Budapest
Arts
Peinture et arts plastiques
En bref
Une Renaissance tuée dans l'œuf • L'influence des impressionnistes et des modernes français • De grands artistes expatriés
La Galerie nationale hongroise et le musée du Château conservent les œuvres médiévales qui ont survécu à l’occupation turque. Le règne de Mathias Corvin a été particulièrement riche sur le plan artistique. Marié à la fille du roi de Bohême jusqu'en 1465, Mathias est d'abord resté fidèle au style gothique international (dit aussi “art courtois”) que les Luxembourg avaient importé de Prague. Il a ensuite appelé à Buda des artistes italiens qui y ont introduit le goût de l'antique et l'observation scientifique de la nature.
La prééminence de Vienne a étouffé toute production artistique hongroise originale avant le compromis de 1867. Par la suite, les adversaires de la peinture d'histoire incarnée par Bertalan Székely vont se tourner vers la France : l'influence de l'impressionnisme et le goût du plein air marquent les œuvres de Károly Ferenczy et d'István Szony. Mihály Munkácsy concilie les deux tendances. Ce cosmopolitisme sera encore plus net chez le groupe des Huit, marqué par le cubisme et soutenu à partir de 1910 par la revue Nyugat ("Occident"). Entre temps, la Hongrie a produit un peintre d'envergure internationale en la personne de József Rippl-Rónai (1861-1927), proche des nabis.
Après 1920, les artistes hongrois les plus connus seront souvent des expatriés. Laszlo Moholy-Nagy enseigne au Bauhaus puis part aux USA. A Paris, Victor Vasarely révolutionne l'abstraction en privilégiant les effets d'optique. Les photographes Brassaï et Robert Capa sont d'origine hongroise.
En Hongrie même sont apparus au moins deux sculpteurs d'importance, Imre Varga et Ádám Farkas. L'avant-garde, l'école européenne, n'y a jamais complètement disparu. Ne faites pas l'impasse sur la section art contemporain des musées, et allez dans les galeries découvrir les artistes actuels !
Cinq tableaux emblématiques
Le Déjeuner sur l'herbe, Pál Szinyei Merse, 1873 (Galerie Nationale)
L'Âge d'or, János Vaszary, 1898 (Galerie Nationale)
Lazarine et Anella dans le parc, József Rippl-Rónai, 1910 (Galerie Nationale)
Autoportrait, Lajos Tihanyi, 1912 (Galerie Nationale)
Tlinko-F, Victor Vasarely (Vasarely Múzeum)
Musique
En bref
Une alliance inédite entre avant-garde et traditions populaires • La contribution des musiciens tziganes • Jazz, rock gothique et techno font vibrer Budapest
Difficile de trouver à Budapest un restaurant qui n’ait pas son orchestre de Tziganes, vrais ou faux. Et pour cause ! En Hongrie plus que n'importe où ailleurs, le folklore populaire a joué un rôle essentiel dans l'histoire de la musique.
Du lyrisme épique au classicisme du XVIIIe siècle
L'œuvre des musiciens hongrois entre le XVIe et l'aube du XVIIIe siècle est liée aux luttes menées par la nation magyare pour sa survie. Une poésie guerrière dans l'esprit des vieux chants tribaux s'y mêle à un grand raffinement musical. Les luthistes Sebestyén Tinódi Lantos et Valentin Bakfark (1507-1576) ont pu voir leur pays soumis au joug turc. Les chansons des soldats kuruc qui combattent les Habsbourg serviront plus tard d'inspiration à la Marche de Rákóczi, “grand succès” du XIXe siècle grâce au talent du musicien tzigane János Bihari. La musique du prince Pál Eszterházy (1635-1713) constitue une contribution hongroise à la musique de l'époque baroque. C’est d’ailleurs au service de la famille Eszterházy que Franz Joseph Haydn (1732-1809), pourtant considéré comme le premier représentant du “classicisme viennois”, passera la majeure partie de sa carrière.
Romantisme et contradictions (XIXe siècle)
Chez les musiciens romantiques, le cosmopolitisme hérité du XVIIIe siècle se mélange à une conscience accrue de leurs origines. Ferenc Erkel (1810-1893), compositeur du futur hymne national et de nombreux opéras patriotiques, reste ainsi attaché à un classicisme italianisant. Ce paradoxe est encore plus visible dans la vie de Franz Liszt (1811-1886). De son vrai nom Ferenc Liszt, il passe l'essentiel de sa vie de pianiste puis de compositeur entre l’Allemagne et la France. Il travaillera certes à Budapest mais vers la fin de sa vie, après le compromis austro-hongrois. On lui reproche alors d’être trop “allemand”, alors même qu’il est l’auteur des fameuses Rhapsodies hongroises.
Modernisme et tradition au XXe siècle
L’avènement de la monarchie austro-hongroise fait de Budapest une métropole dynamique et orgueilleuse. Certains de ses artistes désirent se lancer dans de nouvelles aventures musicales à la suite de Schönberg et Debussy. Béla Bartók (1881-1945) sera de ceux-là. Paradoxalement, il réalisera ses travaux les plus audacieux après la défaite austro-hongroise de 1918. En attendant, avec son ami Zoltán Kodály (1882-1967), il entreprend une étude systématique du folklore dans les villages. Ils entendent prouver que cette tradition hongroise se distingue de la musique tzigane à laquelle Listz, entre autres, l’assimilait. La virtuosité des musiciens tziganes avait effectivement fait d'eux les interprètes privilégiés de ce folklore auprès des élites dès le XVIIIe siècle. La tendance moderniste de Bartók inspirera un autre Hongrois, György Ligeti, l'un des grands noms de la musique contemporaine.
Budapest bop, Budapest pop…
A Budapest, on aime le jazz : il existe de nombreux cafés où l’on peut en entendre. Dans un genre moins intimiste, un festival de rock a lieu chaque année sur l'île d'Óbuda. La chanteuse de Venus vous initiera en douceur à la mystérieuse langue magyare : ne ratez pas la version de Hot Stuff (voir la B.O. de The Full Monty) en hongrois ! Republic, qui constituait à ses débuts vers 1991 l'équivalent hongrois de Téléphone ou de Trust, s'est depuis modernisé. La Hongrie, pays à l'âme mélancolique, ne pouvait qu'avoir ses groupes New-Wave : dans les années 1990, Bonanza Banzaï a suivi les traces de Depeche Mode, tandis que Agnus Dei approfondissait le sillon gothique des Sisters of Mercy. Plus récemment sont apparus des DJ techno et des groupes drum 'n' bass tels que Neo, auteurs d'un morceau opportunément intitulé Budapest Underground.
Architecture
En bref
Un héritage qui n'est que partiellement préservé • Des influences diverses • La recherche sans cesse recommencée d'un style national
Budapest ayant subi des destructions énormes lors de sa reprise sur les Turcs en 1686, puis quand les Russes l'ont enlevée aux Allemands en 1945, on n'y voit rien ou presque qui date du Moyen Age. Sur la colline du château subsistent les ruines d'édifices religieux et un reste du palais gothique de Sigismond de Luxembourg (XVe siècle). Enfin, certaines parties de l'église Mathias sont d'époque. De la période turque, il ne reste à Budapest que quelques pans de muraille et les hammams, dont les bains Király.
Le style baroque, tout en bulbes, stucs et dorures, survit surtout dans le quartier du château. Importé par les Habsbourg, ses apôtres furent souvent des Italiens, des Autrichiens ou des Allemands. Le palais de Marie-Thérèse et les maisons nobles, déjà d'esprit rococo, offrent un aspect plus sobre que les églises. Une véritable austérité s'imposera après 1800 : le néo-classicisme d'un Mihály Pollack rappelle le style georgien en vogue au Royaume-Uni. C'est un ingénieur britannique, Adam Clark qui donnera corps aux ambitions économiques et techniques des budapestois avec le pont des Chaînes.
Après 1867, comme à Vienne à la même époque, on construit en néo-gothique, en néoplasique ou encore… en néobaroque ! Cependant, à Budapest, l'historicisme exprime moins la vanité de la bourgeoisie montante que l'exaltation de l'esprit national. Il reste donc lié au romantisme architectural dont Miklós Ybl a montré la voie au milieu du siècle. Frigyes Schulek se fait une spécialité de "restaurer" d'anciens édifices, non sans en rajouter dans le monumental. Les immeubles sont massifs, les hôtels et les bains ont l'apparence de palais des mille et une nuits. Les préoccupations nationales se retrouvent même dans les édifices Art nouveau d’Ödön Lechner.
Durant les années Horthy, les tenants du modernisme, inspirés par le Bauhaus et les partisans d'une architecture plus traditionnelle s’affrontent. Ce schéma se perpétue durant la période communiste, qui voit aussi naître de nombreux immeubles HLM à la périphérie de la ville. La construction de l'hôtel Hilton de Buda, en 1976, annonce peut-être déjà une ère nouvelle mais c'est en se frottant au passé que son architecte, Béla Pintér, innove. De même, l'architecture organique à la mode aujourd'hui affirme rompre avec la grammaire des styles en resteant chargée de références culturelles.
Le who's who des architectes hongrois
Mihály Pollack : le maître d'œuvre du néo-clacissisme hongrois au début du XIXe siècle.
Miklós Ybl : avec Frigyes Schulek, l'un des chefs de file de la vague “néo” d'après le compromis de 1867.
Ödön Lechner : il a prouvé aux adversaires de l'Art nouveau (1900) que l'on pouvait être à la fois moderne et “national”.
Farkas Molnár : lié au Bauhaus, il a imaginé en 1925 la ville modulaire et anticapitaliste KURI… Konstructive, Utiltär, Rationell, International !
Un style, un monument
Baroque (1740) : l'église paroissiale Sainte-Anne (Szent Anna Templom, ), dans le quartier de Víziváros à Buda.
Néo-clacissisme (vers 1840) : le Musée national , à Pest.
Historicisme (1851-1906) : la basilique Saint-Etienne , néo-Renaissance… à moins que vous ne préfériez le Parlement (1885-1904), néo-gothique.
Art nouveau (1900) : la Caisse d'épargne de la Poste, à Pest.
