan du Xe siècle, un manuscrit d’un bleu vif, aux sourates écrites en coufique et peintes en or.

Au 2e étage, on trouve autour du patio d’intéressants objets décrivant la vie quotidienne. De belles mosaïques sont entreposées dans les salles avoisinantes.

Le parc du Belvédère

A deux pas de la médina, le parc du Belvédère, dont le tracé des allées évoque un jardin anglais, fut aménagé à la fin du XIXe siècle. Palmiers, eucalyptus et mimosas invitent le promeneur aux balades ombragées. Les Tunisiens adorent s’y reposer. On y trouve aussi la Koubba, un joli mausolée surmonté d’un dôme et décoré de céramique et de stuc. Il faisait partie du palais de la Rose, qui abrite désormais le musée de l’Armée. Autre halte agréable, la midha, une salle d’ablutions de hammam, implantée au sein du zoo. Le zoo regroupe des espèces animales d’Afrique comme des lions et des dromadaires.

Le palais de La Rose  (musée militaire national)  

Situé à l’ouest de Tunis, dans un quartier excentré, le palais de La Rose connut en d‘autres temps son heure de gloire. Ce palais au nom fleuri aurait été édifié à la fin du XVIIIe siècle par le bey husseïnite Hamouda Pacha. Il abrite aujourd’hui le Musée Militaire National, réunissant quelque 23 000 pièces. On y dénombre plus de 13 000 armes du XIXe siècle, dont une partie furent utilisés par les soldats tunisiens lors de la guerre de Crimée en 1854. Un véritable lieu de mémoire de l’histoire militaire de la Tunisie. Le palais offre aux visiteurs ses stucs délicats, ses boiseries somptueuses, ses faïences patinées et ses marbres sculptés, dans un état de conservation remarquable

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