République Dominicaine
Histoire
En bref
Pôle d’attraction des Espagnols au XVe siècle • Dictatures et occupations au XIXe siècle • Naissance d’une jeune démocratie au XXe siècle
A l’origine, il y a les Taïnos issus de la tribu précolombienne des Arawaks. C’est en l’an 800 avant l’ère chrétienne qu’ils sont arrivés des forêts vénézuéliennes et des villages situés à l’embouchure de l’Orénoque. De leur nouvel environnement, ils développent une société très complexe, probablement la plus avancée des Caraïbes. Peuple ethnique politiquement et religieusement structuré, les Taïnos vivent de la pêche et de l’agriculture. Les produits qu’ils cultivent, Yuca (racine de manioc), maïs, patate douce, arachide, tabac seront importés plus tard sur tout le continent américain.
Peuple pacifiste
Les récits de l’époque les présentent comme des hommes à la peau cuivrée, cheveux noirs et lisses, yeux bridés et dont la taille est inférieure à celle de l’homme blanc. “Ils ne possèdent pas d’armes et vont tout nus” écrira Christophe Colomb à ses commanditaires, les rois d’Espagne. Car les Taïnos, dont le nom arawaca signifie “bon et noble”, sont des hommes pacifistes. La vie communautaire est agrémentée par le jeu. Le groupe se soumet systématiquement à l’autorité de son chef, le Cacique, dans des domaines aussi différents que la défense de la tribu (contre les terribles Indiens Caraïbes ou Karibs) ou la distribution de la nourriture. Le peuple, lui, travaille la terre.
Riche en traditions religieuses, les Taïnos font appel aux Zenis, divinités, pour tout ce qui touche à la reproduction, à la fécondité ou à l’abondance des récoltes. Des chicoide, céramiques prenant parfois des apparences anthropomorphiques, leur sont dédiés. Du XIe au XVIe siècle, ils développent un art particulièrement audacieux, témoignant d’une puissance suggestive unique dans les Caraïbes. Autre spécificité ayant marqué le territoire dominicain et qu’on peut retrouver aujourd’hui dans l’île : la peinture rupestre. Cet art s’illustre dans les grottes de Las Maravillas et du Pomier. On peut aussi apercevoir quelques dessins amérindiens dans les falaises situées autour du lac Enriquillo, au parc del Este et dans celui de Los Haitises, au nord du pays.
La conquête espagnole
Décembre 1492 : à bord d’une flottille de trois caravelles, le Grand Amiral génois Christophe Colomb, parti conquérir les Indes, pose le pied sur le continent américain. C’est la découverte d’une île “enchanteresse”, au nom indien Quisqueya, “mère de toutes les terres”. Colomb la rebaptise Hispaniola en hommage au pays des rois de Castille et d’Aragon. Il établit, dans celle qui deviendra plus tard la République dominicaine, une fortification, marquant ainsi la première colonie espagnole du Nouveau Monde. Lorsqu’il repart en Europe, fidèle à la promesse faite à la reine Isabelle de convertir les indigènes au catholicisme et d’enrichir le royaume d’Espagne de l’or rencontré dans les îles, il laisse derrière lui 39 soldats. A son retour, dix mois plus tard, personne n’a survécu. Voyant leur or pillé et leur pouvoir anéanti, les Indiens n’ont pas hésité à se défendre contre l’hégémonie espagnole. En représailles, le navigateur soumet le peuple indigène aux travaux forcés. Peu à peu exterminée par les épidémies, la famine, les suicides collectifs, la société précolombienne des Taïnos, que l’on comptait au nombre de 3 millions d’individus avant l’arrivée des Espagnols, ne survivra pas à la rencontre des deux mondes. Leur civilisation disparaît avec l’établissement de la colonisation.
Première ville des Amériques
Alors soucieux de créer une véritable cité sur l’île, Colomb fonde en 1493 la première ville des Amériques. Petit à petit, la forteresse est érigée, l’Alcazar de Colomb se dresse à l’extrémité d’un parc, puis la maison d’Herman Cortès voit le jour calle las damas. Rebaptisée Santo Domingo de Guzman en 1498, la ville change de gouverneur en la présence de Nicolas de Ovando qui se fait proclamer Fondateur de l’empire espagnol des indes en 1503. Sa demeure est une des plus élégantes de style gothique. C’est ainsi que dans cette extraordinaire cité, naissent quelques-uns uns des joyeux architecturaux du Nouveau Monde : la célèbre Cathédrale Santa Maria la Menor (1540), l’église Santa Barbara (1562), ou les palais de las Casas Reales (1520).
Le début de l’esclavage
Avec l’épuisement des gisements d’or, la couronne d’Espagne tourne ses convoitises vers le Mexique, nouvel Eldorado. La canne à sucre devient l’or blanc de l’île. Ayant décimé toute la population indigène, les Espagnols partent à la recherche d’une autre main d’œuvre qui puisse travailler dans les exploitations sucrières. 1520 marque le début de la traite des noirs venus d’Afrique. Plus tard, la France investit la côte Ouest (1655). La nouvelle possession est légalisée par le traité de Ryswick en 1697. De cette séparation vont naître deux futures nations : celle d’Haïti et de la République dominicaine. Deux destins politiques et culturels désormais opposés.
Les principes de la Révolution
Tandis que sur le Vieux Continent la Révolution Française de 1789 éclate, l’île connaît à son tour la première insurrection des esclaves, dirigée par Toussaint L’Ouverture. Après un affrontement entre les troupes françaises et espagnoles, Hispaniola devient dans sa totalité un territoire français. Toussaint L’Ouverture, qui a dirigé les combats auprès des Français, accède au pouvoir et prône une politique indépendantiste. Celle-ci est loin de plaire à Napoléon Bonaparte qui dirige la France. Il se dépêche d’envoyer 20 000 soldats chargés de faire prisonnier le dissident et de rétablir l’ordre au nom de la République. Mais les forces françaises ont vite fait d’échouer et c’est ainsi qu’est proclamée la République d’Haïti, première nation noir au monde.
A l’Est de l’île, c’est à nouveau la défaite de la France. Aidés des Britanniques, les Espagnols reconquièrent le territoire avant que les colons de Santo Domingo la déclarent autonome en 1821. Une indépendance de courte durée, puisqu’envahie par Haïti en 1822, elle subira sa domination pendant 22 ans.
Toussaint Louverture fonde le premier gouvernement noir
Esclave africain de la deuxième génération, Toussaint Louverture est incontestablement une des figures les plus marquantes de l’histoire révolutionnaire de Saint-Domingue. Injustices raciales, malaria, guerres d’indépendance, chaos caractérisent l’île, déchirée entre l’Espagne et la France, au XVIIIe siècle. Alors que l’esclavage est à son apogée, Toussaint Louverture mène la première insurrection des esclaves. Il est noir et subit l’oppression de plein fouet. La France qui vient d’abolir l’esclavage dans ses colonies séduit Louverture par ses idées révolutionnaires. Au vu de ses prouesses militaires, il est très vite nommé général de division de l’armée coloniale française et se bat contre les Espagnols. En vainqueur il pénètre dans Santo Domingo. En battant les descendants des conquistadors, le leader noir prend une revanche sur l’histoire. La Constitution qu’il établit en 1801 est des plus libérales. Il devient gouverneur et constitue le premier gouvernement noir de l’histoire dominicaine. Mais ses actes d’insubordination vis-à-vis de la métropole dérangent Bonaparte. L’expédition militaire placée sous le commandement de son beau frère, le général Leclerc, est destinée à ramener la colonie dans le giron de la France. Au cours d’une des batailles les plus sanglantes, Louverture est fait prisonnier et déporté en France. Il mourra le 7 avril 1803, emprisonné au Fort de Joux dans le Jura, terrassé par le froid et les privations.
Indépendance et restauration
Les années de 1830 voient apparaître trois hommes, véritables héros nationaux : Juan Pablo Duarte, Ramon Mella et Francisco del Rosario Sanchez. Membres de l’organisation secrète La Trinitaria, ils repoussent en les haïtiens à l’Ouest et fondent la République dominicaine (1844). Mais la fragilité de l’état ne résiste pas aux guerres civiles qui gangrènent le pays. Exclu du pouvoir, Duarte s’exile au Venezuela. En 1861, la nouvelle République est à nouveau sous tutelle espagnole, vendue par le général Santana. Le peuple en colère s’insurge. Sous l’impulsion de Santiago Rodriguez, Benito Moncion et José Cabrera, la guerre de Restauration éclate. Elle aboutira à une seconde indépendance en 1865. Après des périodes d’instabilité, le président Ulisses Heureaux prône la dictature et plonge l’île dans un gouffre économique. Il sera assassiné en 1899. Profitant de la confusion politique qui règne alors dans la République, les Etats Unis entrent en scène et envoient leurs marines occuper le territoire. Huit ans plus tard, en 1924, l’armée quitte finalement le pays, le laissant en proie à une dictature naissante.
L’ère Trujillo
Une nouvelle épreuve attend le peuple dominicain. Pendant 30 ans, celui-ci va subir le pouvoir sans limite d’un général despote : Rafael Leonidas Trujillo. Dès 1930, il accède au pouvoir grâce au truchement des élections. Il va rapidement enfermer le pays dans la dictature la plus insoutenable des Caraïbes : presse anéantie, opposition étouffée, communistes emprisonnés et torturés. Afin de “blanchir la race”, il conclut un accord avec le dictateur espagnol, le Général Franco, et accueille des réfugiés catalans, puis des Juifs allemands. Sa terreur de la négritude le pousse une nuit de 1937 à ordonner à la garde nationale le massacre de plus de 20 000 Haïtiens venus couper la canne à sucre. Mégalomane jusqu’à l’excès, il rebaptise la capitale “Ciudad Trujillo”, érige des statues à son effigie tandis que des chansons et des livres flattent sa vanité. Contrôlant l’entité de l’économie du pays, il devient un des hommes les plus riches du monde. Le 30 mai 1960, le dictateur est assassiné par la CIA, laissant la place à son bras droit : Joaquin Balaguer.
Modernisation de l’état
Après 38 ans et sous la pression sociale, les premières élections libres sont organisées en République Dominicaine. Juan Bosch, fondateur et leader du parti révolutionnaire dominicain (PRD) est élu, après 25 ans d’exil. Mais quelques mois plus tard, prenant peur d’un nouvel état communiste (suivant l’exemple de Cuba), les Américains réinstallent Balaguer, chef du parti réformiste social-chrétien (PRSC) au pouvoir. Dès 1966 et pendant 30 ans, les dominicains vivent au quotidien la politique autoritaire de leur chef d’état.
En juin 1996, c’est un jeune président de 42 ans, leader du parti de libération dominicain (PLD) qui accède au pouvoir, Leonel Fernandez. Face à un Balaguer alors âgé de 85 ans qui se présente pour son septième mandat, Fernandez symbolise les espoirs d’une nation moderne. Il tente de lutter contre le mal du pays, la corruption, qui frappe toutes les couches de la société. Mais beaucoup de ses promesses restent irréalisées. Résultat : une remise en marche de l’économie, mais aussi une augmentation considérable du fossé riche/pauvre. C’est cette désillusion qui a poussé le peuple dominicain à voter pour son opposant du PRD : Hipolito Mejia. Au pouvoir depuis août 2000, il a nommé à ses côtés, Milagros Ortiz Bosch, cousine de Juan Bosch et première femme vice-présidente de la République dominicaine.
6 dates clés
1492 : Christophe Colomb découvre Hispaniola.
1540 : Construction de la plus vieille cathédrale des Amériques
1865 : Indépendance de la République dominicaine.
1937 : massacre de 20 000 Haïtiens sous la dictature Trujillo.
1996 : élections de Leonel Fernandez, début du processus démocratique.
2001 : le pays connaît la croissance économique la plus importante des pays du tiers-monde.
