Guide Voyage Martinique - KARAVEL
 

Martinique

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Arts

Peinture & arts plastiques

En bref

Tourner le dos à l'académisme colonial " A partir de 1945, les artistes antillais créent une esthétique caribéenne " Peinture et sculpture sont souvent associées.

L art précolombien

La période précolombienne commence en 100 av. JC et s'achève vers l'an 1500 avec l'arrivée de Christophe Colomb. Le fruit des fouilles archéologiques permet de retracer presque 2000 ans de civilisations arawak et caraïbe. Des outils de cuisine et d'artisanat (céramiques, poteries, outils en pierre taillée) sont présentés au Musée départemental d'Archéologie et de Préhistoire de Fort-de-France. On y trouve aussi les premiers bijoux à base de coquillages et de pierres précieuses, qui servaient aux cérémonies religieuses.

L art colonial

L'expression artistique des Antilles françaises s'émancipe après la seconde guerre mondiale. Jusqu'en 1945, la peinture est très descriptive et académique. Elle est un art d'agrément européen, comme le violon ou le piano. On trouve encore quelques tableaux illustrant la période coloniale, mais il s'agit d'Suvres de commande par les maîtres de plantations décrivant des paysages ou des scènes de la vie des champs. Ces Suvres sont rarement signées.

L'art et la guerre

Le blocus militaire des Antilles retient plusieurs centaines d' Européens sur les îles. Par souci d'assimilation, des artistes occidentaux (Denusière, Lepage, Hibran) ouvrent des ateliers pour de jeunes talents locaux mais en les coupant de leur propre culture et identité caribéennes. En 1943, le premier mouvement pictural, l'Atelier 45 avec Raymond Honorien et Claude Delafargue, reprend les références occidentales de l'impressionnisme (Cézanne, Gauguin, Monet, Pissaro). Peinture à l'huile ou technique du couteau, les Suvres jettent une passerelle entre littérature et peinture locales.

Les racines de la rupture

En 1943, la première Ecole d'Arts appliqués de Fort de France ouvre la voie à un artisanat d'orfèvre et de joaillier. Mais le besoin d'expression artistique reste insatisfait. Dans les années 50, Joseph René Corail ouvre une brèche dans l'esthétisme européen dominant. Les années 60 voient l'apparition d'artistes portés par le désir de légitimer leurs racines, d'identifier, de valoriser l'existence de valeurs nègres. En 1960, Serge Hélénon part enseigner à Bamako (Mali). Il découvre le pays et l'art dogon qui m'apporte la vérité dans la sensation brute des choses, sans artifice , dit-il.

En Côte d'Ivoire, quatre ans plus tard, il rencontre par hasard un autre Martiniquais, Louis Laouchez. La gémellité de leur parcours les incite à publier en 1970, de retour sur leur île natale, le manifeste de l'école Négro-Caraïbe, dicté par une volonté de retour aux sources et de rupture avec les valeurs culturelles coloniales. On nous a obligés à ignorer notre histoire. Notre combat est de retrouver notre authenticité, de faire valoir notre identité et de la montrer , écrivent-ils.

Le groupe Fwomajé

En 1980 naît le groupe Fwomajé (du nom de l'arbre aux racines particulièrement solides et profondes) qui rassemble cinq plasticiens de Martinique. Le théoricien du groupe, René Louise, signe "le Manifeste du Marronisme moderne" (extrait d'une thèse universitaire) d'où ressort l'importance des racines africaines, mais aussi caribéennes avec la prise en compte des arts précolombiens. Les affinités entre le mouvement artistique et la mouvance indépendantiste sont réelles.

Un nécessaire exil ?

Martiniquais né en 1945, Ernest Breleur rompt avec les recherches identitaires du groupe Fwomajé en 1989 pour se réaliser en tant qu'artiste international. Même si l'on est d'ici, on doit être à la dimension de l'univers. C'est pourquoi j'ai voulu être à la hauteur de ce qui se fait dans le monde, avant d'exporter mon Suvre. Cela ne veut pas dire que j'ai un rejet de mon pays mais être une gloire locale ne signifie rien si l'on n'est pas en phase avec ce qui se fait dans le monde . (France Antilles juillet 1995)

Des constantes artistiques

L'expression artistique en Caraïbes se développe plus tôt dans les grandes Antilles (Cuba, Haïti) du fait de leur histoire et de leur territoire plus étendu, avant d'atteindre les petites Antilles. On y trouve certaines constantes comme le rejet de la peinture de chevalet au profit d'un travail plus tactile et sensoriel.

Les techniques de collage et d'assemblage rappellent les métissages de la société antillaise. Tout comme le souci de récupération et de recyclage d'objets. La symbolique du neg'marron brisant ses chaînes d'esclave a été reprise sur toutes les coutures.

Quelques artistes à connaître

Peintre et sculpteur, Hector Charpentier vit et travaille à Fort de France où il est né en 1950. Il se définit comme le fondateur en 1993 de la figurabstraction. J'estime qu'il n'y a pas deux réalités, l'une figurative, l'autre abstraite, mais qu'elles peuvent dans le cas de la figurabstraction, s'enrichir mutuellement afin d'obtenir une symbiose. Tout art figure. Tout art est abstrait. Le plus de la figuration n'est que dans le plus d'abstraction.

Serge Hélénon (La mémoire charpentée). Ruvre matérielle et charnelle, au confluent de la peinture et de la sculpture, le travail de Serge Hélénon se présente sous la forme d'assemblages de bois qui ne s'accroche pas au mur mais autour duquel le spectateur doit tourner.

Joseph René Corail, dit Koko, martiniquais autodidacte, est peintre, sculpteur, céramiste, sérigraphe, modéliste et décorateur. Après l'école d'arts appliqués de Fort-de-France puis de Paris, il rencontre Picasso en 1952. Il est l'un des premiers plasticiens à avoir axé son travail sur l'emploi de matières locales (toile de coco, bambou, sable) et avoir rompu avec l'académisme. Son goût pour la céramique le pousse à ouvrir une école d'arts appliqués aux Trois-Ilets. En 1960, c'est l'ouverture du centre commercial des métiers d'art, dénommé aujourd'hui "village de la Poterie".

Musique

En bref

Une multitude de musiques " Des artistes et des groupes célèbres " En Guadeloupe et Martinique, la musique est partout

Des styles de musique pour danser

Mazurka, Merengue et Biguine sont des danses nées entre les deux grandes guerres. Un peu tombées en désuétude aujourd'hui, elles ont encore leur quart d'heure de célébrité à l'occasion des fêtes populaires et patronales, ou lors de cérémonies familiales. On écoutera l'orchestre de Sam Castendet dans ses enregistrements des années 1946 à 1949.

Le Calypso, la Soca et le Jump-Up sont des musiques caribéennes où l'électronique commence à s'insinuer. La symbiose entre les boîtes à rythmes et les percussions forment l'essentiel de ces "soca-band" au beat aussi répétitif qu'épuisant. Très stimulant pendant les défilés.

Le Kompa (aussi prononcé Compass) est une musique originaire d'Haïti, dont le plus fier ambassadeur est le "Roi" Coupé Cloué. Chansons interminables sur les relations amoureuses entre gentes féminine et masculine. Avec changements de rythme à la clé.

Le zouk, la plus célèbre des danses de couple donne aussi son nom aux fêtes organisées le samedi soir. La production de zouk est une industrie antillaise à part entière, avec ses groupes, chanteurs et chanteuses aux vidéo-clips qu'on dirait destinés à de très jeunes adolescents.

La programmation musicale ne serait pas complète sans citer le reggae et le ragga, avec la rappeuse Majesty ou le rasta Jahmatic.

Des artistes individuellement reconnus

"Vas-y Francky c'est bon bon bon". Le succès du séducteur antillais Francky Vincent, sûr de son charme pour ne pas dire plus, est un des rares artistes de la région à avoir connu le succès hors des îles. Les Antillais, pourtant catholiques et pratiquants, adorent les chansons d'amour, même lorsque les textes débordent d'érotisme explicite.

Dans un tout autre répertoire, Mario Canonge est un pianiste surdoué et un musicien à l'étonnante capacité d'adaptation d'un style à un autre. Jazz, zouk ou salsa, de Dee Dee Bridgewater à Nicole Croisille, Mario Canonge se met perpétuellement au service de différentes familles musicales, souvent cousines, toujours généreuses.

Deux formations "poids lourds"

Tout le monde se souvient d'avoir zouké au moins une fois sur "sié bwa", le tube de Kassav. La formation de la chanteuse Jocelyne Beroard et du guitariste Jacob Desvarieux continue de faire l'actualité à chaque nouvelle sortie d'album. Leurs concerts en métropole rassemblent toute la communauté antillaise dans une ambiance chaude aux rythmes soutenus.

Si Kassav a clairement créé un nouveau genre, Malavoi est pour sa part plus indéfinissable. Car sa force est d'avoir su moderniser les vieux rythmes des Antilles françaises (époque foulards et madras), en leur insufflant des accents de salsa. Unique dans la Caraïbe.

Architecture

En bref

Du XVIe au XIXe siècle, l'architecture créole est un métissage de styles issus des colonisateurs " Mélange de bois et de métal " Des bâtiments colorés et ouverts

Un mélange des genres

Les colons britanniques ont apporté le goût du portail d'entrée et laissé l'inspiration victorienne, jusque dans les bow-windows à petits carreaux de certaines maisons de bois. Les Français ont ouvert les toits pour y placer des fenêtres "en chien assis". Vers Cuba ou Porto-Rico, les Espagnols ont forgé le fer en ouvrages décoratifs pour des maisons aux grands volumes et aux carreaux de faïence qui quadrillent le sol. Partout aux Antilles, on retrouve l'alliance du bois et du métal (Musée Saint-John-Perse), commun au Vieux Quartier Français de la Nouvelle-Orléans, destination finale des esclaves venus d'Afrique, après escale dans l'arc antillais. Ce style sera qualifié d Eiffel en raison de l acier qui assure la structure du bâtiment.

Des couleurs bien choisies

Malgré ses diverses influences, l'architecture caribéenne possède des traditions similaires dans le choix des couleurs et l'utilisation des matériaux. Le bois pour les charpentes et terrasses (teck, mahogany, bambou, acajou) est repeint dans des couleurs vives et acidulées, ou plus veloutées. Ici des fenêtres aux volets roses et bleus, là une façade verte et orange.

Des espaces ouverts sur l'extérieur

En rez-de-jardin ou à l'étage, de vastes galeries forment une terrasse entourant la maison. Des claires-voies filtrent lumière et chaleur pour tamiser les intérieurs. Persiennes et jalousies remplacent les vitres des portes et fenêtres. Le souffle des alizés circule librement, grâce à des caillebotis qui séparent le haut des cloisons intérieures. Grâce au climat tropical, 365 jours par an, la maison est ouverte sur la vie en plein air.

Constructions à voir

En Martinique : la bibliothèque Victor Schoelcher (1889), construite à l'angle de la place de la Savane, à Fort de France est l'Suvre de l'architecte français Henri Picq. Il est également l'auteur de la halle de style "Baltard" où se tient le marché aux épices. Bien que plus modeste, la charpente métallique de la bibliothèque Schoelcher rappelle les structures de la Tour Eiffel. Lors de l'Exposition Universelle de 1889, le bâtiment est présenté comme Pavillon de la Martinique. Un incendie le ravage un an plus tard. La bibliothèque Schoelcher est aujourd'hui un grand centre documentaire accessible à tous, pour perpétuer le vSu de son fondateur.

Nos livres favoris

Cahier d'un retour au pays natal, Aimé Césaire (1971) : le poète martiniquais de renom international, auteur d'essais philosophiques et de pièces de théâtre, est une figure incontournable des Antilles et père de la "créolité". Ami du Sénégalais Léopold Sédar Senghor, chantre de la négritude, son influence littéraire et politique est immense.

Peau noire, masques blancs, Frantz Fanon (1958) : fils de la bourgeoisie martiniquaise devenu révolutionnaire tiers-mondiste, Fanon est l élève de Césaire avant d'en prendre ses distances. Il étudie dans cet essai les conséquences humaines du colonialisme et du racisme. Il fait le portrait de l'homme noir antillais, victime des préjugés de couleur et des complexes d'infériorité qu'il a intériorisés. Il théorise l'aliénation psychotique provoquée par l'oppression coloniale. Critique vis-à-vis de la négritude, il considère le concept trop réducteur. Selon lui les Antillais sont, après la grande erreur blanche en train de vivre le grand mirage noir . La révolte de Fanon va au-delà du monde noir puisqu'il s'engage dans la libération de l'Algérie, où il meurt.

Le Nègre et l'Amiral, Raphaël Confiant (prix Antigone 1988) : c est le premier roman entièrement en français de ce très prolifique auteur. Il y raconte comment, pendant la seconde guerre mondiale, l'amiral Robert, envoyé plénipotentiaire du Maréchal Pétain, dirige une Martinique cernée de sous-marins allemands. Une rencontre tragique et dérisoire entre les Tropiques et le régime de Vichy. Confiant possède un style vif, une écriture verte et imagée, truffée d'expressions créoles, au service d'histoires romanesques.

La lézarde, Edouard Glissant (prix Renaudot 1958) : une des "stars" de la littérature martiniquaise met en scène le réveil de la jeunesse locale. Sur une île tropicale, des révolutionnaires décident d'abattre celui qui réprime les soulèvements populaires. Leur premier acte de liberté sera un meurtre. L'Suvre multiple de ce poète, philosophe et dramaturge, témoigne de l'émergence de la parole antillaise et de la genèse d'un nouveau langage.

Texaco, Patrick Chamoiseau (prix Goncourt 1994) : l auteur y dépeint 150 ans d'histoire martiniquaise, mais seuls des lecteurs persévérants peuvent en parler& On lui préférera son premier roman Chronique des sept misères (1986), un ouvrage qui fait vivre avec humour et tendresse le peuple foyalais, au travers des pérégrinations de Pierre Philomène Soleil, maître-djobeur au marché aux légumes de Fort de France qui, pour s'arracher d'une folle passion amoureuse, part à la conquête d'un trésor dangereux. Sur fond de zombi d'esclave assassiné par un maître béké.

Yé crik ! Yé Crak. La littérature orale est aujourd'hui encore très riche en contes, légendes, proverbes, chansons et devinettes (appelées "titimes ou tim tim boissek"). Les contes créoles où les animaux sont les héros puisent dans le "réalisme merveilleux" de la lointaine Afrique. Les aventures de Compère Lapin et Ti-Jean narrent les exploits de personnages naïfs et facétieux, aussi connus ici que Babar en métropole.

A lire : Contes créoles de Marie-Thérèse Long-Fou et Contes fantastiques caribéens de Germaine Louilot.

Nos films favoris

De l'authentique

Rue Case-Nègres, Euzhan Palcy (Lion d'argent à Venise, 1983) : l'identité créole y trouve son apogée. Le film (tiré du roman éponyme de Joseph Zobel,  et largement autobiographique) relate la vie d'un adolescent, José, vivant avec sa grand-mère, M'man Tine, sur une plantation de canne à sucre dans la Martinique des années 30. Bon élève, il obtient une bourse et part étudier à Fort de France. Empreints de la mémoire du cSur et de ses blessures, le film comme le livre dépeignent la vaillance, la dureté et la tendresse des descendants d'esclaves, acharnés à bâtir pour leurs enfants un pays plus libre et plus généreux.

De l'humour

Siméon, Euzhan Palcy (1992) : l'histoire du fantôme d'un professeur de musique qui revient convaincre un jeune mécanicien de se lancer dans une carrière de musicien. Les acteurs sont tous membres du groupe de zouk Kassav', et l'on y voit Pascal Légitimus jouer les Philomène Junior.

Antilles sur Seine, Pascal Légitimus (2000) : l'ancien des Inconnus décrit, au travers d'une galerie de portraits, certaines facettes de la diaspora antillaise installée en métropole, avec leurs défauts et leurs qualités mais avec tendresse.

De l'engagement

Autrement plus engagées, à partir des années 70, des Suvres discrètes, comme le documentaire La Manchette et le Marteau de Gabriel Glissant (1975), Chap'la (1977) ou Sucre Amer (1997) de Christian Lara ouvrent la voie à un cinéma d'auteurs guadeloupéens.

Du suspense

L'affaire Thomas Crown, John Mc Tiernan (1999) : délaissant son rôle de James Bond, Pierce Brosnan emmène Renée Russo deux jours en Martinique. L'histoire d'un play-boy millionnaire et célibataire qui vole un tableau de Monet pour donner un sens à sa vie. Une femme est chargée de l'enquête. Ils jouent au chat et à la souris le temps d'un week-end sur l'île aux fleurs.

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