Jordanie
Histoire
En bref
L’épopée des caravaniers de Pétra fait des envieux • Le faste de l’Empire omeyyade • De la révolte du désert à la conquête de l’indépendance
Préhistoire et premières civilisations
Vers 10 000 av. JC, des groupes de chasseurs-cueilleurs se sédentarisent dans le Wadi Hammeh. 2000 ans plus tard, le blé et l’orge sont cultivés, les chèvres, moutons et porcs domestiqués. Les maisons de plan rectangulaire se généralisent et les villages se développent tel celui de Ain Ghazal. Dès le IVe millénaire dans la vallée du Jourdain, on maîtrise la poterie tournée et peinte à Talat Ghassul (3 km de la mer Morte). Cette agglomération voit se développer la civilisation ghassulienne qui domine parfaitement la métallurgie. L’écriture apparaît entre 3000 et 2100 av. JC. Le commerce avec la Palestine et l’Egypte s’intensifie. Larrivée des Amorites, peuple sémite, met un terme à cette brillante civilisation. Les villes s’effondrent et les habitants adoptent un mode de vie pastoral.
Des temps bibliques à la décapole
Parmi les tribus qui s’installent à l’est du Jourdain, trois d’entre elles s’érigeront en royaumes vers le XIIe siècle av. JC. D’après la Bible, l’union de Loth, neveu d’Abraham, avec une de ses filles donne naissance à la tribu des Ammonites. Cette dernière se constitue en royaume dès l’âge de fer et prend Rabath-Ammon, l’actuelle Amman pour capitale. Les Moabites, issus d’une autre union incestueuse de Loth, prennent Kérak pour capitale. Tandis que les Edomites qui fondent le royaume d’Edom, choisissent la région du Wadi Rum au sud. Pour rejoindre leur Terre Promise, les Hébreux, conduits par Moise, doivent traverser ces territoires en empruntant la Voie Royale ou “Route des Rois” qui relie l’Arabie aux provinces du nord de la Syrie. Malgré leur parenté avec les tribus d’Israël, les trois royaumes s’allieront pour contrer les ambitions expansionnistes du roi David. Les alliances succèdent alors aux guerres intestines mais les trois royaumes ne survivent pas aux incursions des Perses dont l’immense empire est compromis par les conquêtes d’Alexandre le Grand.
Devenue cité grecque, Rabath Ammon prend le nom de Philadelphie et devient le relais pour les caravanes du Yémen. La ville rejoint la Décapole, une organisation commerciale qui regroupe une dizaine de cités-Etats à l’identité culturelle, politique et géographique très proche.
Les caravanes de Pétra
Au VIe siècle av. JC, les Nabatéens s’installent en pays d’Edom. Cette tribu arabe composée de pasteurs nomades va connaître un fabuleux destin. Ils commencent par s’enrichir en pillant les nombreuses caravanes qui sillonnent la région. Affermissant leur pouvoir entre la mer Morte et Aqaba, ces nomades vont lentement se sédentariser. Depuis Pétra, les Nabatéens contrôlent bientôt les routes du commerce. Eux-mêmes se convertissent au métier de caravaniers, spécialisés dans les biens les plus précieux (encens, myrrhe, cannelle, diamants, saphirs, poivre et dattes.) Les pasteurs sont devenus princes. A la fois entrepôt et refuge, Pétra prospère et se couvre de superbes monuments. Pas d’esclaves chez les Nabatéens où chacun participe aux travaux quotidiens, y compris le roi qui rend des comptes à ses sujets. Cette richesse fait des envieux. Les Nabatéens résistent aux Ptolémées d’Egypte, aux Séleucides de Syrie, aux Macédoniens. Et même au puissant Empire romain qui finira par avoir raison de leur indépendance. Alors les voies caravanières vont délaisser Pétra pour Palmyre. Au VIIIe siècle un séisme donne le coup de grâce à Pétra qui sombre dans le sommeil jusqu’au XIXe siècle.
La Pax Romana
En 63 av JC, les légions romaines de Pompée conquièrent la région. Gadara (Um Qeis), Philadelphie (Amman), Gerasa (Jerash) et Pella (Taqabat) intégrées à l’Empire reforment la Décapole. Trajan obtient la réédition des Nabatéens en 106 ap JC. Malgré les révoltes juives du Ier et IIe siècle, la Paix romaine instaure une longue période de stabilité. La route des rois est reconstruite. Les vestiges d’Amman et de Jérash témoignent de la prospérité et de la richesse de cette période.
Byzance et le christianisme
En réaction au déclin que connaît Rome au IIIe siècle, l’empereur Constantin décide d’établir sa capitale à Byzance qui devient Constantinople en 324. Après la conversion de Constantin au christianisme, des églises fleurissent un peu partout sur le territoire de l’actuelle Jordanie. Les fameuses mosaïques de Madaba attestent de l’épanouissement artistique. Cependant, des querelles théologiques autour de la nature du Christ divisent bientôt les chrétiens d’Orient. Après avoir résisté aux fréquentes incursions perses, l’empire byzantin s’effondre face aux conquérants arabes.
Le faste des califes
Sous influence gréco-latine depuis plus de 800 ans, le Proche Orient va vivre un bouleversement sans précédant. Dès 622, le prophète Mahomet s’emploie à unifier les tribus arabes de toute la péninsule. La conquête peut commencer. L’expansion sera fulgurante. Amman est prise en 635. L’année suivante, les troupes byzantines sont taillées en pièces par les cavaliers musulmans à la bataille du Yarmouk.
La succession de Mahomet (il meurt en 632) se révèle conflictuelle. Ali, le 4e calife, est assassiné. Muawiya, le gouverneur de Damas se proclame 5e calife et fonde la dynastie des Omeyyades en 661. Sa légitimité est contestée par les partisans d’Ali, les chiites, qui n’acceptent qu’un chef directement issu de la lignée de Mahomet.
L’immense empire des Omeyyades s’étend du sud de la France à la Chine. En 700, l’arabe devient la langue officielle.
La période est faste pour la Jordanie qui en conserve les somptueux palais ou villas du désert (Qasr el Kharaneh, Amra, Mushatta). Mais ce brillant épisode, synthèse des influences arabes, perses et byzantines, tolérant à l’égard des juifs et des chrétiens, sera de courte durée. En 750, accusés de laxisme religieux, les Omeyyades sont massacrés par les Abbassides apparentés au prophète. D’autres dynasties vont ensuite se disputer l’empire : les Fatimides d’Egypte (chiites) et les Seldjoukides d’Ouzbékistan (sunnites).
Dieu le veut !
Le Proche Orient est tombé sous la coupe des Seldjoukides. Pour la première fois, la route du pèlerinage pour Jérusalem est coupée. Afin de délivrer les lieux saints et de protéger Constantinople menacée, le Pape Urbain II prêche en 1095 la première croisade contre les “infidèles”. Sept autres suivront. Deux siècles de batailles, trêves, pillages et alliances mouvantes. L’idéal religieux qui guide les premiers croisés laisse bien vite la place aux ambitions économiques, politiques et personnelles. Au XIIe siècle, les chrétiens créent de petits Etats. Des forteresses sont érigées sur le territoire jordanien, tel Shaubak puis Kerak qui se visitent encore aujourd’hui. Ralentie par les querelles entre sunnites et chiites, la riposte musulmane finit par s’organiser. D’abord avec Zengui puis Nur ed Din depuis Damas. Ensuite derrière le fameux Saladin el Ayyub, qui rassemble les musulmans sous la bannière sunnite. En 1187, les chrétiens sont écrasés à Hattin. Jérusalem est reprise. Les Ayyubides sont renversés par leurs esclaves militaires turcs, les Mamelouks. Au XIIe siècle, leur chef Baïbars chasse définitivement les croisés de la Terre Sainte.
Une province ottomane
Au XVIe siècle, l’Empire ottoman constitué par Sélim Ier, puis Soliman le Magnifique, contrôle intégralement ou presque le monde arabo-musulman. Pendant quatre siècles, loin des grandes routes commerciales, la Jordanie fait figure de région délaissée par l’immense empire. Les tribus bédouines en profitent pour piller les villages et les caravanes de pèlerins se rendant à La Mecque. Au XIXe siècle, le réveil des nationalismes n’épargne pas les peuples arabes qui manifestent des velléités d’autonomie.
Le temps des promesses
Tirée de son sommeil par le déclenchement de la première guerre mondiale, la Jordanie à l’instar de tout le Proche Orient, redevient un enjeu international majeur. Pour les Arabes, le conflit représente une occasion inespérée de se débarrasser de la tutelle turco ottomane. Et puis voilà que les Anglais leur promettent de soutenir la création d’un Etat arabe indépendant. Galvanisé par cet engagement, Hussein, le chérif de La Mecque proclame l’insurrection contre l’occupant turc en 1916, allié des Allemands. Dirigée par Faysal, le fils du chérif et Lawrence d’Arabie, la fameuse Révolte du désert est en marche. Le Wadi Rum jordanien sera l’un des théâtres privilégiés des opérations militaires.
Lawrence, héros ou intrigant ?
Après des études d’histoire à Oxford, le jeune Lawrence se rend au Proche Orient pour effectuer des fouilles archéologiques. Il y apprend l’arabe. Recruté par les services secrets britanniques, il est chargé en 1914 de favoriser le rapprochement entre les Arabes et les Anglais afin de combattre les Ottomans. Parti de Djedah, il conduira les troupes bédouines jusqu’à Damas. Traversée du désert, conquête d’Aqaba, raids contre la voie ferrée du Hedjaz qui approvisionne les Ottomans : sa stratégie de harcèlement militaire de “prince despote” apporte la victoire à la Grande Révolte arabe. Voilà pour les faits, ici débute la controverse. Le personnage est énigmatique. Son rôle est ambigu. Quand a-t-il su qu’il était le jouet de la diplomatie britannique ? Se doutait-il que les promesses d’indépendance faites à ses compagnons d’armes seraient sans lendemain ? A-t-il agi pour les Arabes, pour les Anglais, contre les Français ou pour lui-même ? Serviteur désintéressé de la cause arabe ou intrigant mégalomane ? Héros de légende ou mystificateur torturé ? Et pourquoi pas tout à la fois.
Le partage franco-britannique
Quant aux alliés français et anglais, ils vont se partager secrètement les possessions ottomanes sur la carte. Oubliées les promesses britanniques d’indépendance arabe. Pour ajouter à la confusion, la Grande Bretagne se déclare en 1917 favorable à “la fondation d’un foyer national juif en Palestine”. Après la capitulation ottomane en 1918, les alliés se refusent à reconnaître Faysal roi de Syrie. Au contraire la Société des Nations confie à la France un mandat sur le Liban et la Syrie tandis que l’Angleterre se voit attribuer l’Irak, la Transjordanie et la Palestine, c’est à dire les territoires d’Israël et de la Jordanie d’aujourd’hui.
La naissance du Royaume de Jordanie
Afin d’apaiser les rancœurs arabes, les Anglais négocient avec les deux fils du chérif Hussein. Pour Faysal, le trône d’Irak. Quant à Abdallah, à défaut du grand royaume arabe espéré, il se contente du modeste Emirat de Transjordanie placé de surcroît sous tutelle britannique. Il installe son gouvernement sous une tente à Amman qui n’est à l’époque qu’un village. De traités en accords, l’Emirat acquiert progressivement son indépendance. Le 25 mai 1946, Abdallah troque son titre d’émir pour celui de roi. C’est la naissance du Royaume hachémite de Jordanie.
La question de l’état d’Israël
En Palestine, les mouvements d’immigration juive s’amplifient au rythme des pogroms européens. Le fragile équilibre entre communautés, arabe et juive, s’en trouve bouleversé. La Grande Bretagne préfère abandonner la délicate question de la Palestine à l’ONU qui vote sa partition en deux Etats. Israël proclame son indépendance le 14 mai 1948. Quand les occidentaux se retirent du Proche Orient, la confusion est extrême. Inévitable, la première guerre israëlo-arabe éclate. L’Etat hébreu conquiert en grande partie la Palestine. Pour la Jordanie qui annexe la Cisjordanie, le conflit se traduit surtout par un afflux massif de réfugiés palestiniens avec lesquels il lui faudra désormais composer. Dès lors, elle n’est plus seulement la terre des bédouins. Abdallah ne rejette pas le principe d’une négociation avec Israël. Il le paiera de sa vie. En 1951, le premier roi de Jordanie sera abattu par un extrémiste palestinien. Le long règne d’Hussein, son petit fils, peut débuter.
Hussein l’alchimiste
Les défis qui attendent le très jeune roi sont pour le moins complexes. Les remous de la guerre froide, le panarabisme de Nasser, les revendications palestiniennes, les conflits armés avec l’Etat hébreu, les relations parfois tendues avec ses voisins arabes, les tentatives de coups d’état, jusqu’à la Guerre du Golfe. Bien des fois, son trône menace de vaciller. Grâce à un habile dosage de tolérance, de répression et de réalisme politique, Hussein parvient à faire de la Jordanie l’un des pays les plus stables du monde arabe. Reste que l’épineux problème palestinien sera plus difficile à gérer. Très tôt, Hussein s’est auto proclamé défenseur des Palestiniens et donc de la Cisjordanie. Mais en 1967, la guerre des 6 jours est un complet désastre : il doit céder Jérusalem Est et la Cisjordanie à Israël. Nouvel exode des Palestiniens, cette fois accompagnés de leurs commandos militaires.
Le terrorisme
L’Organisation de Libération de la Palestine (O.L.P.) de Yasser Arafat rejette la tutelle du roi Hussein. La tension monte jusqu’aux événements de septembre noir en 1970 : des mois de guerre civile pendant lesquels l’armée jordanienne brise et expulse la résistance palestinienne. En 1974, Hussein abandonne à l’OLP le soin de représenter les Palestiniens. Puis, quand débute l’intifada (la guerre des pierres) dans les territoires occupés, il renonce enfin officiellement à sa souveraineté sur la Cisjordanie en 1988. Décision qui ne pouvait que faciliter la création d’un Etat Palestinien. Parallèlement, le dialogue renoué avec Israël dans les années 1980 aboutit à la signature d’un accord de paix en 1994. Abdallah II succède à son père le 7 février 1999. Il s’emploie à maintenir le rôle du petit royaume de Jordanie, interlocuteur incontournable du processus de paix au Proche Orient, aujourd’hui à nouveau dans l’impasse.
6 dates clés
