Prague
Nove Mesto
La place Venceslas
Etablie sur l’emplacement d’un important marché aux chevaux, fondé au XIVe siècle. Elle est au cœur de l’ambitieux projet de Charles IV, soucieux de développer la ville nouvelle. Pour un aperçu de cette époque reculée, descendez dans la station de métro Mustek (“petit pont”). On y trouve les ruines d’un pont qui reliait alors les remparts de la vieille ville à ceux de la nouvelle. Les ouvriers qui creusèrent la station durent être vaccinés d’urgence. Ils avaient réveillé le germe de la tuberculose, contenu dans des crottins datant du Moyen Age. Mais les véritables heures de gloire de l’endroit sont bien plus proches de nous.
Au cœur des événements. Depuis le parvis du musée national, vous aurez une vue d’ensemble de cette longue place, semblable à un boulevard. C’est l’endroit rêvé pour les grands rassemblements. Au milieu du XIXe siècle, les nationalistes l’envahissent. La place accueille une messe géante en 1848. En 1918, Mazaryk, président de la république naissante, y est acclamé par le peuple. Les troupes allemandes la remontent victorieusement en 1939. Les jeunes tchécoslovaques tentent, en août 1968, d’y résister aux chars du pacte de Varsovie. A vos pieds, la statue de saint Venceslas. Réalisée entre 1887 et 1920, elle a assisté, muette, à ces bouleversements. En 1968, les images des étudiants accrochés aux monuments, criant et jetant des pierres aux soldats russes, ont fait le tour du monde. Un peu plus bas, sur le terre-plein central, une petite croix de bois noir, portant une couronne en barbelés. Seule inscription : Obétem Komunismu (“aux victimes du communisme”). Non loin de là, le 16 janvier 1969, Jan Palach s’est immolé par le feu. 1989 apporte des souvenirs moins sombres. Le 24 novembre, Havel apparaît au balcon de l’immeuble Melantrich, accompagné de Dubcek. La “révolution de velours” est en route. Sur la place, en contrebas, 300 000 Praguois exultent.
Le cœur actif de Prague. En descendant de la place, vous apercevrez ce fameux balcon au numéro 36/793. En face, l’hôtel Europa. Bâti en 1903, dans le style Art nouveau. Le souci du détail des ferronneries, statues et mosaïques de la façade se retrouve dans la décoration intérieure. Dans le distingué café de l’hôtel, Kafka a donné l’unique lecture publique de ses textes. Au premier étage, une porte en fer forgé donne sur la salle des miroirs. L’auteur y a lu son récit Le verdict. Au 38-40/794-95, la Moravska Banka, à l’architecture controversée. De là, un plaisant passage mène au palais du Lucerna, à l’arrière. C’est le grand-père de Vaclav Havel qui a réalisé ce complexe Art nouveau, élégant et fonctionnel. Perpétuellement bondée, cette vaste zone piétonne est devenue le cœur de l’activité financière et commerciale de la ville. Sa pléiade de restaurants, bars et clubs branchés attirent les foules à la nuit tombée. Elle s’achève au croisement de Na prikope, à droite, rijna et narodni à gauche. Le T ainsi formé est surnommé la “croix d’or”, tant on y compte de commerces et de banques. Cette opulence nouvelle est le symbole de la Prague post-communiste.
Théâtre national (narodni divaldo)
Au bout de l’avenue nationale, l’édifice domine la Vltava. Sa première pierre est posée en 1868. Elle vient du mont Rip, d’où Cech, le père de la nation, aurait contemplé l’avenir glorieux de la Bohême. Une symbolique volontairement appuyée. Ce théâtre est le grand œuvre de la génération du Réveil national. Ouvert en grande pompe, en 1881, par un opéra de Smetana, il fait la fierté de la ville. Quelques jours plus tard, un incendie le détruit. Il sera reconstruit en deux ans grâce à une souscription nationale. En 1883, des “trains du théâtre” venus des quatre coins du pays permettent aux donateurs anonymes d’admirer “leur” théâtre. Ce bâtiment néo-Renaissance massif est surmonté d’un dôme doré, parsemé des étoiles du génie. Les plus grands artistes tchèques ont participé à sa décoration. On les rassemble depuis sous le nom de “génération du théâtre national”. Deux statues de la Victoire sur son char, par Schnirch, dominent le fronton. Sur le plafond du hall se déploie une fresque représentant l’Age d’or artistique tchèque, de Zenisek. Il a également peint les plafonds de l’auditorium. Le rideau de scène, par Hynais, illustre la fondation du théâtre, avec l’appui du peuple. En hauteur, l’inscription Narod Sobe, “don de la nation à elle-même”. Deux nouveaux bâtiments de verre, la Nova scéna (nouvelle scène), ont été bâtis en 1983. La compagnie de la Lanterne magique y a élu domicile. A voir ces gros cubes opaques, un peu patauds, on comprend qu’ils n’aient pas fait l’unanimité.
L’avenue nationale (Narodni trida)
Non loin du théâtre, le pont des Légions enjambe l’îlot des Tireurs, véritable jardin flottant fréquenté par les cygnes. Il rejoint l’avenue nationale, qui court jusqu’à la place Venceslas. Juste à l’angle, sur les quais, en face du théâtre national, le café Slavia. Une institution qu’on ne présente plus. L’avenue comporte d’étonnants édifices. A commencer par le palac Adria, à l’angle de Jungmannova. Un palais “rondocubiste” de 1924. Ce style, propre au pays, étant, disons, particulier. Allez donc jeter un coup d’œil à cette sorte de forteresse urbaine. Vous ne serez pas déçu. Il abritait autrefois la troupe de la Lanterne magique. Le Forum civique, mené par Havel, y a préparé la “révolution de velours”. Sous le porche du bâtiment situé au 16/118, un petit monument représentant des mains pieusement jointes. Il commémore les événements de novembre 1989, prélude à la “révolution” : une manifestation d’étudiants, en hommage à leurs prédécesseurs arrêtés en 1939 par les nazis, est réprimée par la police. La violence de ce massacre sans raison précipitera la chute du régime. Quelques portes plus loin, au 20, le club de jazz Reduta, est situé dans un souterrain.
La place Charles et ses environs
Un ancien marché aux bestiaux. L’une des trois places réaménagées au XIVe siècle par Charles IV. Au XIXe siècle, elle devient un parc. Pelouses ombragées et bordées d’édifices de toutes les époques. Au nord, l’hôtel de ville de la nouvelle ville. Les premiers éléments datent de 1348. En 1419, des hussites viennent y réclamer la libération de prisonniers. Outrés par le refus moqueur des conseillers catholiques, ils jettent ces derniers par la fenêtre, puis les achèvent sauvagement. C’est la première des nombreuses défenestrations de Prague. Le hall d’entrée est d’origine. La tour gothique fut ajoutée en 1452-1456. En 1784, avec l’unification de la ville, l’édifice devient une prison. Aujourd’hui, il accueille expositions, spectacles et mariages. Non loin de là, la cathédrale orthodoxe Saints-Cyrille-et-Méthode (Kostel sv. Cyrilla a Metodeje). A l’extérieur de la crypte, une plaque, entourée d’impacts de balles. Des parachutistes anglais y résistèrent aux soldats nazis, avec l’appui de résistants. Tous se donnèrent la mort, plutôt que de se rendre. Ils venaient de tuer le cruel gouverneur nazi de Tchécoslovaquie, Heydrich. Au 40, de l’autre côté de la place, la “maison de Faust” (Faustuv Dum), où aurait vécu Edward Kelley au XVIe siècle. Cet irlandais avait la réputation d’être alchimiste. Rodolphe II le fit empoisonner. Au XVIIIe, le Comte de Solopysky s’y consacra à sa passion pour la chimie. Les Praguois, friands de légendes, ont fait de cette bâtisse celle de Faust lui-même. Sur la droite, un portail donnant sur une cour-jardin accueillante. Au sud de la place, l’église Saint-jean-Népomucène-sur-le Rocher est perchée sur un rocher trop petit, comme au bord du déséquilibre. Le dynamisme architectural de cet édifice en fait un des plus remarquables de la ville.
La “maison qui danse” (Tancisi Dum)
A deux pas de la place Charles. Prague est célèbre pour son architecture gothique et baroque. Ses édifices contemporains ne tiennent pas toujours la comparaison. Tel n’est pas le cas de cet immeuble. Conçu par le Tchèque Milunc et l’Américain Gehry, “Ginger et Fred”, comme on le surnomme, défie la gravité. Les lignes entortillées de la façade se fondent pourtant à merveille dans le décor de Nové Mesto. Si vous avez le temps, et les moyens, profitez-en pour goûter aux délices de la Perle de Prague. Ce restaurant panoramique, situé au sommet de l’immeuble, est l’une des toutes meilleures tables de la ville.
Musée Dvorak (Muzeum Antonina Dvoraka)
Dans la vila Amerika, brillant édifice baroque conçu par l’un des membres de la dynastie Dientzenhofer. Un nom de circonstance pour le compositeur de la “Symphonie du nouveau monde”. Directeur du conservatoire de New York, il passa trois ans aux Etats-Unis. On accède au musée par un portail de fer forgé finement ciselé. Façade aux couleurs ocres, décorée de stucs sobres et de fines statues. Jardin à la Française. A l’intérieur, le piano et l’alto du compositeur. Il vécut là une vingtaine d’années, jusqu’à sa mort en 1904. En bas de la rue, l’église Charlemagne, sanctuaire construit au XIVe siècle à la gloire de l’empereur franc. Il trône sur les ruines des anciennes fortifications de Nové Mesto.
Autres Quartiers
Vysehrad
La citadelle millénaire, dominant la Vltava. Un monticule recouvert d’arbres centenaires. Un des lieux essentiels du mythe praguois. C’est là, si l’on en croit la légende, qu’est né l’état de Bohême. La princesse Libuse eut, du haut de la colline, la vision du futur château, et prédit l’avènement d’une grande capitale. Une statue représentant la scène se trouve dans le parc, au cœur de la forteresse. Les premiers rois premyslides y résidèrent. C’était aussi la première étape de la voie Royale. Les futurs rois devaient y rendre hommage à leurs ancêtres. Ensuite, ils montaient vers le château de Prague pour le couronnement. On l’aperçoit au loin depuis les remparts. En sortant du métro, prenez vers l’ouest. A gauche, le palais de la Culture, vaste ensemble de verre et d’acier. Formes et dimensions ne font pas mystère de leurs origines communistes. Vous entrez dans la forteresse par la porte de Tabor (Taborska brana). Peu après, sur votre droite, la Rotonde Saint-Martin, unique vestige du roman. Datant de la fin du XIe siècle, c’est la plus ancienne rotonde de Prague.
Le cimetière des Grands Hommes. Au coeur de la forteresse, le cimetière de Vysehrad (Vysehradsky Hrbitov). Ancien cimetière paroissial reconverti en mémorial durant le Réveil national, à la fin du XIXe siècle. Il abrite le tombeau de Dvorak, et un panthéon contenant les reliques de Tchèques célèbres, comme le peintre Mucha ou Myslbeck, le sculpteur de la statue de Venceslas. De la tombe de Smetana part chaque année la procession ouvrant le festival du Printemps de Prague. Déambuler dans les allées désertes de ce cimetière, dans le vent hivernal, vous donnera un aperçu de ce qu’est la nostalgie tchèque. Petites bougies ou branches d’arbres posées au pied des stèles sont des signes discrets de la vénération populaire. Au pied de la forteresse, sur les quais de rasinovo nabrezi, des maisons cubistes. L’architecte Chochol les a réalisées au début du XXe siècle. Une nouvelle preuve que Prague fut avec Paris l’autre lieu du cubisme. A l’époque, on envisageait de faire de Vysehrad une luxueuse zone de résidence. Accès facile par la porte de brique (Cihelna brana).
Parc de Letna (Letenské Sady)
Ces jardins descendent à flanc de colline vers le fleuve. Calme et ombre à quelques minutes à pied du centre historique, sur lequel s’ouvre une large perspective. Au sud-ouest du parc, le pavillon Hanavsky, construit pour l’Exposition Universelle de 1891. Surprenante structure métallique, d’inspiration néo-baroque, ornée de ferronneries et de statues. Sa coupole vitrée lui donne l’allure d’un phare, perdu au milieu des terres. Faut-il y voir la complainte d’un peuple qui se languit de voir la mer ? Le pavillon abrite aujourd’hui un restaurant. Panoramique, évidemment. Partant vers l’ouest, la rue Gogolova vous conduit à une petite passerelle, sur la gauche. Celle-ci mène au parc Chotek. “Le plus bel endroit de Prague”, au dire de Kafka. Au spectacle des toits de tuiles, cheminées, tours, ruelles et églises s’entremêlant en contrebas, qui oserait le contredire ?
L’esplanade. En haut des jardins de Letna, un vaste plateau. Site clé du communisme, puisque s’y déroulaient les défilés du Ier mai. En 1989, 750 000 partisans de la “révolution de velours” l’envahissent, en faisant tinter des milliers de trousseaux de clés. Aujourd’hui, c’est presque l’Amérique. Tous les skate-boarders de la ville ont pris d’assaut les escaliers qui menaient à la statue de Staline. Erigée dans les années 50, elle le représentait dans une pose napoléonienne. Alignées derrière lui, les figures allégoriques du partisan, de la paysanne, du soldat, etc. L’humour tchèque est impitoyable. On surnomma bientôt cette statue “la queue chez le boucher”. Ses 14 000 tonnes ne l’empêcheront pas d’être mise à bas en 1962. Les mêmes communistes tchèques qui l’avaient fait installer là jugèrent bon d’écouter Khrouchtchev, dénonçant le culte stalinien de la personnalité. Un métronome géant, à la signification indécise, la remplaça en 1991. Son illumination nocturne a un effet quelque peu hypnotique.
Centre d’art moderne et contemporain du Palais des expositions (Veletrzni palac)
Construit en 1929, le palais des Exposition illustre à merveille le fonctionnalisme de l’époque. Le Corbusier, chantre du mouvement, assista à son inauguration. Il fut époustouflé. Les longues bandes de béton et de verre composant la façade ne plairont cependant pas à tout le monde. Depuis 1995, il abrite sous son immense verrière la collection d’art moderne et contemporain de la galerie nationale. Les plus grands artistes des deux derniers siècles sont représentés. Les vastes et lumineux espaces du centre offrent un cadre parfaitement adapté à l’art contemporain. Sur la mezzanine et au premier étage, les expositions temporaires. Au second, l’art français et européen du XXe siècle, ainsi que l’art tchèque de la période 1900-1965. Outre les tableaux de Miró, Klimt, Gauguin, Munch ou Cézanne, deux autoportraits en sont les principales attractions. Celui du douanier Rousseau, le seul de toute son œuvre, sur un fond fantaisiste. Celui de Picasso, peint en 1907, proche de la statuaire primitive, et notamment des masques africains. Le cubisme est à l’honneur, avec de nombreuses toiles de Braque et Picasso. A noter également, un paysage expressionniste de Kokoschka, représentant le pont Charles, et les tableaux abstraits de Kupka. Le troisième étage est consacré à l’art tchèque contemporain, avec des œuvres de Pesanek ou encore Medek.
Musée Mozart (Villa Bertramka)
Dans le quartier industriel de Smichov, au fond d’une rue en pente, bordée d’usines et de garages. Entourée d’arbres, de pelouses et de lilas, la villa vous apparaît soudain, comme un peu déplacée. Mozart y séjourna avec sa femme Constanze en 1787. Cette résidence appartenait aux Dusek, amis fidèles du compositeur. Dans le jardin, un pavillon. Mozart y acheva fébrilement l’ouverture de son Dom Giovanni. Peu après, l’opéra faisait un triomphe au théâtre Nostitz, devenu celui des Etats. Le musée expose des partitions, des effets personnels, ainsi que le piano et le clavecin utilisés par le maître.
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