Jordanie
Arts
Arts plastiques
En bref
Les mosaïques et les fresques comme principaux décor • Une utilisation religieuse ou princière • Quelques chefs-d’œuvre
Les mosaïques
Avec la diffusion du christianisme, les cités de Jordanie voient fleurir dès le ive siècle des centaines d’églises jusqu’à l’arrivée des musulmans en 635. Les sols des édifices religieux sont couverts de mosaïques d’un style réaliste et naïf qui ont pour certaines, résisté au temps. Tapissant la nef, le chœur et les collatéraux, des milliers de tesselles (petits morceaux de marbre) forment de vastes ensembles décoratifs. Le répertoire iconographique favorise d’abord les motifs géométriques et s’enrichit au siècle suivant de thèmes animaliers et végétaux dont la fonction n’est pas que décorative. Une iconographie symbolique se met en place dès les premiers siècles de notre ère destinée aux initiés de cette nouvelle religion. Ainsi, il faudra lire le dessin du raisin comme le symbole du sang du christ, le poisson comme Jésus Christ le Fils du Dieu Sauveur, le palmier comme l’image de la résurrection du Christ. Le style est caractérisé par l’absence de perspective et l’utilisation du dégradé arc-en-ciel pour nuancer les couleurs. De nombreux sites jordaniens se parent de superbes mosaïques, notamment à Madaba qui abrita longtemps une école de maîtres mosaïstes.
Les fresques
Les représentations figurées sont rares en Jordanie. Pourtant, avant l’arrivée des Abbassides au pouvoir, les Omeyyades ont montré à travers quelques-uns de leurs vestiges qu’ils étaient de grands amateurs de scènes galantes. La plupart des fresques qui ornaient leurs châteaux ou pavillons de chasse ont disparu avec le temps ou ont été prélevées pour rejoindre un musée. L’un de leurs châteaux a pourtant échappé aux guerres iconoclastes et nous livre de superbes fresques classées au Patrimoine mondial de l’humanité. Edifié au VIIIe siècle, Qasr el Amra, est un petit complexe, équipé d’un hammam. Les murs de l’édifice sont recouverts de peintures colorées évoquant le raffinement de la vie princière. La salle d’audience abrite des scènes de chasse à l’onagre, des ouvriers à l’œuvre, maçons, tailleurs de pierre, menuisiers et des personnages royaux dans toute leur splendeur. Les fresques du hammam sont un hymne à la joie de vivre et à la beauté de la femme. Représentée dévêtue, elle est plantureuse dans les trois âges de la vie. Le décor s’enrichit d’animaux musiciens faisant danser les jeunes filles aux sons de leurs flûtes, de signes du zodiaque et de figures mythologiques qui appartiennent au panthéon gréco-romain.
5 mosaïques emblématiques
La carte de la Palestine, VIe siècle ap. JC, (Madaba, Eglise Saint-Georges).
Thalassa, déesse de la mer, VIe siècle ap. JC, (Madaba, Eglise des Apôtres).
Scènes de chasse, VIe siècle ap. JC, (Mont Nebo, Basilique du Mont Nebo).
Scènes pastorales, VIe siècle ap. JC, (Khirbet el Mukhayyat, Eglise Saint-Lot-et-Saint-Procope).
Les deux côtés du Jourdain, VIIIe siècle ap. JC, (Umm al Rasas, Eglise Saint-Etienne).
Musique
En bref
Le parent pauvre des pays arabes • Un festival qui monte qui monte • Des traditions qui se perpétuent dans les communautés palestiniennes et bédouines
En Jordanie, la musique est un peu moins présente que chez les voisins libanais et syriens. L’absence de stars nationales dans le domaine des variétés explique sans doute ce phénomène. On prête alors son oreille aux voix suaves des mythes du monde arabe : l’Egyptienne Oum Kalsoum, le Cairote Farid el Attrache et la Libanaise Fairuz. Dans les grandes villes on trouve partout de petits magasins qui vendent leurs cassettes et CD.
Dans les campagnes ou au sein de la communauté palestinienne, subsistent encore quelques particularités. Le dabkeh par exemple, est une danse folklorique très répandue lors des mariages palestiniens. Elle accompagne des chants inspirés de l’histoire d’Ataba et de Zarief.
Un couple mythique, Ataba et Zarief
Ces deux personnages symbolisent chez les Palestiniens, respectivement la jeune amante et le courageux jeune homme prêt à tout pour atteindre son but. Zarief convoite la jeune et belle Ataba mais le père de cette dernière veut éprouver son amour. Il l’envoie donc au bout du monde en exigeant qu’il rapporte les plus beaux raisins, puis les plus belles oranges, etc. A chaque fois que Zarief remplit sa mission, le père d’Ataba lui redemande l’impossible. Lors de ces différents voyages, le jeune amoureux chante des couplets qui louent la beauté d’Ataba dont il est constamment éloigné. Tous les villages qu’il traverse reprennent alors ses refrains de telle sorte que leur histoire se répand partout. “Ataba” est devenu le symbole des chansons douces et tristes, entonnées au premier acte d’un mariage ou murmurées par les hommes qui se rassemblent autour d’un feu nocturne. “Zarief” symbolise les chants rythmés et rapides, qui ponctuent toutes les fêtes accompagnées du dabkeh. Il représente aussi le Palestinien qui rêve de retrouver sa terre. Des troupes comme celle d’Al Hannouneh qui comprend plus d’une cinquantaine de membres, continuent de décliner l’histoire des deux jeunes amants.
Le festival de Jérash est aussi l’occasion de découvrir de nouveaux talents, troupes régionales et stars en herbe. Rendez-vous estival, cette manifestation regroupe des artistes de toutes disciplines et favorise l’émulation entre les créateurs du monde arabe. La musique y tient une place capitale et les chanteurs jordaniens, comme Omar Abdullat, participent largement au succès de cet événement annuel. La communauté bédouine a aussi ses poètes. Des chanteurs qui s’improvisent sous une tente avec un instrument à une corde, le rababa.
La musique jordanienne tente peu à peu de s’affranchir des autres pays arabes pour trouver son identité. Mais ses représentants ne sont pas encore en mesure de rivaliser avec les stars étrangères. On écoute aussi de la musique occidentale, américaine dans les boîtes de nuits, lors de parties privées. Chez les jeunes, le rai de Khaled à Cheb Mami fait fureur.
Architecture
En bref
Une architecture de pierre • Une habile utilisation des ressources locales • Des monuments imposants
L’architecture nabatéenne
Le site nabatéen de Pétra illustre à merveille la symbiose entre architecture orientale et gréco-romaine. Si ces commerçants du désert se sont distingués par leur maîtrise des ouvrages hydrauliques, (citernes, barrages et aqueducs), c’est surtout leur habileté à tailler la pierre qui nous étonne encore après 2000 ans. D’un amphithéâtre naturel qui servait à l’origine de simple refuge pour stocker des marchandises, les Nabatéens élaborent un véritable espace urbain, doté de monuments civils, religieux et funéraires. Leurs tombeaux, temples, mausolées directement sculptés dans la roche offrent un spectacle somptueux. Parmi les centaines de sépultures qu’abrite Pétra, on répertorie plusieurs types :
La tombe à puits, simple chambre funéraire souterraine.
Le Tombeau Tour très répandu est coiffé de merlons, motif en escaliers issu de l’architecture mésopotamienne. Lorsqu’il est orné de pilastres de chaque côté et doté d’une porte monumentale, le tombeau prend le nom d’Hégra.
Enfin, les façades imposantes des tombeaux temples, s’inspirent de l’architecture hellénistique. Le Khazneh et le Deir en sont les plus beaux exemples. A l’intérieur de ces mausolées, des salles à 2 ou 3 banquettes, biclinium ou triclinium, sont aménagées pour rassembler les hôtes lors de repas commémoratifs.
Certains éléments décoratifs sont typiquement nabatéens, comme le chapiteau à cornes animales, d’autres sont empruntés à l’architecture égyptienne, comme le nefesh, stèle pyramidale qui incarne l’âme du défunt.
Les Nabatéens honoraient leurs dieux sur les hauts lieux. Les divinités sont représentées sous la forme d’un bloc de pierre, (le bétyle) qui repose sur un socle, (le motab), ou d’une stèle anthropomorphe. Parmi les plus vénérées, figurent Dûsharâ, dieu protecteur des tombeaux et al-Uzzâ, déesse de la fécondité. Un chemin de procession menait les adorateurs en haut de la falaise où se déroulaient les cérémonies sacrificielles.
L’architecture romaine
L’art romain se distingue de son prédécesseur grec par un goût prononcé pour la mise en scène, l’utilisation fréquente de la voûte et l’usage régulier de la pierre locale. En Orient, l’architecture romaine s’est enrichie au contact des civilisations étrangères, n’hésitant pas à leur emprunter certains éléments. Caractérisée par un certain éclectisme, l’architecture romaine développe peu à peu un style qui lui est propre. Elle honore les dieux avec la création de temples, se dressant sur un socle, le podium, auquel on accède par un escalier. A Jérash, le temple de Zeus se distingue du typique modèle romain par ses dimensions colossales et son décor oriental. L’architecture sert aussi l’Etat et la collectivité avec de nombreux édifices publics à l’exemple des marchés, basiliques (qui ont à l’époque un rôle judiciaire), bains publics ou thermes. Ou encore des espaces dédiés aux loisirs comme le théâtre et l’amphithéâtre, respectivement voués aux combats de gladiateurs et aux spectacles de scène. Le théâtre romain s’affranchit de son modèle grec par la réduction des gradins, cavea, et la surélévation de la scène désormais fermée à l’arrière par un mur, frons scenae. Celui de Jérash est l’un des plus étonnant. Enfin, l’architecture romaine glorifie le pouvoir par des constructions impériales dont l’arc de triomphe est le plus puissant des symboles. L’arc d’Hadrien de Jérash, construit lors de la visite de l’empereur en 129 en est un bel exemple. Il ouvre la voie à colonnades qui conduit au forum, vaste place publique. Habituellement de forme ronde, la place publique romaine de Jérash est tout à fait exceptionnelle puisqu’ovale.
L’architecture des Croisés
Au début du XIIe siècle, apparaissent les premières constructions militaires franques en Terre Sainte. Pour édifier leurs forteresses, les Croisés en manque permanent de garnisons suffisantes pour combattre les Arabes, choisissent des sites perchés sur des crêtes vertigineuses et faciles à défendre. Les carences en bois requièrent l’usage quasi exclusif de la pierre, souvent extraite sur place. Des murs épais forment des enceintes compactes, épaulées par des talus maçonnés pour prévenir les séismes. L’une des premières forteresses croisée est Shaubak, commandée en 1115. Prise par les Arabes, elle fut remaniée et il est difficile de distinguer les constructions franques de celle des Arabes. En revanche, les Croisés utilisèrent pour la forteresse de Kérak (érigée en 1142) une pierre d’origine volcanique, noire ou rouge. Elle se distingue des ajouts arabes caractérisés par une pierre claire et soignée. A la différence de Shaubak, celle ci est solidaire de la ville qu’elle protège par une forte muraille. Dans la deuxième moitié du XIIe siècle, les donjons deviennent circulaires et davantage dévolus à l’attaque qu’à la défense. Les mâchicoulis apparaissent vers 1200, en même temps que les archères à niche, les entrées dotées de herses et les couloirs en chicane.
Un style, un monument
