Prague
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Le château de Prague (Prazky Hrad)
Demeure des rois de Bohême, puis des présidents de la République. Son origine remonte à la formation du premier Etat tchèque, vers 870. C’est LE lieu du pouvoir. Hitler ne s’y trompa pas, qui coucha là en vainqueur un triste soir de mars 1939, assurant son autorité du poids de ce symbole. Remanié au fil des siècle, il a survécu aux incendies et aux guerres. Dernier changement en date : à la demande de Vaclav Havel, la garde a depuis 1990 un nouveau costume. L’uniforme kaki a été remplacé par un ensemble bleu à boutons dorés, avec des éléments azur et rouge. Cet habit de music-hall a été dessiné par le costumier du réalisateur Milos Forman. Spectacle tous les jours à midi, pour la relève. Quartier à part entière, le château regroupe au sein de ses remparts plusieurs édifices distincts. L’ensemble constitue un incontournable spectacle. Ce qui veut dire aussi qu’il est parfois difficile de se frayer un chemin parmi les hordes de visiteurs. Pour profiter de la majesté du lieu, vous pourrez toujours marcher dans ses cours et ses jardins avant ou après l’heure des visites. Difficile d’établir une hiérarchie dans les visites, tant chacune offre d’intérêt. Quelques grands classiques se dégagent néanmoins.
La cathédrale Saint-Guy (Chram sv. Vita)
Commencée en 1344 par le français Mathieu d’Arras, pour former le centre spirituel de la grande Prague rêvée par Charles IV. Elle ne sera achevée qu’en 1929. On y a couronné les rois pendant des siècles. Les joyaux de la couronne de Bohême y sont toujours conservés. Sa conception gothique est représentée à merveille par les voûtes aérienne du chœur. Elle s’est enrichie d’influences plus tardives. Le clocher central date de la renaissance. Il est coiffé d’un dôme baroque. La chapelle du nouvel archevêque, la troisième sur la gauche, comporte un vitrail haut en couleurs. D’une composition audacieuse, il est l’œuvre de Mucha, maître de l’Art nouveau. La porte d’or, sur la droite, faisait office jusqu’au XIXe siècle d’entrée principale. Elle est surmontée d’une mosaïque vénitienne du XIVe siècle, illustration fort dissuasive du jugement dernier. La star des lieux s’appelle Venceslas, saint patron du pays. A droite de la gigantesque nef, une chapelle lui est consacrée. Sur les murs, des fresques gothiques, incrustées d’or et serties de milliers de pierres semi-précieuses de Bohême. Sous le tabernacle doré, un autel contenant les reliques du saint. L’anneau de bronze du portail, tenu par un lion, serait celui auquel s’accrocha Venceslas, assassiné par son frère Boleslav. La scène est représentée par un bas-relief, sur la porte de la cathédrale. Un peu plus loin, un escalier descend à la crypte. Elle abrite le mausolée des rois de Bohême. A l’arrière du chœur, le sarcophage de saint Jean Népomucème. Sa réalisation, au XVIIe siècle, dans le plus pur style rococo, a nécessité près de 4 tonnes d’argent massif.
Le vieux palais royal
Construit en 1135 pour les princesses, il devient au XIIIe siècle la résidence des rois. De cet édifice roman subsistent le sous-sol et une partie du rez-de-chaussée. Dans l’entrée, à gauche de l’antichambre, la salle verte. Murs ornés des armoiries de Bohême et d’une fresque baroque. Puis la chambre de Vladislav, un des éléments gothique et Renaissance ajoutés par la suite. Le plus remarquable étant l’immense salle Vladislav, capable d’accueillir 2000 personnes sous ses voûtes altières. Les présidents de la République y prêtent serment. Au Moyen-Age, elle accueille bals, assemblées et... tournois de chevalerie ! Les équipages y pénètrent par l’escalier des cavaliers, situé à gauche. Il mène aux entrailles romanes du palais. Au fond de la salle Vladislav, deux pièces, détruites dans le grand incendie de 1541, et reconstruites peu après. Tout droit, la Chapelle de tous les saints, remaniée dans le style baroque. Sur la gauche, la salle de la diète. Sous le règne des Habsbourg, le parlement s’y réunit en présence du roi. Les décisions prises ont alors force de loi. Vous accédez à l’aile Ludvik par un petit escalier en colimaçon, sur la droite à l’entrée de la salle Vladislav. La seconde pièce de cette aile est celle des gouverneurs de Bohême. En 1618, deux d’entre eux, catholiques intransigeants, sont défenestrés par des nobles protestants. L’incident marque le début de la guerre de Trente ans. Cela valait bien un nom : c’est la seconde défenestration de Prague. Il y en a eu d’autres, c’est une coutume locale. Les deux malheureux survécurent et s’enfuirent. Les catholiques parlèrent d’intervention divine. Les protestants, plus prosaïques, estimèrent qu’un tas de fumier avait amorti la chute.
Couvent et basilique Saint-Georges
Vous ne pouvez pas manquer la façade baroque de la basilique, rouge vif. Elle date de la fin du XVIIe siècle. Deux tours romanes, d’une parfaite sobriété, pointent à l’arrière-plan. Elles laissent deviner l’ancienneté des lieux. Le couvent date de 920. Il est consacré en 925, quand les reliques de sainte Ludmilla, grand-mère de Venceslas, y sont déposées. Aujourd’hui, il abrite une partie de la galerie nationale. La collection est consacrée à l’art tchèque gothique, Renaissance et baroque. Elle est riche, et d’une grande qualité. La basilique, datant de 1142, n’est plus consacrée. Dotée d’une acoustique excellente, elle accueille des concerts pendant la majeure partie de l’année. C’est l’église romane la mieux préservée de la ville. A l’intérieur, les piliers massifs soutiennent une nef étroite et élevée, signature du roman. Un salle gothique étriquée, datant du XIVe siècle, abrite le tombeau de Vratislav Ier. Le tout a été magistralement rénové à la fin du XIXe siècle.
La ruelle d’or (Zlata ulicka)
On aimerait croire la légende, qui veut que des alchimistes aient habité cette ruelle pavée. En fait, les petites maisons colorées et biscornues abritaient les gardes. Le château échappant à la juridiction des corporations de Prague, ceux-ci amélioraient leur quotidien grâce au commerce. L’un des domaines privilégiés était l’orfèvrerie, d’où le nom de la rue. En haute saison, il y a tant de monde que vous aurez bien du mal à apercevoir la maison situé au numéro 22. Kafka l’habita en 1916-1917. A l’entrée de la ruelle se trouve la tour blanche (Bila Vez). Là, Rodolphe II fit emprisonner Edward Kelley, alchimiste irlandais. A l’autre extrémité, la tour Daliborka. Son nom lui vient du chevalier Dalibor de Kozojedy. Ayant soutenu une révolte paysanne, il y fut emprisonné en 1498. On dit qu’il apprit le violon pour tromper l’ennui. Ses mélodies attirèrent des foules charmées. Elles lui descendaient des vivres par un soupirail. Le roi ne devait pas être mélomane. Il le fit exécuter. De cette histoire, Smetana tira son opéra, Dalibor. Un peu plus loin, une tour noire (Cerna Vez) répond à la blanche. Elle abrite une collection consacrée à l’histoire du pays. De jolies marionnettes anciennes côtoient l’épée qui trancha la tête aux 27 rebelles protestants de 1621.
Les jardins méridionaux (Jizni zahrady)
Accessibles depuis la troisième cour du château, par l’escalier du Taureau. Autre accès en haut de l’escalier montant au château, depuis Mala Strana. Cette enfilade de jardins, courant le long des remparts, domine la ville. Chacun offre une architecture et une atmosphère différente. A droite en descendant, un escalier mène au jardin du paradis (Rajska zahrada). En guise d’Eve, une vasque en granit représente le principe féminin. Elle répond au monolithe situé dans la troisième cour du château, symbole de la masculinité. A gauche de l’escalier du taureau, ce sont les jardins du bastion (Zahrady na valech). Au pied de l’aile Louis du vieux palais royal, deux colonnes en grès. C’est là qu’atterrirent, après un joli vol plané, les deux acteurs principaux de la seconde défenestration. Ils s’enfuirent alors à toutes jambes à travers les jardins.
Hradcany
Le jardin royal (Kralovska Zahrada)
Au nord du château, à l’extrémité des Douves aux Cerfs (Jeleni prikop). Aménagé par Ferdinand en 1534, dans le style Renaissance. A gauche de l’entrée, la cour des Lions (Lvi dvorek). Comme son nom l’indique, ce fut le premier zoo de Prague. Toutes sortes d’animaux exotiques plus ou moins inquiétants erraient dans les douves. Aux dernières nouvelles, il n’y en aurait plus. D’abord dessinés à la Française, les jardins ont été remodelés au gré des modes. Des bulbes de Constantinople y ont donné les premières tulipes d’Europe. Avis aux Hollandais. Au printemps, elles emplissent de couleurs ces jardins impeccablement entretenus. Leur fréquentation fut un temps réservée aux dignitaires du Parti. Depuis leur ouverture au public, ils sont un lieu de promenade populaire. Un petit pavillon Renaissance accueillait les courtisans désireux de se dépenser. On y pratiquait le jeu de paume. Détruit en 1945, il fut reconstruit sous le communisme. Cherchez l’intrus : la faucille et le marteau se sont subrepticement glissés parmi les sgraffites d’origine. Au bout des jardins, le belvédère. Un cadeau du roi Ferdinand à son épouse Anne. On dit que, désireux de préserver l’effet de surprise, il lui cacha le projet. Malheureusement, les travaux s’éternisèrent. Quand le palais fut fini, la reine était morte. Que le roi se rassure : le panorama sur la ville et le château depuis le palais est un cadeau à la postérité.
Monastère de Strahov (Strahovsky klaster)
Fondé par des moines de l’ordre français des Prémontrés en 1143. Remanié dans le style baroque au XVIIe siècle. Persécuté par les communistes, l’ordre sera expulsé dans les années 50. Après la restitution des lieux en 1990, l’argent manque pour la rénovation. Les huit derniers moines prémontrés décident alors de louer le corps de ferme à une entreprise tchèque. Celle-ci le rénove, y installe quatre restaurants, dont Peklo (l’enfer en Tchèque !) et... une discothèque ! Les deux tours baroques dominent la colline. L’intérieur de l’église Notre-Dame célèbre saint Norbert, fondateur de l’ordre. Douze peintures de Neunhertz lui sont consacrées. Si la décoration est baroque, le tracé de la nef, de même hauteur que les collatéraux, trahit ses origines romanes. Le tout inspira de belles mélodies à Mozart, qui le soir venait jouer de l’orgue. Dévoués à l’érudition, les prémontrés ont rassemblé 125 000 ouvrages dans les bibliothèques de Strahov. La salle de philosophie fut construite au XVIIIe siècle. La fresque du plafond est un hymne au savoir humain. Siècle des Lumières oblige, saint Venceslas et sainte Ludmilla côtoient Voltaire et Diderot, athées notoires. En fâcheuse posture, cependant. On les voit précipités aux Enfers. Dans la salle de théologie, du XVIIe, on s’attend à voir éclater une querelle. On y trouve des globes terrestres anciens, sur lesquels dominent encore les blancs et, dans les recoins des étagères, protégés par des barreaux, des livres interdits. Mis à l’index, leur inaccessible contenu torture le curieux. Jardins donnant sur des vergers en terrasse, descendant vers le fleuve.
Notre-Dame-de-Lorette
Achevé en 1631, ce sanctuaire est un bon exemple du baroque praguois, avant qu’il ne se détache de ses influences italiennes. Il s’agit d’ailleurs d’une copie, parmi une cinquantaine d’autres réalisées dans le pays, de la Santa Casa de Loreto en Italie. Une ville où la maison de la Vierge aurait été apportée de Palestine par des anges, au XIIIe siècle. Le culte de la Vierge fut un élément essentiel de la reconquête de Prague par le catholicisme. Toutes les heures, le carillon de 27 cloches joue une mélodie tchèque arrangée par Dvorak, dédiée à Marie. Sur la façade, statues des évangélistes et de sainte Anne, mère de la Vierge. Au fond de la cour, l’église de la Nativité. L’intérieur baroque est parfaitement conservé, et orné d’un grand nombre de statues. Les corps momifiés de deux saints espagnols, Félicien et Marcia, composent une lugubre mise en scène. Près de l’église, le cloître. Il accueillait à l’origine les nombreux pèlerins venus visiter le sanctuaire. Le trésor du sanctuaire a profité du zèle des nobles soucieux, après 1621, de prouver leur amour du catholicisme. De nombreux rois en panne de finances ont puisé dedans, mais il reste de belles pièces. Le soleil de Prague est la plus remarquable. Cet ostensoir baroque en or massif est serti de milliers de diamants. La chapelle Notre-Dame-de-Douleur, dans un angle de la cour, comporte un étrange autel. La crucifixion d’une femme à barbe y est représentée. Il s’agit de sainte Starosta, mariée contre son gré par un père païen. Dieu la pourvut d’une barbe pour repousser le mari. Le père, furieux, la fit crucifier. Starosta est depuis lors la patronne des épouses malheureuses.
Palais Sternberg
Il abrite la collection d’art européen de la galerie nationale, souvent considérée comme la meilleure. Parmi les nombreux joyaux, un Christ du Greco. Peint à la fin du XVIe siècle, il illustre parfaitement le génie du regard et de l’expression caractéristique du maître. Le Savant dans son cabinet de Rembrandt manifeste la science de la lumière et l’humanité du chef de file de l’école flamande du XVIIe siècle. Merveille des merveilles, la Fête du rosaire, peinte par Dürer en 1506 : visages diaphanes, composition et couleurs d’une grande pureté. Dürer était, avec Bruegel, le peintre préféré de Rodolphe II. Ce roi taciturne aimait à peupler d’art et d’objets insolites sa solitude mélancolique. Il envoie à Venise un de ses émissaires, pour acheter la Fête du Rosaire. Pour éviter que le tableau ne s’abîme, il ordonne qu’on le porte à dos d’homme à travers les Alpes. Il représente agenouillé devant la Vierge, Maximilien Ier, ancêtre de Rodolphe.C’est l’une des rares pièces de valeur qui résistera aux pillages successifs de l’extraordinaire collection de l’esthète. Parmi les autres artistes, Goya, Bruegel, Rubens, le Tintoret, ainsi que des peintres byzantins et chinois.
Une galerie nationale, plusieurs musées
Plusieurs collections d’art de la ville sont abritées dans des lieux différents sous le nom unique de narodni galerie (galerie nationale). Le couvent Saint-Georges (château) accueille peinture primitive, roman et gothique tchèques, baroque et sculpture du XIXe siècle. Le palais Sternberg contient peinture européenne du XIVe au XVIIIe siècle et collection Française. Le palais Lobkovic est dédié à l’histoire tchèque et slovaque du Moyen Age à 1848.
Nouveau monde (Novy svet)
Ce nom, qui est aujourd’hui celui d’une rue, désignait à l’origine tout un quartier de Hradcany. Il fut bâti au XIVe siècle pour accueillir les modestes employés du château voisin. Le grand incendie de 1541 ne l’épargna pas. Les maisons actuelles datent pour la plupart du XVIIe siècle. Leur simplicité, témoignant de la pauvreté des premiers habitants, tranche avec l’opulence des palais aristocratiques. Le quartier est séparé de celui du château par des fortifications baroques. Depuis Notre-Dame-de-Lorette, on y accède par la ruelle pavée de Cerninska. Sur les murs aux teintes claires, des lampadaires en fer forgé et, sur la gauche, un buste de saint Jean Népomucène. La rue Novy svet est étroite et sinueuse. Quelques masures délabrées rappellent les temps anciens du faubourg. Les murs de ses maisons semblent dissimuler secrets et légendes. De longues branches dépassent des jardins. Au printemps, le parfum des lilas et acacias en fleurs emplit l’air. Au 1/76 vécurent les deux illustres astronomes Kepler et Brahe, appelés à la cour de Rodolphe II, en des temps propices aux présages et aux oracles. On dit que Brahe se plaignit un jour au roi des cloches du monastère capucin tout proche. Elles l’empêchaient de se concentrer. Rodolphe, furieux, faillit faire expulser... les moines ! A côté, U zlaté hrusky (A la poire d’or) est un restaurant dont la façade est bien plus accueillante que le personnel.
Mala Strana
L'église Saint-Nicolas
Ce chef-d'œuvre du baroque tardif domine la place de Mala Strana. En 1620, forts de la victoire des catholiques, les jésuites réquisitionnent le site. De 1672 à 1775, ils président à la construction de l’église. Les principaux artisans en sont les Dientzenhofer. Cette dynastie de maîtres maçons a doté Prague de ses plus remarquables édifices baroques. Saint-Nicolas est leur dernière œuvre, la plus aboutie. S’y manifeste un baroque original, enfin détaché des influences italienne et viennoise. Le pathétique y prend le pas sur l’outrancier. Sur le pignon de la façade principale, Saint Nicolas porte le blason jésuite : IHS (Jesus Habemus Socium, Jésus est notre allié). Il domine saint Paul et saint Pierre, ainsi que les saints jésuites Ignace et François-Xavier. A l’arrière, la disposition asymétrique du dôme et du clocher offre une grande richesse de perspectives. Fidèle à l’esprit de la Contre-Réforme, l’intérieur veut réveiller la foi par le spectaculaire. Sous la coupole, haute de 74m, quatre statues de marbre ornent la croisée. Platzer a représenté là les pères de l’Eglise. Saint Jean Chrysostome, patriarche de Constantinople, brandit les livres de la Foi. Avec sa crosse, saint Cyril d’Alexandrie, terrasse un hérétique. Sur la gauche, la chaire, richement décorée. Richard et Peter Prachner l’ont réalisée en 1765. Au plafond, l’Apothéose de saint Nicolas, de l’autrichien Kracker, se déploie sur une surface de 1500 m2. C’est l’une des plus vastes peintures au monde. Sous la coupole, une Célébration de la Sainte-Trinité. Peinte par Palko en 1752-53, la fresque baigne dans la lumière de larges fenêtres. Sainte Cécile, patronne des musiciens, veille sur les orgues. Mozart y joua quelques airs en 1787. C’est à Saint-Nicolas que Josepha Ducek chanta une messe de requiem en son honneur, le 14 décembre 1791, neuf jours après sa mort.
Le pont Charles
Long de 520 m et large de dix. Première constatation, il n’est pas droit. Bondé de touristes durant les mois d’été, il reste pourtant un authentique lieu de vie. Musiciens de rue, vendeurs d’eaux-fortes, gouailleurs et pickpockets en chasse y côtoient élégantes pressées et passants amusés. En choisissant bien votre moment, vous y serez étonnamment seul, à la lumière de ses vieux lampadaires. Sur ces pavés résonnaient autrefois les sabots des chevaux et les roues ferrées des charrettes. L’ancien pont ayant cédé aux crues, Charles IV décide, en 1357, d’en construire un nouveau. Sur les conseils des astrologues, les travaux débutent le 13 juillet. Un mortier à base de vin et d’œufs fixe les blocs de grès. Un village de Bohême, soucieux de s’attirer les faveurs de l’empereur, aurait envoyé des chariots entiers d’œufs. Surprenant, mais efficace. Les réparations de la fin du XIXe siècle se feront à la dynamite ! Le pont de Prague, ou pont de pierre, reste pendant des siècles le seul de la ville. Il ne prend son nom actuel qu’en 1870. Sa silhouette résume à elle seule les contradictions qui ont pétri peu à peu l’âme de la ville. Posé sur de sobres et puissants piliers gothiques, le pont Charles est surmonté de tours et de statues baroques aériennes, qui semblent vouloir tirer vers des cieux plus catholiques le trop pesant édifice.
Histoires de statues. La première des 30 statues de saints est érigée au milieu du pont en 1683. Reconnaissable à son auréole étoilée, elle est dédiée à saint Jean Népomucène. Il connut là une fin tragique. En 1393, Venceslas IV le fait noyer dans les eaux du fleuve. Son corps inerte aurait lentement dérivé, entouré des étoiles de son auréole. Le saint aurait refusé de divulguer à Venceslas les confessions de son impératrice de femme. Quel bel exemple de sacrifice à la foi catholique... Un exemple que les Habsbourg avaient tout intérêt à populariser, et qu’on retrouve partout, des églises aux toiles de maîtres. Mais Népomucène ne fera jamais oublier Hus, symbole de l’indépendance d’esprit chère aux Tchèques. Sur le bas-relief, la représentation du saint est polie par des milliers de doigts. Elle est considérée depuis toujours comme un porte-bonheur. La plupart des statues sont des copies. Le musée national abrite de l’érosion les originales. Au sommet de l’escalier de l’île Kampa se dresse une statue dédiée à sainte Luitgarde. Cette cistercienne aveugle eut, dit-on, une vision du Christ, et embrassa ses plaies. Du côté de la vieille ville, un calvaire, datant de 1629. Il est orné de lettres d’or, signifiant en hébreu “Saint, Saint, Saint Dieu”, payées par un juif accusé de blasphème. Les entrées du pont sont bien gardées. Côté Mala Strana, une petite tour romane, érigée en 1130 et modifiée à la Renaissance. La tour haute lui est adjointe vers 1464. Côté vieille ville, une tour achevée vers 1380, et restaurée au XIXe siècle. Les têtes de dix nobles rebelles, exécutés en 1621, y sont exposées pendant des années. En 1648, elle résiste héroïquement aux soldats suédois. Sa face ouest en perd sa décoration. La trêve signée au milieu du pont met fin à la guerre de Trente ans.
Place de Mala Strana (Malostranské namesti)
Le centre de gravité du quartier. Elle fut fondée en 1257 pour accueillir un marché. C’est au nord de la place qu’éclata le grand incendie de 1541, qui ravagea le quartier, ainsi que le château et ses environs. Un gibet et un pilori se tenaient jadis à l’ombre de Saint-Nicolas, qui la domine de ses deux tours asymétriques. Au pied de l’église, une colonne célèbre la fin de la terrible peste de 1713. En face, le palais Liechtenstein dresse sa façade néoclassique au-dessus des pavés. Liechtenstein, converti au catholicisme, présida à l’exécution des nobles protestants en 1621. La plupart des bâtisses datent du Moyen Age, et ont été réaménagées aux XVIe et XVIIe siècles. A l’est, en face de l’église, l’hôtel de ville de Mala Strana. Derrière sa façade Renaissance, les bureaux du centre culturel du quartier. Juste à côté, le palais Kaiserstein, baroque. La soprano tchèque Emmy Destinn y résida de 1908 à 1914. Elle fut sur scène la partenaire du grand Caruso. Au 12 de la rue Letenska, la taverne Saint-Thomas (U sv. tomase). Dès 1352, les augustins brassaient de la bière dans les caves voûtées de cet ancien monastère. Une bière si bonne que la brasserie devint fournisseur exclusif du château. Elle n’a fermé qu’en 1951. On y sert aujourd'hui une bonne bière brune. La réplique de cadre médiéval est juste à la limite du kitsch.
Rue Nerudova
A l’ouest de la place, elle monte vers Hradcany et le château. “En montant au Hradschin et le soir en écoutant / dans les tavernes chanter les chansons tchèques.” Cette Nerudova là, chantée par Apollinaire, appartient à une autre époque. Celle à laquelle se déroulent les petits récits de Néruda, l’écrivain local qui donna son nom à la rue. Des histoires de linge aux fenêtres, de petits vieux discutant, pipe à la bouche, sur le pas des maisons. Mala Strana dormait alors d’un beau sommeil provincial, à deux pas des intrigues cachées au-delà des hautes murailles du château. Un sommeil troublé parfois le soir par les élucubrations bruyantes d'un ivrogne mis à la porte d’un cabaret. Un de ces endroits plus ou moins bien famés où Kafka venait noyer le soir sa mélancolie. En chemin, vous pourrez faire un détour par les petites rues adjacentes, qui invitent à l’exploration. Les palais aristocratiques sont toujours là, entourés de vastes jardins et abritant des ambassades.
Jardin Wallenstein (Valdstejnska zahrada)
A la sortie du métro Malostranska, et à quelques pas du pont Charles. Vaste jardin à la Française, caché derrière un imposant mur d’enceinte. Allées de graviers fins, parterres tirés au cordeau, statues en bronze et fontaines ronronnantes. Créé au XVIIe siècle, il abrite le palais baroque du même nom. Construit pour Albrecht von Wallenstein, né en Bohême en 1583. Un mariage avec une vieille héritière assure sa richesse. Il rachète à bas prix des propriétés confisquées aux protestants. Ses exploits de général en chef des armées lui valent d’être nommé duc. Il construit le plus grand palais de la ville et donne de somptueuses fêtes. Le jardin semble encore résonner du faste de ces soirées. Ferdinand II finit par trouver gênantes ses intrigues avec les ennemis de l’Empire. Wallenstein sera assassiné en 1634. Son palais est désormais la résidence du Sénat. Le site, en restauration, devrait être fermé au public pour une durée d’un an.
Jardins Ledebour, Pallffy et Kolowrat-Cernin
Réunis dans un grand parc public, un peu plus haut, sur les pentes du château. Ces dernières étaient autrefois aménagées en terrasses et plantées de vignes et de vergers. A la fin du XVIIe siècle, on les remplace par de somptueux jardins baroques et rococo. Au détour des vieux escaliers nostalgiques, vasques et statues baroques, arches rococo et fontaines antiques.
Ile de Kampa
Accessible depuis le pont Charles par un escalier latéral, côté Mala Strana. Ce n’est pas vraiment une île. Un bras de la Vltava la sépare presque totalement du reste du quartier. C’est le ruisseau du Diable (Certovka). Il tirerait son nom d’une habitante de la place de Malte toute proche, jadis connue pour son caractère démoniaque. Le premier moulin de la ville est établi à Kampa au Moyen Age. Aujourd’hui encore, l’imposante roue à aubes du moulin du grand prieuré, datant de 1598, brasse nonchalamment les eaux du ruisseau. L’île servit de résidence aux passeurs du fleuve, et aux bâtisseurs du pont. La plupart des maisons actuelles ont été bâties après le grand incendie qui ravagea la ville en 1541. Ses débris solidifièrent alors un sol auparavant trop meuble pour se prêter à la construction. Kampa n’a cependant jamais fait l’objet d’une urbanisation intensive. Les crues l’envahissent régulièrement. On y a donc aménagé des parcs, dépendances des palais de l’autre rive. Depuis 1940, ils sont réunis en un grand jardin public, promenade appréciée des praguois. La place Na Kampe, au cœur du jardin, accueillait au XVIIe siècle un marché aux poteries. Elle a gardé de ce temps une vague nostalgie.
La place de Malte (Maltézské namesti) et ses environs
En quittant Kampa par le petit pont situé à côté du moulin du Grand Prieuré, vous rejoindrez la place du même nom. Là, en face de l’Ambassade de France, se trouvait le plus célèbre tag de Prague, représentant John Lennon. Réalisé dans les années 80, alors que la musique pop est interdite, il devient un symbole de la résistance. Ravalé en 1998, le mur est redevenu depuis la cible des tagueurs. Au bout de la rue, sur la gauche, se trouve la place de Malte. En 1169, l’ordre du même nom y établit un monastère, jouxtant l’église Notre-Dame-sous-la-Chaîne. Parmi les vestiges de l’édifice, situé à droite en arrivant sur la place, deux solides tours. Elles appartenaient aux fortifications du prieuré. Le monument ornant la place faisait partie d’une fontaine construite en 1715, pour marquer la fin de l’épidémie de peste. Il représente saint Jean-Baptiste, patron de l’ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem, ancêtre de celui de Malte. La croix de Malte, gravée dans la pierre d’un fronton donne aux lieux un air de conspiration, propre à nourrir l’imagination. Au sud de la place, le palais Nostiz. Construit au XVIe siècle dans le style Renaissance, il se voit ajouter vers 1720 des statues et autres éléments baroques. Bon exemple des conséquences architecturales du triomphe de la Contre-Réforme. De même pour l’église Notre-Dame-de-la-Victoire, située sur Karmelitska, derrière la place. Cet édifice baroque, le premier de Prague, est bâti en 1613 pour accueillir les luthériens de la communauté allemande. En 1621, il est donné aux Carmélites, qui le reconstruisent entièrement. A l’intérieur, l’Enfant Jésus de Prague. On vient du monde entier pour admirer la précieuse figurine de cire. Elle est censée provoquer de miraculeuses guérisons.
Parc de Petrin
Parc public au cadre verdoyant, surplombant la ville. Chanter la beauté de ses lilas en fleurs est un poncif de la poésie tchèque. On y accède depuis la place Kinsky. Un char soviétique s’y trouvait encore récemment. Certes, il datait de la libération, en 1945. Mais, après 1989, cela faisait désordre. Alors, on l’a peint en rose. Finalement, il a été enlevé. En montant, vous passerez la villa Kinsky, et ses jardins. Plus haut, sur votre gauche, Saint-Michel, drôle d’église orthodoxe, semblable à un mini-Kremlin en bois. Elle a été transportée depuis la Rhuténie, province annexée par l’URSS en 1945. Après avoir passé les fortifications baroques, vous accédez au mur de la faim (Hladova Zed). Charles IV l’aurait fait construire pour donner du travail aux ouvriers de la ville, menacés de famine. A gauche, une allée. Elle coupe les rails du funiculaire. A droite, Nebozizek, restaurant plus panoramique que gastronomique. Petrin offrait jadis sa pierre aux bâtisseurs, et son eau aux moines de Strahov. On aperçoit encore mines et réservoirs, bouchés par des pierres. Plus loin, l’église Saint-Laurent, édifice roman remanié dans le style baroque en 1740. Puis le labyrinthe des glaces, pavillon du club de tourisme Tchèque à l’Exposition Universelle de 1891. Facétieux, ce club. Epatés par la Tour Eiffel, ses membres en firent construire une réplique de 60 m. C’est la tour panoramique, toute proche. Voit-on vraiment les Alpes depuis son sommet ? Il faudra gravir 299 marches pour en avoir le cœur net. En face, la porte principale du mur de la faim. Elle donne sur le jardin de la roseraie. L’observatoire qui s’y trouve est ouvert au public le soir. Le parc débouche sur les vergers du monastère de Strahov, à Hradcany.
Stare Mesto
La place de la vieille ville
L’un des trois grands repères de la ville, avec le château et le pont. Restaurée à grands frais, elle a retrouvé sa splendeur passée. Elle a traversé les siècles et porte les marques des gloires et drames passés. L’opposition entre le poids des soubassements et l’envol des volutes et des flèches y est particulièrement évident. Signe des contradictions entre le roman et le gothique d'un côté et le baroque de l'autre. C’est-à-dire aussi entre la Prague de Charles et de Jean Hus, et celle des Habsbourg. Promenade dans le temps, et dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, à partir de l’hôtel de ville.
Un centre commercial et administratif. Dans l’Antiquité, c’est déjà un carrefour important. Un marché s’y établit au XIe siècle. Cette activité perdurera jusqu’à l’aube du XXe siècle. Le tracé des rues menant à la place est un héritage médiéval. Dès le XIIIe siècle, des tournois sont organisés. En 1321, Jean de Luxembourg, roi de Bohême, se blesse grièvement au cours de l’un d’eux. Il survit et, en 1338, autorise les bourgeois de la vieille ville à fonder un conseil municipal et à construire un hôtel de ville. Manquant de fonds pour bâtir, ils achètent la demeure de Volfin de Kamen, datant du XIIIe siècle. Son portail, de style gothique tardif, date de la fin du XVe siècle. Sous le règne de Charles IV (1346-1378), Prague devient la capitale du Saint-Empire romain germanique. La place est l’un des grands centres du commerce européen. On agrandit l’hôtel de ville. Une tour de 60 m est ajoutée au bâtiment original. Elle domine la chapelle, à l’est du bâtiment.
L’horloge astronomique. Au pied de la tour. Créée par l’horloger du roi en 1410, puis améliorée par maître Hanus. On dit que, fiers de leur horloge, et craignant que les secrets n’en soient divulgués, les bourgeois lui auraient fait crever les yeux. Outre les heures, les trois aiguilles indiquent la position du soleil, de la lune et des planètes. Disposition fidèle à la cosmologie de l’époque, la terre trône au centre de l’univers. Perfectionnée au cours des siècles, l’horloge recevra au XVIIe siècle ses célèbres figurines allégoriques. Mues par un mécanisme complexe, elles ponctuent les heures de leur ronde macabre. Elles seront perdues en 1945, lors du soulèvement contre les nazis. En 1948, un habile sculpteur en réalisera de nouvelles. On l’empêchera in extremis de représenter Judas sous les traits d’un célèbre collaborateur.
Toujours plus. Très vite, grâce au rachat des bâtisses voisines, l’hôtel de ville s’étend vers l’ouest, D’abord, la maison du marchand Kriz, à la façade rose pastel. Le conseil y siège dès 1360. La fenêtre Renaissance à l’étage, ajoutée en 1520, porte les armoiries de la vieille ville. En-dessous, on lit Praga caput regni (Prague, capitale du royaume). Ce sera la devise de la ville de Prague, unifiée par Joseph II en 1784. L’hôtel de ville abritera alors le siège du gouvernement. L’extension continue. Dernier rachat, en 1896, la maison gothique “à la minute” (U minuty). La famille Kafka y vécut sept ans. En façade, imitation, en trompe-l’œil, de bas-reliefs. Ces sgraffites, d’inspiration italienne, datent du XVIe siècle.
Un parfum de Moyen Age. Face à l’hôtel de ville, le sud de la place est bordé de maisons romanes et gothiques. Les voûtes du rez-de-chaussée trahissent l’ancienneté de ces demeures bourgeoises. Elles ont été reconstruites à diverses époques. Leurs façades bigarrées sont décorées dans des styles allant du Renaissance au baroque. A l’angle de la rue Zelezna se trouve la maison “à la licorne d’or” (U zlatého jednorozce). Elle comporte un sous-sol roman, et un portail du gothique tardif. Smetana y a fondé une école de musique en 1848. Kafka y fréquentait un salon littéraire. Un peu plus loin, “au bélier de pierre”, avec sa façade blanche. Le bélier en question est sculpté au-dessus du porche. Comme il n’a qu’une corne, la maison a été rebaptisée “à la Licorne blanche”.
L’église de Tyn (Matky Bozi pred Tynem). Autre empreinte médiévale. Commencée en 1360, elle domine la place de ses deux flèches munies de tourelles de guet. Dans une production hollywoodienne de la Belle au bois dormant, ce serait le château de la reine. Bon exemple de gothique monumental. Sur le pignon, entre les deux tours, une vierge en or massif. Il s’agissait d’abord d’un calice, symbole du culte réformé, dit “utraquiste”. Soucieux de marquer son triomphe, le pouvoir catholique le fond en 1623, et en fait la vierge actuelle. L’intérieur mêle influences gothique, baroque et Renaissance. On y trouve le tombeau de Tycho Brahe, talentueux astronome danois mort en 1601. Taillé dans la masse d’un beau marbre rouge, le nez de la statue a une drôle d’allure. Mais il représente fidèlement l'original, coupé lors d’un duel. Brahe se promenait dans les rues de Prague, affublé d’un nez postiche doré. Les gens de son entourage, pensant que le faux nez portait chance, aimaient à le toucher. Une autre des bizarreries égayant la cour des miracles rassemblée autour de Rodolphe II. Au pied de l’église, l’école du Tyn, dotée de sobres voûtes gothiques. Sur la gauche, de l’autre côté de la rue, la maison “à la cloche de pierre” (U Kamenného Zvonu). Nommée d’après son enseigne, toujours visible, cette maison forte du XIVe siècle a été rénovée, et débarrassée des apports architecturaux ultérieurs. La reine Elizabeth, épouse de Jean de Luxembourg, y aurait séjourné.
Palais Golz-Kinsky. Accolé à “la cloche de pierre”. Achevé en 1765, cet édifice est décoré dans le plus pur style rococo. Stucs, statues et colonnes. En 1948, lors du Coup de Prague, Gottwald s’adresse à la foule depuis le balcon. Kafka fut élève au lycée allemand qu’il abritait. Au premier étage se trouve l’appartement qu’occupa un temps sa famille. Au rez-de-chaussée, son père possédait une boutique. Nobel, l’inventeur suédois de la dynamite, a séjourné là. On dit que c’est son amour pour l’héritière Bertha Kinsky qui l’aurait poussé à créer son célèbre prix philanthropique. Le palais abrite désormais une galerie d’art.
Luttes et espoirs du passé. Au centre de la place, la statue de Jan Hus. Une œuvre réalisée entre 1903 et 1915 par Ladislav Saloun. Elle célèbre le 500e anniversaire de la mort du prédicateur réformiste. Accusé d’hérésie, ce dernier meurt sur le bûcher en 1415. L’ambitieuse composition rappelle les Bourgeois de Calais, de Rodin - dont certaines œuvres furent exposées à Prague en 1902. Fier de ses idées, Hus semble regarder la mort dans les yeux. Marquant clairement le parallèle avec le réveil national, une jeune mère, le regard plein d’espoir. Hus est encadré par ses disciples. D’un côté, les combattants Hussites. En 1420, menés par Jan Zizka, ils vinrent à bout des troupes catholiques. De l’autre, les protestants de 1621, contraints à l’exil après la déroute de la Montagne Blanche. 27 princes rebelles furent alors décapités. Au pied de la tour de l’hôtel de ville, vous aurez remarqué les croix serties dans le pavé. Jusqu’en 1918, la statue côtoyait une colonne du XVIIe siècle. L’ombre de cette dernière croisait à midi le méridien de Prague, matérialisé sur le sol par une bande de laiton. Quelques jours après la déclaration de l’indépendance, les Praguois abattent dans la joie cette colonne qui symbolisait le règne des Habsbourg.
Rançon de la gloire. Aujourd’hui, les visiteurs se massent devant l’horloge. Sur les marches de la statue de Hus s’assoient des centaines de touristes fourbus. Le vieil homme ne semble pas s’en offusquer. Les nombreux cafés et restaurants entourant la place ne désemplissent pas. D’une authenticité variable, leur cadre se paie désormais au prix fort. Si vous êtes las du bain de foule, partez à l’aventure dans les ruelles sombres des alentours. La ruelle Tynska, derrière l’église de Tyn, débouche sur la cour de l’Ungelt. Cette dernière servit, dès le XIe siècle, d’auberge et de magasin aux marchands étrangers. Un exemple parmi d’autres des surprises que réserve l’exploration des abords immédiats de la place.
La Maison municipale (Obecni Dum)
Au début du XXe siècle, on rase l’ancien palais royal. Sur le site sera construit un centre culturel. Il s’agit de rendre hommage au renouveau du génie tchèque. C’est ainsi qu’est née, en 1912, la Maison municipale. Elle servira de cadre à la déclaration d’indépendance de la République, en 1918. Les meilleurs artistes du pays s’arrachent l’honneur de décorer l’édifice. Défendre l’honneur de la nation, c’est la postérité assurée. La trentaine d’heureux élus suscitent jalousies et rumeurs. Mucha, pape de l’Art nouveau tchèque et mondial, se voit attribuer de vastes espaces. D’aucuns estiment qu’on le gâte injustement. Un imposant dôme de cuivre surplombe la façade. La mosaïque du pignon rend un Hommage à Prague. Réalisée par Spillar, elle est encadrée par des sculptures de Saloun. Celles-ci illustrent les souffrances du passé et l’espoir renaissant. La façade est parsemée de décorations allégoriques vantant les mérites du progrès, entre autres, l’Automobile et l’Aéronautique. Au-dessus du portail d’entrée, une marquise. Ferronneries recherchées et vitraux multicolores de rigueur.
L’intérieur. Véritable musée vivant du design. Tout, des boutons de porte aux effets de lumière, relève d’un authentique souci esthétique. Une nymphe se baigne dans la fontaine inondée de lumière, au fond du hall. Pourquoi ne pas vous asseoir un instant dans l’atmosphère désuète du Café nouveau, sur la gauche ? Ou prendre une table au Restaurant français (Francouska restaurace), à droite ? Au sous-sol, un bar américain décoré de fresques paysannes, et une taverne traditionnelle. Au centre de l’édifice, la salle Smetana. Les décorateurs n’ont pas craint les excès : stucs, vitraux, statues et fresques à volonté, à la lumière d’une grande fenêtre. Elle accueille bals, défilés de mode, ainsi que les concerts de l’orchestre Symphonique de Prague. Chaque année, le festival du Printemps de Prague y est solennellement ouvert par Ma Vlast, chef-d’œuvre de Smetana. A l’étage, brillante succession de salles de cérémonie. La salle d’audience du maire, décorée par Mucha, se détache du lot. Visite guidée en français.
La tour poudrière (Prasna Brana)
Sur le site d’une des treize portes établies au XIe siècle. La municipalité de la vieille ville décide en 1475 d’offrir au roi une toute nouvelle porte. Son architecture s’inspire de la tour du pont, côté vieille ville. Pierre finement ciselée, statues encastrées et étroites fenêtres, le gothique flamboyant dans toute sa fragile splendeur. Une belle cerise sur le gâteau du palais royal adjacent... que le roi quitte en 1483 ! Encore une histoire de défenestration. La tour n’a jamais eu aucune fonction défensive ou dissuasive. Elle tire simplement son nom du fait qu’elle servit de dépôt de poudre à partir du XVIIe siècle. C’est par cette porte que les futurs rois entraient dans la ville, pour monter vers le château.
Le Clementinum (Klementinum)
Il étend paresseusement ses cours immenses et calmes à deux pas du pont Charles. Simple couvent fondé en 1556, il prospère avec la Contre-Réforme. Il devient alors le bastion des Jésuites. Ces derniers l’agrandissent progressivement, jusqu’à en faire le plus grand édifice de Prague, après le château. Là seront éduqués dans la foi catholique les fils de l’aristocratie. Son dessin s’inspire de l’Escurial de Madrid. Les bâtiments, d'une grande diversité architecturale, sont souvent très réussis. Malheureusement, peu d’entre eux sont accessibles au public. L’église Saint-Sauveur (sv. Salvatora), donnant sur la rue Karlova, est l’emblème du renouveau catholique. A l’intérieur, le décor Renaissance ne fait pas dans la demi-mesure. On y trouve le tombeau de Konias, censeur zélé de la Contre-Réforme. Il s’était fait une spécialité de l’autodafé, brûlant à tours de bras les livres de langue tchèque. La bibliothèque nationale (Narodni knihovna) est un enchevêtrement de salles décorées de poêles rococo, de peintures de maîtres et de stucs luxuriants. A l’étage, la grande bibliothèque. Elle contient de fabuleux globes terrestres et célestes anciens. Seuls les étudiants munis d’une carte sont censés pénétrer dans le bâtiment. La tour astronomique sert d’observatoire depuis 1752. Jusqu’au milieu du XXe siècle, on y saluait midi en hissant le drapeau. A ce signal, un canon tirait depuis la colline de Letna. A blanc, bien entendu.
Musée Smetana
Au bord du fleuve, dans un bâtiment néo-Renaissance. Façade ocre décorée de sgraffites. Contient lettres, partitions originales et instruments de musique du maître. Bedrich Smetana (1824-1884) est le compositeur de Ma Vlast (Ma patrie), véritable hymne à la conscience nationale. Le plus célèbre mouvement de cette oeuvre, Vltava, est mondialement connu sous son nom allemand de Moldau. Ironie du sort, Smetana n'entendit jamais interprété par un orchestre ce cycle de poèmes symphonique qui fit sa renommée. A la fin de sa vie, il était devenu sourd.
Rue Charles (Karlova ulice)
Elle part de la tour du pont Charles en direction de la place de la vieille ville. Percée au XIIe siècle, elle a gardé son tracé d’origine. Les immeubles penchés sur cet étroit passage semblent parfois prêts à lui tomber dessus. Artère majeure de la Prague médiévale, sur la Voie royale. De nos jours, des milliers de visiteurs la parcourent chaque jour. Magasins et restaurants touristiques par dizaines. En partant du pont, vous laisserez sur votre droite le palais Colloredo-Mansfeld. La salle de bal pourrait inviter à la fête, si elle n’abritait le musée de la torture. Juste à côté, au 4/188, un bâtiment Renaissance. Kepler, astronome de Rodolphe II, y a rédigé une grande partie de son œuvre. Au 18, le Serpent d’or (U zlatého hada) : le premier café de Prague y ouvrit en 1713. Au 3, la maison Au puits d’or (U zlate studne). Façade baroque décorée de statues. Parmi elles, saint Roch et saint Sébastien. Ils auraient débarrassé Prague de la peste.
Chemins de traverse
Vous n’en pouvez plus de piétiner ? Empruntez donc les petites rues adjacentes. S’y perdre est une aubaine plus qu’un désagrément. La rue Husova, partant sur votre droite, est bordée de façades baroques. Au 17 se trouve U zlatého tygra. Cette taverne légendaire accueillit les frasques du soldat Svejk, le héros un peu nigaud de Hasek. Plus récemment, Havel y a invité Bill Clinton. Ne voyez là aucune ironie. Au bout de la rue, à droite, sur la place Betlémské namesti, la chapelle de Bethléem (Betlémská Kaple). Elle accueillit, de 1402 à 1413, les serments réformistes de Jean Hus. Il fustigeait une Eglise corrompue, et trop éloignée à son goût des Ecritures. La chaire, d’une noble simplicité, symbolise à elle seule la rigueur du héros tchèque. Totalement remaniée par les Jésuites après 1620, elle sera fidèlement reconstituée après la seconde guerre mondiale. De l’autre côté du croisement, le palais Clam-Gallas, reconnaissable à ses atlantes ployant sous le fardeau des portails. Ce n’est qu’un avant-goût de son intérieur outrageusement baroque. Beethoven interpréta ses œuvres dans le théâtre privé du palais. Seule chance d’y pénétrer : tomber sur un soir de concert.
Josefov : le quartier juif
Six synagogues, l’hôtel de ville et le vieux cimetière. Voilà tout ce qui reste de l’ancien ghetto juif de Prague. Le reste a disparu avec le programme d’“assainissement urbain” entrepris à la fin du XIXe siècle. Le quartier, durement marqué par la shoah, est un lieu de mémoire. Une mémoire juive qui s’est réfugiée autour de la rue Maislova. “Les aiguilles de l’horloge du quartier juif vont à rebours / Et tu recules aussi dans la vie lentement...” Ces aiguilles, célébrées dans Zone d’Apollinaire, sont celles de l’hôtel de ville du quartier juif (Maislova 18). Sur le cadran hébreu, elles tournent en effet à l’envers. Longtemps restées immobiles, comme figées à jamais dans un douloureux passé, elles ont depuis repris leur ronde inversée. La synagogue Pinkas (Pinkasova synagoga, Siroka) donne sur le vieux cimetière. Inscrits sur les murs intérieurs, les noms des 77 297 juifs tchèques victimes de l’holocauste. Madeleine Allbright, alors secrétaire d’Etat américain, y reconnut les noms de membres de sa famille, lors d’une récente visite officielle. Aujourd’hui, la communauté tente de revivre. Après 1989, la plupart des lieux importants du judaïsme ont été rendus à la communauté. Ils avaient été réquisitionnés comme musées sous le communisme, après leur fermeture pendant l’occupation nazie. Un régime qui avait amassé à Prague le butin des spoliations dont furent victimes les juifs d’Europe. Le but ? Edifier sur place un terrifiant “musée de la race disparue”. Une partie de la collection a été restituée aux descendants. Le reste est exposé dans la synagogue Maisel (Maislova synagoga, Maislova 10). Tous ces monuments peuvent être visités séparément, ainsi que la synagogue Vieille-Nouvelle et le vieux cimetière. L’association du Musée juif de Prague propose également des forfaits pour une visite d’ensemble.
La synagogue Vieille-Nouvelle (Staronová synagóga)
Fondée en 1270, c’est la plus ancienne d’Europe. Un lieu de pèlerinage privilégié pour la communauté juive mondiale. Les pierres de ses murs viendraient du temple de Jérusalem. Même après le pogrom de 1389, qui fait plus de 3000 victimes, elle reste ouverte aux fidèles. Sous l’occupation nazie, elle sera fermée. C’est l’un des plus anciens édifices gothiques de Prague, construit avant la surélévation des rues du quartier, pour le protéger des crues. Pour y pénétrer, on descend quelques marches. Certains disent que le sol a été abaissé pour que l’édifice ne dépasse pas les églises. L’intérieur, austère et pâle, invite au recueillement. Il n’a pas beaucoup changé depuis le XVe siècle. On ne s’attend pas à trouver des voûtes aussi hautes. Elles comportent cinq nervures, nombre inhabituel pour du gothique. Quatre rappelleraient trop la croix chrétienne. Suspendue au milieu de la salle, la bannière de la ville juive, datant de la fin du XVIe siècle. En-dessous, entourée d’une grille gothique, la bimah. Sur cette estrade, on lit la Torah. Le rabbin le plus fameux de la synagogue fut Judah Löw, créateur du Golem. L’une des nombreuses versions de la légende veut que le colosse sans vie repose sous les combles... A droite, le fauteuil du grand rabbin, surmonté de l’étoile. Löw s’y est assis. A côté, cachée par un rideau, l’arche d’alliance. Elle contient les rouleaux sacrés de la Torah.
L’ancien cimetière juif (Stary Zidovsky Hrbitov)
Créé au XVe siècle, l’un des plus vieux cimetières juifs d’Europe. Tous les membres de la communauté devaient être enterrés là. Les tombes furent donc creusées assez profond pour accueillir douze corps chacune. Les stèles, collées les unes aux autres, forment aujourd’hui un décor lugubre et chaotique. On estime qu’il y en a 12 000, bien moins que le nombre total de défunts enterrés au cours des siècle. La plus ancienne tombe date de 1439. Les derniers enterrements ont eu lieu en 1787. Tombe célèbre, celle du Rabbin Löw, créateur du légendaire Golem. Au sommet de sa pierre tombale, le raisin, signe de bénédiction ou d’abondance. Par terre, de petits cailloux et des papiers portant des vœux, déposés par les visiteurs en signe de déférence. Dans la même rue, la synagogue Klaus (Klausova synagoga) propose une exposition permanente sur les traditions juives. Quant à la salle des mariages (obradni sin), on peut y voir les dessins d’enfants réalisés au camp de concentration de Teresin.
Couvent d’Agnès-la-Bienheureuse (Klaster sv. Anezky)
A visiter autant pour le cadre que pour la qualité de l’exposition. En déambulant dans les salles du musée, vous apprécierez l’équilibre et la force de son architecture gothique. Les piliers et voûtes du cloître datent du XIIIe siècle. Leur aspect change selon les heures de la journée, dans un silencieux ballet d’ombres. Remanié en l’an 2000, le musée abrite désormais la plupart des œuvres gothiques de la collection nationale.
Musée des arts décoratifs (Umelecko-prumyslové Muzeum)
Ce musée, installé dans un immeuble néo-Renaissance, expose des objets réalisés entre le XVIe et le XIXe siècle. Parmi les temps forts de la visite, la collection de verrerie. C’est l’une des plus complètes du monde. Des pièces gothiques y voisinent avec de l’Art déco et du baroque. En vedette, bien sûr, les cristaux de Bohême. Meubles incrustés d’émaux, tapisseries des Gobelins, horlogerie ancienne et porcelaine fine. Des notices en français sont proposées dans les différentes salles.
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