Thaïlande
Politique et économie
Vie politique
En bref
Bhumibol, un roi dieu sans pouvoir constitutionnel • Après des années de dictature militaire, l’émergence d’une vraie démocratie • Un état affaibli par la corruption
La Thaïlande est une monarchie constitutionnelle. Régnant depuis 1946, le roi Bhumibol Adulyadej (Rama IX), doit à cette longévité record d’être vénéré comme un dieu. Toute critique est considérée comme un grave crime de lèse-majesté. Ciment de l’unité nationale, son pouvoir n’est pas officiel : il l’exerce de manière secrète mais déterminante lors des crises politiques. Il a su également se faire aimer du peuple en finançant quelque 2000 programmes de développement rural. Paradoxalement, il se fait ainsi l’alibi d’un système politique affairiste oublieux des plus démunis.
En 1997 a été promulguée la seizième et dernière constitution. Après plusieurs décennies de régimes militaires, c’est la plus démocratique. Elle maintient la Chambre des députés, dont la majorité élue forme le gouvernement. Surtout, elle renforce les pouvoirs législatifs de la chambre haute (Sénat) qui, désormais, est elle aussi élue au suffrage universel direct. Au niveau local, excepté celui de Bangkok, élu, les gouverneurs des 76 provinces restent nommés par le ministre de l’Intérieur.
Les nombreux partis, dont les plus importants sont le Parti Démocrate et le Thai Rak Thai du Premier ministre Thaksin Shinawatra, n’ont guère d’idéologie. Ils tournent autour d’hommes forts : ex-militaires et ex-policiers affairistes (omniprésents), boss de province et, de plus en plus, businessmen sino-thaïs.
Le poids financier de ces hommes influence les élections : l’usage est de débaucher les candidats adverses et d’acheter les voix (200 à 500 B) des électeurs défavorisés. Un investissement rattrapé lorsque, à l’issu du scrutin, les partis se partagent les juteux portefeuilles ministériels en formant un gouvernement de coalition.
Contre cet affairisme, la constitution de 1997 a créé des contre-pouvoirs indépendants : Conseil constitutionnel, Commission électorale, Commission anti-corruption. Poussés par le mouvement des ONG, très développé, ils ont pour mission de faire de la démocratie thaïlandaise une réalité.
Médias
En bref
Une presse quotidienne libre et de qualité • En langue thaï, les programmes radio et TV offrent peu d’intérêt
Presse écrite
Le mensuel Gavroche, seul titre en français, publie des reportages ainsi qu’un condensé de l’actualité locale, le tout sur un ton très franchouillard (www.gavroche-thailande.com). En anglais, le mensuel Metro couvre très bien la vie bangkokoise (www.bkkmetro.com).
La presse nationale est assez libre, sauf pour les sujets touchant au roi. Si elle se fait l’écho des nombreuses "affaires", l’investigation reste toutefois dangereuse pour les journalistes, qui s’autocensurent. En langue thaïe, les quotidiens à scandale comme Thai Rath dominent les titres de qualité comme Matichon et Phutcatkan. En anglais, deux bons titres : The Nation, excellent sur la Thaïlande et l’Asie (www.nationmultimedia.com) et le Bangkok Post, meilleur sur l’international (www.bangkokpost.net).
Radio et télévision
Quelques radios passent des nouvelles en anglais. Notamment FMX, sur Bangkok (95,5 FM), une radio anglophone de tubes pop.
Les télévisions nationales diffusent un mélange de soap operas, d’humour, de sport et de nouvelles en langue thaï. Câble et satellite donnent accès à de nombreuses chaînes, dont TV5, qui retransmet les journaux de France 2.
Economie
En bref
Une puissance agricole qui a connu une forte industrialisation • Après le boom, la crise • Une économie en convalescence
Si la Thaïlande possède du gaz naturel (offshore) et de l’étain, son économie s’est développée sur une agriculture d’exportation : riz, bien sûr, mais aussi canne à sucre, maïs, manioc, caoutchouc naturel, conserves… Pourtant, alors qu’il occupe 60 % de la population active, ce secteur ne contribue plus que pour 10 % au PIB. Ce qui explique l’abandon d’une paysannerie démunie par des gouvernements soucieux d’industrialisation.
Grâce à une main d’œuvre bon marché, l’industrie, tournée vers l’exportation, est devenue le principal moteur de l’économie (36 % du PIB). Elle dépasse donc largement le tourisme, pourtant florissant. Si les premières activités industrielles ont été l’agroalimentaire et le textile, le ciment, la pétrochimie, puis la construction automobile, électrique et électronique ont désormais pris le dessus. En témoigne le parcours d’une société comme Charoen Pokphand (CP), géant international du poulet qui s’est diversifié dans la fabrication de motos puis dans les télécommunications.
Dans les années 1980 et 1990, cette industrialisation offre à la Thaïlande des taux de croissance parmi les plus forts de la planète (plus de 10 %). Un boom économique qui réduit nettement la pauvreté sans vraiment diminuer les inégalités. Une classe de nouveaux riches urbains émerge alors, dont les dépenses ostentatoires – Mercedes, Rolex, logements en condominium… – sont payées à crédit.
Le nouveau "dragon" asiatique peine pourtant à devenir adulte. L’industrie, essentiellement d’assemblage, reste d’un faible niveau technologique : plutôt que d’investir dans la recherche ou la formation, les entreprises s’endettent lourdement auprès des banques pour se livrer à une spéculation immobilière effrénée.
En 1997, la bulle financière explose. Réalisant le caractère artificiel du miracle thaïlandais, les investisseurs étrangers lâchent le baht. Panique : la monnaie nationale perd la moitié de sa valeur par rapport au dollar, renchérissant une dette extérieure de 89 milliards de $ ! C’est le début de la crise asiatique : faillites en série, croissance négative, apparition du chômage. En contrepartie d’un financement de secours du FMI (17,2 milliards de $), la Thaïlande doit se serrer la ceinture et épurer son système financier.
Depuis 1999, grâce à ses exportations, le pays a retrouvé une croissance de plus de 4 %. Une reprise qui s’essouffle : les grands groupes industriels et leurs créanciers (les banques) tardent à se restructurer.
