Tunisie
Histoire et politique
Histoire
En bref
Rivale malheureuse de Rome dans l’Antiquité • Islamisée et arabisée au VIIe siècle, elle reste au contact de l’Occident • Indépendante et moderne depuis 1956, c’est une nation émergente gouvernée par un régime autoritaire.
La fondation et l’essor de Carthage
En 814 av. JC, des colons phéniciens débarquent en Ifriqiya (dénomination antique et médiévale de la Tunisie) et fondent Quart Hadasht, la ville neuve. Selon la légende, ils étaient emmenés par la princesse Elyssa-Didon, l’héroïne de l’Enéide de Virgile, qui allait devenir la première reine de Carthage. Le comptoir commercial prend son essor au VIe siècle. Il s’affranchit des liens de dépendance qui l’unissaient au royaume de Phénicie. Favorisé par une situation géographique exceptionnelle, avec son port inaccessible aux navires ennemis, et ses hautes murailles qui le protègent des razzias des Berbères de la plaine, le comptoir assoit son autorité sur les tribus environnantes. Enfin, il obtient l’allégeance des autres cités phéniciennes (on dit aussi puniques) essaimées le long des côtes de la Méditerranée orientale, dont celle d’Utique, à 50 km de Tunis.
La domination des mers est à l’origine de la prospérité de Carthage. Ses navigateurs ont repoussé les limites du monde connu et franchi les “colonnes d’Hercule” – l’actuel détroit de Gibraltar – pour établir des comptoirs sur la côte atlantique de l’Afrique. Progressivement, les rivages méditerranéens de l’Espagne sont colonisés. C’est la progression des Grecs en Méditerranée occidentale qui incite les puniques à prendre position en Sicile. Carthage guerroie avec ses voisins. Et se heurte à Rome. L’enjeu : le contrôle de la Sicile.
Un mythe : le tophet de Carthage
La civilisation punique a longtemps eu mauvaise presse. Et pour cause, on a longtemps cru que les nobles carthaginois sacrifiaient systématiquement le premier de leurs enfants mâles au cruel dieu Bâal-Hammon et à la déesse Tanit. Ligotés, les nourrissons étaient offerts aux flammes du Moloch. Il y a eu des sacrifices humains à Carthage. Les archéologues ont retrouvé des ossements calcinés dans l’enceinte du tophet de Carthage, la nécropole des enfants, qui comporte un grand nombre de stèles dédiées à Tanit. Mais ces pratiques barbares n’ont jamais eu l’ampleur que la littérature contemporaine leur a prêtée. Flaubert (Salammbô) ou Jacques Martin, dans les aventures d’Alix (bande dessinée), parlent de dizaines et de dizaines de milliers d’enfants sacrifiés à Carthage. Des recherches récentes ont permis d’établir que, la plupart du temps, c’étaient des agneaux ou des chevreaux qui étaient immolés, en lieu et place des humains. Ce n’était qu’à l’occasion des grandes crises, comme les veilles de bataille ou les périodes de siège, que les habitants de la ville, saisis par la terreur, sacrifiaient le premier des mâles de leur progéniture pour implorer la clémence des dieux.
Les guerres puniques
La première des trois guerres dure 20 ans et tourne à l’avantage de Rome. En 242 av. JC, Carthage, exsangue, se résout à abandonner la Sicile. Les paysans berbères, rejoints par les mercenaires enrôlés durant la guerre, se soulèvent contre l’oligarchie punique. Ils sont défaits en 237 av. JC par Hamilcar, général carthaginois. Pour restaurer sa situation financière, Carthage pille les richesses minières de l’Espagne. Rome s’inquiète et redoute que Marseille, son alliée, ne tombe sous la coupe du nouveau maître de l’Espagne, Hannibal, fils d’Hamilcar. En 218 av. JC, éclate la deuxième guerre punique. Attaqué par les Romains, Hannibal riposte de manière fulgurante. Avec 50 000 fantassins, 9000 cavaliers et 37 éléphants, il franchit les Pyrénées et met les armées romaines en déroute à Cannes. Il passe en Italie en traversant les Alpes et prend Capoue. Espérant négocier et imposer ses conditions au Sénat de Rome, il arrête là son offensive, en 213 av. JC. La guerre tourne alors à l’avantage des Romains, menés par le général Scipion. Ils expulsent les Carthaginois d’Italie et d’Espagne, et débarquent à Utique, en 204. En 202, Hannibal perd la bataille décisive de Zama. Carthage capitule.
Chassés d’Europe, les Puniques commercent avec l’Orient et mettent en valeur le territoire africain. Carthage se relève. Les Romains, influencés par l’intransigeant sénateur Caton, décident de rayer de la carte la prospère cité, avec l’aide des Berbères. Après plus de trois années de combats acharnés, la ville, malgré une défense héroïque, est prise en 146 av. JC par les armées de Scipion Emilien. Elle est brûlée, rasée, et ses habitants massacrés ou réduits en esclavage. Pour six siècles, l’Afrique devient romaine.
L’Afrique romaine
Les Romains annexent l’Ifriqiya et soumettent les tribus berbères, écrasent la révolte du prince numide Jugurtha (116-104 av. JC), puis fondent des colonies de peuplement. Ils créent les colonies juliennes, notamment celles de Thysdrus (El Djem), Hippo Diarrhytus (Bizerte). Carthage, la cité martyre, placée sous la protection de la déesse Junon, renaît de ses cendres. Elle devient la deuxième ville la plus importante de l’Empire et la capitale de l’Afrique proconsulaire. Le poète Virgile la glorifie. Les empereurs, en particulier les Antonins, la favorisent et la dotent de tous les attributs de la puissance : forums, théâtre, amphithéâtre, thermes. Un aqueduc long de 132 km l’approvisionne en eau. Les villas des riches patriciens sont décorées somptueusement, et l’art de la mosaïque connaît un essor sans précédent. Sous l’impulsion des Romains, toute la Tunisie actuelle se latinise et s’urbanise. L’agriculture prospère : l’Afrique est le grenier à blé de Rome.
Christianisme et Vandales
Dès le IIIe siècle de notre ère, les habitants de Carthage se laissent séduire par le christianisme. Les persécutions s’abattent sur les fidèles. En 312, Constantin se convertit ; Carthage se couvre de basiliques. Mais, bien vite, l’Eglise d’Afrique se retrouve en proie aux schismes, dont le plus grave, celui des donatistes, manque d’en saper les fondements. Il faut tout le talent de polémiste de saint Augustin pour ramener les brebis égarées, déclarées hérétiques en 405, dans le giron de l’Eglise de Rome.
L’invasion vandale marque la fin de la domination romaine. Barbares venus de la Baltique, les Vandales pillent la Gaule, occupent l’Espagne et envahissent l’Afrique (430). Carthage tombe en 439. Les Vandales s’y établissent. Ils persécutent le clergé chrétien mais se montrent conciliants avec la population, des Berbères romanisés. Dès le VIe siècle, Carthage tombe dans la décadence et l’Afrique, réduite aux seules dimensions de l’actuelle Tunisie, sombre dans l’anarchie.
La conquête arabe
Les Arabes pénètrent en Ifriqiya pour la première fois en 647, à l’occasion d’un raid. En 670, le général Oqba organise une expédition et entreprend la conquête systématique de la Tunisie. Il fonde Kairouan, dont le nom signifie “place d’armes”, dans une vaste plaine semi-désertique, et en fait sa capitale. Carthage tombe définitivement aux mains des Arabes en 698. Hasan ibn Nooman, son nouveau maître, abandonne la cité en ruines et fonde Tunis, au fond du golfe. Les Arabes sunnites ont du mal à soumettre et islamiser les tribus berbères de l’intérieur, farouchement attachées à leur indépendance. Ils y parviennent cependant au terme de plusieurs siècles d’efforts. Au XIIe siècle, la Tunisie est totalement islamisée.
Très tôt, la Tunisie se signale par ses velléités d’indépendance. A Kairouan, la dynastie des Aghlabides (800 – 909) embellit la ville, construit des bassins, et ne maintient avec le calife sunnite de Bagdad que des liens d’allégeance formels. Le long des côtes, des fortifications (ribats) sont érigées pour protéger des villes comme Monastir des incursions vikings. Venus d’Orient, les Fatimides, alliés à la tribu berbère des Kotama, renversent le dernier Aghlabide et soumettent le pays. Ils consolident leur pouvoir en délaissant Kairouan pour créer une nouvelle capitale, Mahdia, sur la côte. Ils conquièrent le Maghreb et réalisent, en 969, leur ambitieux dessein : envahir l’Egypte. Ils fondent la ville du Caire, déplacent donc leur capitale de Mahdia au Caire, et laissent un gouverneur administrer les provinces du Maghreb.
Les invasions hilaliennes
En 1048, Al Moez, le gouverneur ziride d’Ifriqiya rompt avec les Fatimides du Caire et proclame la suzeraineté du calife de Bagdad. La punition est terrible. Le calife fatimide, pour se venger, lance sur la province rebelle des bandes d’Arabes pillards, les Beni Hilal et les Beni Soleym (1050-1052). Ces hordes nomades, comparées par le grand historien ibn Khaldoun, à des nuages de sauterelles, parquées jusque-là dans le désert égyptien, s’abattent sur la Tunisie. Les Zirides sont défaits, les villes mises à sac, les campagnes ravagées. L’invasion hilalienne est l’événement le plus important du Moyen Age tunisien. Bien plus que la conquête arabe, elle a transformé économiquement et socialement le pays. En se sédentarisant, les Hilaliens se sont fondus aux populations locales, berbérophones. Ils ont importé leur parler, l’arabe, qui s’est diffusé dans les campagnes. Mais leurs exactions ont ruiné l’agriculture du pays, qui ne s’en relèvera jamais véritablement. Et ils ont fait éclater le royaume ziride en une multitude de petites principautés. Pour ibn Khaldoun, l’invasion hilalienne marque le début de la décadence de l’Ifriqiya.
Les dynasties hafçides et la présence turque
Profitant de l’éclipse des Almohades marocains, unificateurs du Maghreb au XIIe siècle, le gouverneur de la Tunisie, l’émir hafçide Abou Zakaria s’émancipe. En 1237, il fait prononcer en son nom la prière du vendredi, une manière de déclarer son indépendance. Etablis à Tunis, ses successeurs embellissent la ville, aménagent la Kasbah, mènent grand train et s’entourent de lettrés et de poètes. Tunis, avec l’université islamique de la Zitouna, est devenu un pôle de savoir et une ville d’art et de culture. Elle bénéficie de l’apport des émigrés andalous, chassés d’Espagne par la Reconquista. Elle rayonne jusqu’en Scandinavie, et reçoit en 1262 la visite d’un ambassadeur norvégien.
Saint Louis, entraîné par son frère Charles d’Anjou, roi de Sicile, se lance dans la huitième croisade. Il rêve de convertir l’Ifriqiya, et débarque avec sa flotte devant Carthage, en juillet 1270. Il échoue aux portes de Tunis : son armée est décimée par la maladie ; il meurt de la peste en août 1270.
Le royaume hafçide connaît, au XVe siècle, un regain de puissance et de gloire, malgré le harcèlement des armées chrétiennes, espagnoles notamment, dans les régions côtières. Il se désagrège cependant à partir de 1490. A la faveur de l’anarchie ambiante, les Espagnols poussent leur avantage, et enlèvent ville après ville pour lutter contre la piraterie (la course) organisée par Barberousse. En 1535, les Espagnols s’emparent brièvement de Tunis. Les Turcs, qui avaient déjà un pied à Alger et soutenaient les corsaires, frappent un grand coup en prenant Tunis et la Goulette en 1574. La Tunisie devient un pachalik, une province ottomane.
La régence de Tunis
Les beys de Tunis, chefs de milices turcs, héritent du pouvoir de la Sublime Porte et s’installent au palais du Bardo. En 1705, Hussein ben Ali fonde la dynastie héréditaire qui régnera jusqu’à la proclamation de la République, en 1957. Il rétablit l’ordre. Ses successeurs ne parviennent pas à faire échec à la pénétration européenne. La régence, dès la conquête de l’Algérie par la France, en 1830, est l’objet de toutes les convoitises des puissances. Les Européens jouissent de privilèges commerciaux exorbitants. Le premier ministre réformateur, Kheiredinne Pacha, prend conscience de la nécessité de moderniser le pays. Il crée le lycée bilingue Sadiki en 1875. Mais il est déjà trop tard. La France de Jules Ferry, pour consolider son emprise, impose le traité du Bardo au malheureux Sadok Bey, le 12 mai 1881. La régence de Tunis devient un protectorat français.
Le protectorat français
Le bey est réduit à un rôle de simple figurant. C’est le résident général, un haut fonctionnaire français, qui détient la réalité du pouvoir. Des colons s’installent. La Tunisie apprend à parler le français. Ses fils se battent et meurent pour la France. Durant la campagne d’Italie, pendant la deuxième guerre mondiale, ils participent activement à la bataille de Monte Cassino. Mais le régime du protectorat, foncièrement inégalitaire, apparaît rapidement insupportable aux Tunisiens. Les nationalistes, galvanisés par les poèmes d’Aboul Qasim Chebbi (le Rimbaud tunisien) se rassemblent autour du Destour, le parti libéral constitutionnel. Habib Bourguiba, brillant avocat d’une trentaine d’années, rompt le 2 mars 1934 avec le Destour et fonde, à Ksar Hellal, le Néo Destour. Le peuple tunisien descend dans l’arène le 9 avril 1938 : l’armée tire sur la foule, les premiers martyrs tombent. Au début des années 1950, alors que Bourguiba collectionne les séjours en prison et les exils forcés, la lutte prend une tournure plus violente. Les fellaghas harcèlent les colons dans les campagnes. Les terroristes de la “main rouge” assassinent en 1952 Farhat Hached, le père du syndicalisme tunisien. En 1954, Pierre Mendès France rencontre Bourguiba et accorde l’autonomie interne à la Tunisie. Le 1er juin 1955, Bourguiba rentre d’exil : il est accueilli triomphalement par son peuple. Le 20 mars 1956, la Tunisie accède, sans heurt, à l’indépendance.
Naissance de la Tunisie moderne
Le dernier bey, Lamine, est déposé le 25 juillet 1957, Bourguiba devient président de la République. Visionnaire, il dote le pays d'institutions modernes, promulgue le code du statut personnel – le plus libéral du monde arabe – et émancipe la femme tunisienne. Francophile et laïque, il se fait le chantre de l’ouverture de la Tunisie sur l’Occident et le monde. Pendant plus d’un quart de siècle, l’histoire de la Tunisie se confond avec celle de ce génial bâtisseur. Mais sa République est une République autoritaire. Bourguiba gouverne à la manière d’un despote éclairé. Il manque sa sortie. En 1974, à 71 ans officiellement, il se nomme Président à vie. Ses thuriféraires s’adonnent sans retenue au culte de la personnalité. Le combattant suprême, malade, est guetté par la sénilité. Ebranlé par les coups de boutoir de l’UGTT, la centrale syndicale (manifestations de janvier 1978), et par les émeutes du pain (janvier 1984), il parvient à chaque fois à redresser la situation. Mais, autour du vieil homme, intrigants et courtisans complotent. Alors que le péril islamiste guette, son dernier premier ministre, le général Zine El Abidine Ben Ali, convoque les médecins dans la nuit du 6 au 7 novembre1987 et leur fait constater l’incapacité du chef de l’Etat. Le coup d’Etat médical marque la fin d’une époque.
Après une timide phase d’ouverture politique qui dure deux ans, Ben Ali renoue avec les pires travers du bourguibisme. L’opposition est muselée, les islamistes impitoyablement réprimés. Une chape de plomb tombe sur le pays, économiquement prospère. Intouchable, le président accumule les succès électoraux. Aux présidentielles de 1994, il rafle 99,91 % des suffrages et 99,4 % en 1999.
Six dates clés
814 av. JC : fondation mythique de Carthage par la Reine Didon.
202 av. JC : Hannibal est défait à Zama par le Romain Scipion.
647 ap. JC : conquête de l’Ifriqiya par les Arabes.
12 mai 1881 : le traité du Bardo impose le protectorat français à la Tunisie.
20 mars 1956 : indépendance de la Tunisie.
7 novembre 1987 : le président Habib Bourguiba est déposé par son Premier ministre, le général Ben Ali.
La vie politique
En bref
Un régime présidentiel • Une confusion, depuis l’indépendance, entre le parti et l’Etat • Une vie politique anémiée.
Un président tout puissant
La Tunisie, depuis le 25 juillet 1957, est une République. Le président, tout puissant et omnipotent, est élu au suffrage universel pour cinq ans. Selon la Constitution, qui limite le nombre de mandats à trois, l’actuel chef de l’Etat (Ben Ali) ne devrait pas pouvoir se représenter en 2004.
Les partis politiques légaux
Le mouvement national a donné naissance au Destour. Devenu Néo Destour (1934), puis Parti socialiste destourien (1964). Sous la houlette de son chef, Bourguiba, le parti a servi de vecteur à la modernisation du pays. Ses cadres sont allés peupler la fonction publique, au point que, très rapidement, la confusion entre le parti et l’Etat s’est instaurée. Bourguiba a fait le vide autour de lui. Les premiers dissidents, les youssefistes (du nom de Salah Ben Youssef, leur leader, assassiné à Francfort en 1961) ont été promptement éliminés de la scène politique. Plus traditionalistes, et surtout arabistes pro-nassériens, ils avaient fomenté des troubles dans le pays à la veille et au lendemain de l’indépendance.
La Tunisie contemporaine reste imprégnée de la culture du parti unique. Le PSD, rebaptisé Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) en 1988, compte près de 2 millions d’adhérents et dispose de 80 % des sièges à la Chambre des députés. Depuis 1994, la loi électorale réserve 20 % des sièges aux fantomatiques formations de l’opposition reconnues (celles qui ont fait allégeance au régime). Celles-ci ont été fortement incitées à présenter “au nom du pluralisme” des candidats aux présidentielles de 1999. Les deux candidats issus de leurs rangs ont recueilli au total 0,60 % des voix. L’un d’entre eux a même – cela ne s’invente pas – appelé les électeurs à voter pour Ben Ali.
La dissidence
L’opposition libérale a commencé à percer à la fin des années 70. Cependant son influence a été rapidement contrebalancée par les intégristes d’En-Nahda, adversaires acharnés de la République laïque et occidentalisée. L’embellie de la fin des années 80 leur permet de se compter : ils rassemblent, sous la bannière des indépendants, 15 % des suffrages aux législatives de 1989 (mais zéro député, en raison du mode de scrutin majoritaire). Leur progression inquiète. A partir de 1990, les intégristes entament un bras de fer avec le régime : ils perdent. Les chefs s’exilent, les militants sont arrêtés et condamnés à de lourdes peines. Plusieurs dizaines meurent sous la torture dans les commissariats. La lutte sans merci contre la subversion islamiste dérape : c’est le tournant sécuritaire. Les intimidations et persécutions policières se multiplient à l’encontre des défenseurs des droits de l’homme et démocrates non ralliés au régime. Quelques personnalités, mal connues du grand public parce qu’elles n’ont pas accès aux médias, émergent et dénoncent les dérives du benalisme : le médecin Moncef Marzouki, l’historien Mohamed Talbi, le journaliste Taoufik Ben Brik et, dernièrement, le juriste et ancien ministre de Ben Ali, Mohamed Charfi. Mais leur audience reste très faible.
Les médias
En bref
La presse, étroitement contrôlée, n’est pas en mesure de remplir sa mission d’information • La télévision, très regardée, propose surtout des émissions de divertissement • Les chaînes étrangères sont facilement accessibles.
La presse écrite
La Tunisie compte une dizaine de quotidiens, en français et en arabe. La Presse, le Temps et le Renouveau (organe du Rassemblement constitutionnel destourien, le parti au pouvoir) sont les principaux titres en français. En langue arabe, as Sabah est le journal le plus lu. Le pluralisme de l’information est une vue de l’esprit. Les faits et gestes du chef de l’Etat sont disséqués à longueur de pages, les réalisations du gouvernement sont systématiquement mises en exergue, et la tonalité des articles est ultra-consensuelle. Toute information sensible ou dérangeante (catastrophes naturelles, accidents ferroviaires) est systématiquement proscrite. Les journalistes sont contrôlés et, lorsqu’ils s’essaient à l’impertinence, ils sont sévèrement rappelés à l’ordre. Seules les pages sportives offrent un semblant d’intérêt. La presse magazine, avec notamment l’hebdomadaire indépendant Réalités (bilingue), dispose d’un peu plus de latitude, couvre les activités de l’opposition officielle, et aborde certains sujets de société.
Dans le passé, la Tunisie a pourtant connu des gazettes de qualité. Les leaders du mouvement national ont fondé des journaux comme l’Action tunisienne pour lutter contre le protectorat et exprimer leurs idées. C’est aussi à Tunis que Béchir ben Yahmed, la figure la plus emblématique de la presse africaine, a créé l’hebdomadaire Jeune Afrique (maintenant installé à Paris), en octobre 1960.
Les journaux et magazines français, à l’exception notable de Libération et du Canard enchaîné, trop critiques au goût des censeurs, arrivent en Tunisie avec un ou deux jours de retard. Ils sont accessibles dans les kiosques de la capitale et des principales villes du pays. Les numéros sont cependant saisis lorsqu’ils contiennent des informations gênantes ou qu’ils brossent un tableau trop nuancé de la réalité du “miracle tunisien”.
La radio et la télévision
A l’instar de la presse écrite, elles sont sévèrement contrôlées. Radio Tunis Chaîne Internationale émet en français, sur la FM, et propose des programmes musicaux de qualité. La seule chaîne de télévision du pays, la RTT, rebaptisée Canal 7 (clin d’œil appuyé au 7 novembre 1987), émet en arabe presque toute la journée. Au menu, des séries éducatives ou de divertissement, des feuilletons, tunisiens ou égyptiens, des retransmissions sportives (football essentiellement) et des bulletins d’information lénifiants. Elle est très regardée : le tunisien est téléphage. Canal Horizons, filiale africaine de Canal Plus, diffuse, par voie hertzienne, des programmes en français 24 heures sur 24. Elle est cryptée. La Rai Uno (première chaîne italienne) et France 2 (depuis 1989) complètent le paysage audiovisuel tunisien. C’est grâce au petit écran que les jeunes Tunisiens ont appris à parler italien, la Rai étant diffusée depuis les années 1960. Une grande partie des foyers, et la plupart des hôtels, sont aujourd’hui équipés d’antennes paraboliques. Les émissions des principales chaînes françaises (TF1, M6, FR3, Canal Plus) et étrangères (la chaîne arabe al Jazira, indépendante) sont très suivies.
Economie
En bref
Contrôle des naissances et priorité à l’éducation • Spécialisation dans le tourisme • Ouverture sur l’extérieur et arrimage à l’Union européenne.
En 45 ans d’indépendance, grâce à un environnement de paix et de stabilité sociale, le pays a connu un véritable décollage économique. Le PNB par habitant, en constante progression, frôle les 2200 $. La Tunisie, qualifiée de pays émergent par les institutions internationales (FMI, Banque mondiale), tire aujourd’hui l’essentiel de sa richesse des services.
A l’origine du miracle tunisien : une politique volontariste de modernisation. Le tiers du budget de l’Etat est consacré à l’éducation. Le taux d’alphabétisation des jeunes tunisiens (garçons et filles confondus) est supérieur à 99 %. La croissance démographique a été maîtrisée grâce au planning familial. La Tunisie est à cet égard le meilleur élève de la classe africaine et arabe. Le statut octroyé par le président Bourguiba à la femme, d’une incroyable audace pour l’époque (1956), a permis à celle-ci d’accéder au marché du travail. Enfin, un système de protection sociale assez performant garantit aux Tunisiens une couverture sanitaire de qualité.
La Tunisie est pauvre en ressources naturelles. A la différence de ses voisins libyen ou algérien, elle a peu de réserves pétrolières, et exporte seulement du gaz naturel et des phosphates. Le développement des structures hôtelières a permis de faire affluer les devises. La “Tunisie amie”, grâce à la beauté de ses plages, la diversité de ses sites archéologiques, et le sens de l’hospitalité de ses habitants, est devenue une destination prisée des touristes européens (3,5 millions de visiteurs en 2000). Ces dernières années, autorités et investisseurs privés ont investi massivement pour offrir une gamme plus étoffée de services aux visiteurs : mise en valeur du grand sud (tourisme saharien), centres de thalassothérapie, création de parcours de golf.
A l’issue d’une brève mais désastreuse expérience collectiviste à la fin des années 60, le pays a résolument opté pour l’économie de marché. Son industrie a joué sur la qualité de la main d’œuvre et la compétitivité de son coût pour attirer les investisseurs étrangers. Le textile a longtemps été le point fort du secteur secondaire. Les nouvelles technologies, grâce à quelques entreprises dynamiques à l’exportation, prennent en ce moment le relais des entreprises traditionnelles. Un Accord d’association avec l’Union européenne a été signé en 1995. Il prévoit l’insertion de la Tunisie dans un vaste espace de libre-échange et le démantèlement de toutes les barrières douanières d’ici à l’horizon 2008.
Le secteur primaire emploie encore presque le quart de la population active, mais il est en perte de vitesse. Outre l’élevage et la culture des céréales, la Tunisie produit de l’huile d’olive, et, dans les oasis du Sud, des dattes de la variété deglet nour, très prisées des gourmets (3e exportateur mondial).
Guide pays
Pratique
- Introduction générale
- En un coup d'oeil
- Itinéraires
Repères - Histoire et politique
- Arts
- Environnement
- Fêtes et traditions
Pratique - Avant le départ
- Quand partir ?
- Transports
- Mémento pratique
Où dormir ? - Texte général sur les hôtels
Où manger ? - Texte général sur les restaurants
Où sortir ? - Texte général sur les sorties
Shopping - Texte général sur le shopping
Présentation - Texte Introduction Tunis
Visites - Visites Tunis texte
- Visites Tunis adresses *
Où dormir ? - Hôtels pas chers Tunis*
- Hôtels standard Tunis*
- Hôtels haut de gamme Tunis *
Où manger ? - Restos petits prix Tunis *
- Restos bonne table Tunis *
- Restos grande table Tunis *
Où sortir ? - Tunis Bar*
- Tunis boites de nuit *
- Tunis spectacles *
Shopping - Adresses shopping *
Pratique - Tunis pratique
A voir - Textes environs de Tunis
- Environs tunis : Sidi Bou Sai hotels *
- Environs tunis : Sidi Bou Sai restos *
- Environs tunis : la Goulette restos *
- Environs tunis : la Marsa restos *
- Environs tunis : la marsa sorties *
- Environs tunis : carthage hotels *
- Environs tunis : Gammarth hotels *
- Environs tunis : Gammarth shopping *
Présentation - Intro région le nord
A voir - La côte Corail
- Les routes intérieures
Présentation - Introduction péninsule cap bon
A voir - Le golfe d'Hammamet
- Le tour de la péninsule
Présentation - Introduction sahel et le centre
A voir - Le Sahel
- Sahel : Sousse hôtels*
- Sahel : Sousse restos*
- Sahel : Sousse bars*
- Sahel : Sousse shopping*
- Sahel : Monastir hôtel*
- Les steppes
Présentation - Introduction au sud
A voir - Jerba
- Autour du Chott-El-Jerid
- Le Sud : Douz hôtels *
- Le Sud : Douz restos *
- Le Sud : Douz bars *
- Le Sud : Nefta hôtels *
- Le Sud : Nefta restos *
- Le Sud : Tamerza hôtels *
- Le Sud : Tamerza restos *
- Le Sud : Tozeur hôtels *
- Le Sud : Tozeur restos *
- Le Sud : Tozeur bars *
- Le Sud : Zaafrane hôtels *
- Les montagnes du Dahar
En coulisse - Les auteurs
Les indispensables
