Saint-Petersbourg
Histoire
En bref
Fondée en 1703, elle est construite sur des marais • Capitale de la Russie de 1715 à 1918 rebaptisée à trois reprises • Centre culturel, intellectuel et politique du pays
Avant Saint-Pétersbourg
Carrefour entre l’Europe du Nord-Ouest et la Russie de par son accès stratégique à la mer Baltique, la région du delta de la Neva cristallise les convoitises territoriales. Du temps de l’Empire romain d’Orient, Suédois et Russes luttent pour sa possession. En 1240, Alexandre Nevski y remporte une partie décisive sur les chevaliers teutoniques venus de Prusse. Mais le royaume dominant de la Suède survole les débats de l’Europe du Nord (XVIe siècle). L’empire russe en gestation, attaqué de toutes parts, ne s’approprie définitivement le site qu’à la fin du XVIIe siècle, sous Pierre Ier. Après avoir conquis Nieuschantz, aux dépens de Charles XI, le tsar y fonde le futur port de Saint-Pétersbourg.
Fondation
C’est par la pose de la première pierre de la forteresse Pierre-et-Paul, le 16 mai 1703, que Pierre Ier fonde officiellement Saint-Pétersbourg. Conformément à ses vœux d’ouverture sur l‘Europe, la cité nouvelle s’établit sur le delta du fleuve Neva qui se jette dans le golfe de Finlande, ouvert sur la mer Baltique. Conforté par une victoire historique sur la Suède et Charles XII, le Grand tsar décide de faire de Saint-Pétersbourg, le symbole d’un Empire russe conquérant. Le site marécageux, ramifié de plusieurs centaines d’îles, impose de titanesques chantiers d’assainissement (20 000 à 25 000 ouvriers morts). Créé de toutes pièces en réaction à l’ordre ancien des Moscovites, Saint-Pétersbourg concurrence Moscou et symbolise l’essor de l’Empire russe moderne, la fenêtre de la Russie sur l‘Europe, selon Pierre le Grand.
Symbole de l’essor impérial
A l’image énergique de son inspirateur épris de culture européenne, le plan de Saint-Pétersbourg aux vastes et majestueuses perspectives est établi par l’architecte français Lebond. La “Venise du Nord”, ainsi surnommée à cause des 500 ponts et nombreux canaux qui jalonnent son parcours, s’inspire du style classique et baroque. Le Tsar consacre toute son énergie à lancer sur la scène internationale Saint-Pétersbourg. De nombreux oukases (édits du tsar) décrètent l’effort de construction (interdiction de construire en pierre hors Saint-Pétersbourg, obligation de construction pour les propriétaires de plus de 500 âmes) et d’installation (transfert forcé de populations issues de tout l’empire). Le delta de la Neva fourmille d’une urbanisation intense. En 1715, Saint-Pétersbourg devient la capitale de l’Empire et compte, dès 1725, 75 000 habitants, supplantant Moscou.
Les Lumières de Catherine II
L’essor de Saint-Pétersbourg ne se poursuit véritablement que 16 années plus tard sous le règne d’Elisabeth Petrovna, sa fille, qui commande à l’Italien Rastrelli le palais d’Hiver, le couvent Smolny et la splendeur baroque de Tsarskoïe Selo – détruit lors de la seconde guerre mondiale et reconstruit à l’identique depuis. Mais c’est Catherine II la Grande qui œuvre le plus pour le rayonnement de la capitale. Sous son règne (1762-1796), se multiplient les édifices manifestant la volonté de puissance impériale : le palais de Marbre (Rastrelli, 1768-1785), le palais de Pavlovsk (Cameron) et l’Académie des Beaux-Arts (Vallin de la Mothe). Réformatrice, proche des philosophes des Lumières (Voltaire, Diderot, D’Alembert…). Saint-Pétersbourg voit ses îles aménagées, se pare de palais, de sculptures (statue équestre de Pierre le Grand, réalisée par Falconet), de fontaines de conception française ou italienne. Les chantiers du palais d’Hiver sont achevés, le prestigieux musée du Petit Ermitage est réalisé et le Second commencé. En despote éclairée, l’impératrice ne resserre pas moins le joug féodal, réprimant avec fermeté la révolte des serfs.
Le rayonnement diplomatique
Sous le règne de son fils Alexandre I (1801-1825), chef de file de la coalition anti-napoléonienne, Saint-Pétersbourg s’affirme comme le centre diplomatique de l‘Europe. Faisant appel à l’architecte Rossi, la capitale de l’Empire se pare de palais jaunes et blancs comme celui du grand état-major général (les deux pavillons du palais Anitchkov), comme les palais de la rue Rossi, de la place Lomonossov ou encore la majestueuse place des Arts (centre intellectuel de la ville) avec le nouveau palais Mikhaïlovski. L’émancipation des serfs sous le règne d’Alexandre II (en 1861) favorise la forte industrialisation de Saint-Pétersbourg.
Foyer de l’émergence révolutionnaire
A sa succession, l’Empire est ébranlé par les Décembristes. Le mouvement contestataire, armé de 3000 soldats, se porte sur la place du Sénat (aujourd’hui place des Décembristes) et revendique l’abolition de l’absolutisme et du servage, la réduction des inégalités sociales, la liberté de conscience et de la presse. Les meneurs sont internés à la forteresse Pierre-et-Paul, puis exécutés ou exilés en Sibérie. De Nicolas Ier (1825-1855) à Nicolas II (1894-1917), l’Empire, vu de Tsarskoïe Selo, cultive la nostalgie de l’orthodoxie byzantine et fait la chasse aux mouvements clandestins novateurs. Les narodniki (narod, du peuple), premiers socialistes révolutionnaires lancent un avertissement (assassinat d‘Alexandre II en 1881). Dès 1893, l’opposition, pensée par Lénine, s’organise jusqu’à l’éducation politique des masses ouvrières des quartiers de Petrograd et Vyborg. Première “révolution démocratique bourgeoise”, le dimanche rouge (9 janvier 1905) rassemble 150 000 ouvriers aux portes du palais d’Hiver. La riposte de la garde impériale est cruelle : un carnage de centaines de morts qui entraînent une grève générale à Moscou. A la suite, le premier soviet de Saint-Pétersbourg (conseil de délégués ouvriers et militaires) est présidé par Trotsky, proche collaborateur de Lénine.
Une révolution en deux temps
Pour Lénine, l’échec de 1905 est la “répétition générale de la grande révolution de 1917”. En janvier-février 1917, durement éprouvés par la Première guerre mondiale (6 à 8 millions de morts), ouvriers et ouvrières de Vyborg et Petrograd, étudiants et soldats de la garde envahissent la place du Palais aux cris de “khleba ! (du pain) et “A bas le tsar ! A bas la guerre ! La symbolique forteresse Pierre-et-Paul, autre Bastille, tombe aux mains des insurgés. Dans la nuit du 2 mars 1917, Nicolas II abdique et l’Empire avec lui. Le prince Lvov préside le gouvernement provisoire. Les premières mesures révolutionnaires s‘ensuivent : arrestation des souverains, l’abolition de la peine de mort. Après le nouvel ordre bourgeois instauré en février, s’enclenche la véritable révolution socialiste en octobre 1917. Le Parti bolchevik vote l’insurrection armée à Saint-Pétersbourg, le 10 octobre. Trostky dirige les opérations. La garnison de la capitale, les marins de Kronstadt, se rallie à la cause révolutionnaire. La Garde rouge (ouvriers armés) maîtrise les ponts, les imprimeries, les gares et transmissions télégraphiques. Le 25, l’armée révolutionnaire fait le siège du palais d’Hiver, résidence du pouvoir impérial. Le gouvernement provisoire tombe dans la nuit. Petrograd est aux mains de Lénine. Le gouvernement bolchevique choisit Moscou pour capitale le 12 mars 1918. A la mort de Lénine (1924), Petrograd (nouveau nom de Pétersbourg depuis 1914) est rebaptisé Leningrad. Entre 1925 et 1953, le bilan de la dictature stalinienne (politique de terreur et de purges) est terrible : un million de fusillés, 9 millions de prisonniers et déportés aux goulags. Leningrad, tout à la gloire “nostalgique” de Lénine, s’en trouve particulièrement la cible.
Les heures noires de la seconde guerre mondiale
La guerre bat son plein. Dans le sillage de la rupture du pacte germano-soviétique, l’Allemagne hitlérienne se porte sur un nouveau front de combat : l’URSS. Leningrad est encerclée par les troupes allemandes et finlandaises d’un siège meurtrier qui s’éternisera durant 900 jours d’août 1941 à janvier 1944. Coupée du reste du pays, la faim, le froid de l’hiver 1941-1942, Leningrad, dont seul le centre reste à peu près intact, connaît les heures les plus dramatiques de son histoire : au final, on comptera 600 000 morts et un million de disparus.
Les procès staliniens
Après-guerre, des purges et des procès se tiennent à l’encontre des figures récalcitrantes du parti (exécution de Voznessenski) et du régime : les hommes de lettres, poètes et philosophes sont pourchassés et jugés. Leningrad, pôle intellectuel de l’URSS, est particulièrement touchée. Succédant à Staline, mort au Kremlin en 1954, Khrouchtchev puis Brejnev et ses successeurs stabilisent les rapports de Guerre Froide à l’extérieur et imposent toujours plus la fermeté du pouvoir communiste à l‘intérieur. La condamnation (décembre 1964) à Leningrad du poète Brodsky, prix Nobel de littérature en 1987, pour “parasitisme social”, frappe les consciences internationales.
La perestroïka
En 1985, Gorbatchev est investi du pouvoir de premier secrétaire du Parti et engage l’URSS, plongée dans le marasme économique, la démobilisation sociale et les scandales de la nomenklatura, sur la voie de la reconstruction. En tant que pôle intellectuel et progressiste, Leningrad, dès 1989, réaffirme sa vocation historique et culturelle : l’ouverture à l’Europe, au monde extérieur. Leningrad se place aux avant-postes de la réforme sociale et économique du pays et choisit par référendum le 12 juin 1991 de se rebaptiser Saint-Pétersbourg, symbole de “cette fenêtre de la Russie sur l’Europe” et le monde, rêvée par son fondateur Pierre le Grand, près de trois siècles plus tôt.
Vitrine de la République de Russie
Deuxième métropole de la République de Russie avec 5 003 000 habitants, étendue sur 200 km2, Saint-Pétersbourg, aux portes de l’Occident libéral, reste la vitrine culturelle et intellectuelle du pays. Métropole progressiste, Piter est aujourd’hui engagée sur la voie du libéralisme, à l’avant-garde du progrès. Le projet d’un deuxième aéroport international, son industrie traditionnelle (construction mécanique, navale) et innovante (chimie, optique) comme l’importance de son patrimoine culturel témoignent de la modernité et de la richesse de cette mégalopole.
6 dates clés
16 mai 1703 : fondation de Saint-Pétersbourg.
1715 : Saint-Pétersbourg capitale de l’Empire russe.
1914 : Saint-Pétersbourg rebaptisé Petrograd.
1917 : la grande Révolution.
1941-44 : les 900 jours du siège allemand.
1991 : Leningrad rebaptisée Saint-Pétersbourg.
