Mexique
Le Mexique ne se découvre pas. Il imprègne. Il “digère” le voyageur.
Croire. D’abord, il faut croire. Au Christ, à la Vierge de Guadalupe, à Tlaloc, le Dieu de la pluie, à Quetzacoatl, le Serpent à Plumes. Croire que la Grande faucheuse est une amie avec qui partager un verre la nuit de la Toussaint. Alors seulement, les dieux chuchotent à votre oreille. Les mystères du serpent d’ombre de la pyramide de Chichén Itzà se révèlent. Les flancs du volcan Izztacchuatl frissonnent au contact de vos pas. L’aigle, le jaguar, la tortue des frontons aztèques répondent à travers les âges aux animaux tapis dans les réserves de biosphère de Sian Ka’an et d’El Triunfo. Alors, les danses religieuses reprennent leurs accents mystiques. Les sculptures et les fresques exposées au musée racontent des splendeurs fauchées par l’invasion espagnole. Alors les Indiens Tzotzils, Zapotèques, Nahuatls, Yaquis ouvrent leurs foyers au visiteur…
Aimer. Ensuite, il faut aimer cette terre découverte puis mise à sac. Aimer marcher des heures entre les ruines, sur des chemins qui semblent n’aboutir nulle part. Aimer la chaleur désertique de l’Altiplano. Terre d’arrimage des colons espagnols qui l’éventrèrent en quête d’or et d’argent. Aimer les monastères, les demeures à colonnades, les façades baroques des vestiges de la Nouvelle Espagne. Ici, vivaient les mestizos. Terreau humain hétéroclite et multicolore, ancêtres des Mexicains d’aujourd’hui. Ce berceau des grandes cultures pré-hispaniques est devenu une civilisation moderne, aux confins de l’Amérique latine et des Etats-Unis. Son imprenable frontière ne laisser émigrer que les produits des maquiladoras, zones franches économiques.
Fusionner. Accepter la fusion des cultures et des matériaux : métal, plumes, coton, maïs, haricots rouges, stucs, pierres, lave, agave. S’identifier aux révolutions. Suivre les traces de Zapata sous les frondaisons du Chiapas, aux côtés de l’EZLN. Croire aux rêves. Rêver, enfin, les yeux ouverts. Croiser les fantômes des pirates des Caraïbes dans le port de Cancun. Laisser la lumière du soleil désertique de l’Altiplano vous brûler les rétines et la profusion des couleurs vous enivrer. Se laisser bercer par les vagues des plages de La Paz sur le Pacifique. Le “Mexico” de Luis Mariano vous retrouvera alors avec délice. Du bruit et du mouvement de la mégalopole en reconstruction, il ne restera que l’apaisement des jardins suspendus. Les mariachis, les sombreros et la tequila vous accueilleront comme un vieux frère. Un compagnon de route. Un initié.
