Guide Voyage Républicaine Dominicaine - KARAVEL
 

République Dominicaine

Repères

Arts

Peinture et arts plastiques

En bref

Richesse de l’art taino • Brimé par les dictatures, les arts dominicains perdent de leur aura • Milieu du XXe siècle : de nouveaux artistes émergent

Art précolombien

L’art taïno reste incontestablement celui qui marque de manière significative l’esthétique de la région Caraïbe. Son éclectisme constitué par ses multiples influences offre un art empreint de mysticisme. Le rayonnement de l’art taïno dans le monde est aujourd’hui incontestable.

Des œuvres d’art rapportées par les conquistadors, il ne reste guère plus que les sièges des caciques (duho), éléments de sculptures anthropomorphes. Les autres objets ont été retrouvés lors de fouilles entreprises au début du siècle. Chargés de spiritualité, ces objets sont liés au rituel de la cohaba. Cérémonie religieuse, elle implique l’utilisation de nombreux ustensiles sculptés, en os ou en bois, comme les spatules vomitives servant à se purifier. Datant du XIe au XVIe siècle, l’art taïno est aussi empreint de toute une modernité. On suppose que les artistes de l’art précolombien ont dû se poser les mêmes questions plastiques que celles des créateurs du XXIe siècle. Ce sont surtout les divinités en pierres trigonomithes qui symbolisent le mieux ce souci dépuration des formes. Aussi il n’est pas étonnant de voir qu’au cours des siècles suivants, les artistes dominicains ont recherché dans leur passé culturel, ces expressions picturales qu’ils ont réinventées et réinjectées dans leur art.

Au temps de la dictature

Certes, en comparaison de la peinture haïtienne, les arts plastiques dominicains restent confidentiels. Dans un pays qui a subi 30 ans de dictature et où la culture fut muselée, réduite à des portraits du général Trujillo, la production artistique fut longtemps limitée à des tableaux académiques sans consistance. Les artistes exilés et les écoles d’art quasi inexistantes, il aura fallu attendre les années 1970 pour voir apparaître une véritable génération de plasticiens.

Les artistes d’aujourd’hui

Artiste de renom, bien implanté sur le marché, Ramon Oviedo est incontestablement le doyen de la peinture abstraite dominicaine. Né en 1927 à Barahona, son travail est longtemps resté en marge des grandes manifestations internationales. Pourtant, son effervescence créatrice est aujourd’hui saluée de toute part et fait figure de référence dans la plastique latino-américaine : en 1992, une de ses peintures murales est inaugurée à l’Unesco (Paris). De la même génération qu’Oviedo, Eligio Pichardo a signé quelques-unes des œuvres maîtresses de l’art dominicain.

Autre figure marquante des arts plastiques et autre époque, Enriquillo Rodriguez Amiama (1962) est déjà célèbre pour ses natures mortes de mangues. Férnando Urena Rib (1951) est un virtuose de l’anatomie. Ses nus exultent la sensualité tandis que les critiques encensent son talent. Collages colorés pour Candido Bido (1936) qui après avoir exposé dans toute l’Amérique latine, crée sa propre école d’art à Bonao. Quant aux peintures et installations de Tony Capellan, né en 1955, ce sont les racines africaines et l’âme caraïbe qu’il a magnifiquement bien reproduites. Dans le cadre d’une exposition réalisée à la Maison de France, d’autres jeunes artistes (moins de 40 ans) se sont fait connaître au grand public : Jorge Pineda, Inès Tolentino, Danilo Gonsalez, Raul Recio, Luz Severino, des noms à retenir !

Villages des artistes

Si aujourd’hui, écoles des beaux-arts et académies fleurissent en République dominicaine, donnant naissance à une nouvelle génération de plasticiens, un centre des arts, surnommé “village des artistes”, a été créé entre 1975 et 1982 à Altos de Chavon. Grâce au projet fou et au financement d’un milliardaire américain, un décorateur de cinéma a reconstitué la réplique d’un village médiéval italien du XVIe siècle. L’ensemble est administré par une fondation dominicaine privée et une association américaine. Une école d’art a ouvert ses portes en 1977, jumelée à la Parson’s School of Design de New York. Elle offre trois sections aux artistes : mode, graphisme et illustration. Les résidents exposent régulièrement leurs œuvres tandis que les ateliers du village (tissages, céramiques, bijoux) vendent leurs créations dans les boutiques. Un musée d’art précolombien présente des vestiges taïnos retrouvés lors de fouilles dans la région.

6 œuvres emblématiques

Vase effigie, Zémis en terre cuite, civilisation Taïnos, XIe-XVe siècles (Musée de l’homme dominicain, Santo Domingo).

Vierge et enfant, autel/sculpture en bois, XVIe siècle (Cathédrale Santa Maria La Menor, SD)

Cloche, bronze ayant appartenu à l’église Convento de la Merced, 1690, (Musée de las Casas Reales).

Nuestra Senora de la Antigua, Enrique Tarazona, peinture, 1917 (Cathédrale Santa Maria La Menor, SD).

El sacrificio del chivo, Eligio Pichardo, peinture, 1958 (musée d’Art moderne, SD).

El Karateca, Ramon Oviedo, dessin, 2000 (musée d’Art moderne, SD).

Musique

En bref

La merengue : musique et art de vivre • Regain de popularité sous la dictature • Une star : Juan Luis Guerra

Ancrée dans la vie quotidienne des dominicains, toutes générations confondues, la merengue est plus qu’une musique : c’est un art de vivre. Elle est présente partout : dans les bus, les voitures, les colmados (épiceries), à la plage, à la sortie des écoles… Des discothèques s’improvisent aux stations essences, des cassettes pirates se vendent ouvertement dans les rues.

Ses origines cependant restent indéfinies. Certains historiens l’attribuent à une danse appelée UPA Habanera, qui est arrivée des Caraïbes, via Puerto Rico. Elle s’apparente aussi au méringue haïtien qui est chanté en créole et possède un rythme plus lent, accompagné de guitares. Détrônant les autres musiques comme la Tumba, la merengue trouve son apogée auprès des classes populaires rurales. Tandis que la classe aisée et blanche la rejette à cause de ses liens indiscutables avec la culture africaine, les religieux dénigrent le côté ethnique de sa danse. Une campagne est menée au début du XXe siècle pour l’introduire dans les salons. Mais à cause des textes salaces de ses chansons, elle est immédiatement refusée. Il faudra attendre le début de la dictature et l’arrivée au pouvoir du général Trujillo pour qu’elle se répande dans le pays.

Les premiers instruments qui la composent sont mandolines dominicaines, accordéons (introduits dans le pays par les immigrés allemands), saxophones, basses, guayanos (instrument en forme de râpe métallique) et percussions. Lorsqu’elle est finalement introduite dans les salons, le piano et les cuivres sont ajoutés afin de plaire au public urbain. La merengue d’aujourd’hui est devenue une cousine de la salsa avec des orchestrations bien plus sophistiquées. L’accordéon a été remplacé par des synthétiseurs mais le rythme reste le même.

Comme chaque mouvement musical, la merengue à sa star en la personne de Juan Luis Guerra. Sa musique métissée a subi aussi bien les influences du jazz que de la salsa ou de la variété. Il a donné ses lettres de noblesse à la bachata, musique populaire dominicaine des barrios (quartiers pauvres). Célèbre au pays, Guerra l’est surtout à New York qui compte la plus grande communauté dominicaine du monde après Santo Domingo.

Architecture

En bref

Reflet des joyaux de la grandeur espagnole au XVIe • Modèle pour les urbanistes du nouveau monde • Mégapole hybride au XXIe siècle

Première ville des Amériques, Santo Domingo évoque le berceau de la grandeur impériale espagnole du temps des conquêtes. Mais c’est aussi une cité moderne : la plus grande métropole des Caraïbes. Développée de manière hybride, trop vite, comme peuvent l’être les grandes mégapoles du tiers-monde. Dans cette mosaïque architecturale, s’entrechoquent les premiers édifices coloniaux avec les buildings massifs de l’époque trujilliste. Malgré une absence d’unité de style et des infrastructures manquantes (panne d’eau et d’électricité), on perçoit le pouls d’une ville sans cesse reliée à son passé.

La cité coloniale

Restaurée depuis 1990, la cité coloniale de Santo Domingo est classée Patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco. Avec le souci d’en préserver son authenticité, les architectes ont réussi à éviter de la transformer en une ville musée ne vivant qu’au rythme du tourisme. Un apport considérable a été réalisé pour la mise en valeur du patrimoine monumental, ainsi que le traitement des espaces publics et la sauvegarde de quelques palais ou villas prestigieuses. Edifiée selon un plan en damier, la ville coloniale servit de modèle à presque tous les urbanistes du Nouveau Monde. C’est ici que se trouve le premier hôpital, la première université ainsi que la première cathédrale des Amériques dont les plans servirent à la construction de celle de Mexico. De style gothico-plateresque (qui allie style gothique et renaissance espagnole), la Cathédrale Santa Maria la Menor (1540) est certainement le monument le plus symbolique. Construite en calcaire corallien, sa construction s‘échelonna sur 30 ans. Restée inachevée, elle est ornée des emblèmes des rois de Castille qui commanditèrent sa construction.

Calle las damas

Si le centre historique, datant de plus de cinq siècles, comporte plusieurs lieux de prestige, c’est la Calle las Dames, première rue pavée du continent américain, qui concentre le plus de bâtiments rénovés. La maison d’Hernan Cortès abrite aujourd’hui l’Ambassade de France et son centre culturel. Restaurée par l’architecte Michel Jacotet, elle est actuellement une des plus belles réussites de la ville. Le musée de las Casas Reales (1520), ancien siège des institutions royales de style roman, retrace l’histoire du pays jusqu'à l’indépendance. Première construction militaire, la forteresse Ozama (1502), est accessible par la splendide porte Carlos III. Construction plus récente cette fois, le Panthéon national (1714-1745) aux allures néo-classiques, a été installé dans une ancienne église jésuite. Sur les hauteurs des rives du Rio Ozama, derrière les remparts de Santo Domingo, se dresse la superbe demeure de Diego Colomb (fils de Christophe), plaza Hispanidad. De style gothico-mauresque, ce véritable palais a été construit entre 1509 et 1512. Plus de 1000 ouvriers participèrent à la construction des 22 pièces. L’Alcazar a été édifié à l’aide d’outils précaires : simples marteaux, burins ou scies, aucuns clous ne furent utilisés pour l’assemblage des 72 portes et fenêtres. Le bâtiment, abandonné pendant deux siècles (il servit de décharge publique !) a finalement été restauré en 1955 par l’architecte Javier Borroso.

Héritage des Espagnols, les patios, fontaines, azulejos qui ornent la ville témoignent de l’influence mauresque. On les retrouve aussi dans les autres villes du pays, comme à Santiago ou La Romana.

Un style, un monument

Style gothique mauresque (1509) : l’Alcazar, palais résidentiel de Diego Colomb, SD.

Colonial (1520) : las Casas Reales avec ses fenêtres sculptées, SD.

Baroque (1562) : Fort et église Santa Barbara, SD.

Républicain (1868) : cathédrale de Santiago Apostol, vitraux de Rincon Mora, Santiago de los Caballeros.

Néo-classique (1947)  : le Palais national inspiré du Panthéon d’Athènes, SD.

Contemporain (1992)  : Phare de Colomb, SD.

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