Budapest
Histoire
En bref
Une ancienne cité romaine devenue la capitale des Magyars • Une nation souvent confrontée aux occupations étrangère, des libérateurs envahissants • L'indépendance retrouvée dans un cadre géographique réduit
Une cité romaine florissante
L'emplacement de Budapest correspond à celui d'une cité romaine, Aquincum. Ce nom dérive de celui qu'avait donné au site la tribu celte des Evarisques, Ak-Ink, signifiant "eaux abondantes". Le premier camp romain date de l'an 20 de notre ère, il devient permanent en 89. Le Danube faisant un coude au nord de Budapest, Aquincum garde la frontière orientale de l'Empire.
Les dernières avancées romaines, au tournant du IIe siècle, font d’Aquincum une cité à part entière et le premier gouverneur de la province de Pannonie inférieure, le futur empereur Hadrien, s'y installe. Les vestiges de la cité sont aujourd'hui visibles à Óbuda.
Au IVe siècle, les Romains reculent. Aquincum déserté, la plaine hongroise devient pour des siècles un lieu de passage où divers peuples s'affrontent, coexistent, disparaissent. C'est depuis la Hongrie qu'Attila, roi des Huns, dirige son empire jusqu'à sa mort en 453.
Les Magyars
Les Hongrois, contrairement aux Russes, aux Polonais, aux Tchèques, ne sont pas des Slaves. Leur langue se rattache au groupe finno-ougrien. Ils sont les héritiers de ces Magyars venus des steppes qui, en 895, franchirent les Carpates pour envahir la plaine hongroise. Encore aujourd'hui, le nom hongrois du pays est Magyarország.
Au début du Xe siècle, les cavaliers hongrois sont au moins aussi redoutés en Europe que les Vikings. On n'a guère de mal à s'en convaincre au vu des farouches guerriers dont les statues, érigées mille ans plus tard, caracolent sur la place des Héros à Budapest. Les chefs légendaires Árpad et Kurszán, s'installent aux abords de l'ancienne cité romaine d'Aquincum.
Naissance du royaume de Hongrie
La dynastie fondée par Árpad, les Arpadiens, règne sur un territoire qui excède largement celui de la Hongrie d'aujourd'hui. Il comprend en effet une bonne partie du massif montagneux des Carpates. L'actuelle Slovaquie, peuplée surtout de Slaves, et la Transylvanie, aujourd'hui roumaine, se trouvent sous leur domination.
Les Magyars doivent compter avec la proximité de deux puissants empires. S’ils nouent de bonnes relations avec les Byzantins, c'est vers le Saint-Empire, à dominante allemande, qu'ils se tournent afin de se faire une place au sein de la Chrétienté occidentale. Ce choix vaut au prince Etienne, qui poursuit (vigoureusement) la christianisation de son peuple, d'être reconnu roi de Hongrie par le pape et l'empereur germanique.
Le futur saint Etienne est couronné en l'an 1001 à Esztergom. Le siège de sa cour est Székesfehérvár. Ce n'est qu'en 1189 que les Arpadiens se fixent finalement à Óbuda. Puis, suite à la brève mais terrible invasion mongole de 1241, Béla IV déménage vers la colline de Buda où se dressera désormais le château royal.
L'âge d'or d'un pays menacé
La lignée des Árpad s'éteint en 1301. Plusieurs dynasties étrangères se succèdent alors sur le trône, surveillées de près par la noblesse hongroise car la couronne est en principe élective. On doit aux Angevins (1310-1382) et aux Luxembourg (1387-1437) les seules parties du château médiéval dont les vestiges soient encore visibles.
En 1458, pas moins de 40 000 nobles se réunissent à Buda pour élire roi Mathias Corvin, fils du voïvode de Transylvanie János Hunyadi. Sous son règne, le royaume de Hongrie va atteindre son apogée. A Buda, il fera construire un magnifique palais Renaissance et fondera la fameuse bibliothèque Corvina.
Mathias Corvin meurt en 1490 sans avoir pu écarter durablement la menace que représente la progression des Turcs ottomans à travers les Balkans depuis la fin du XIVe siècle.
La période turque
La terrible défaite de Mohács face aux Turcs sonne le glas de la Hongrie indépendante. Le jeune roi Louis II, de la famille polonaise des Jagellon, est tué dans la bataille. Les querelles politiques qui ont favorisé le désastre ne font que s'accroître : la petite noblesse élit roi János Szapolyai, tandis que la haute noblesse choisit Ferdinand de Habsbourg. Ferdinand est le beau-frère du défunt roi. Il est surtout le frère de l'empereur Charles Quint.
Le sultan Soliman le Magnifique s'empare de Pest et de Buda, qui passeront définitivement sous administration ottomane en 1541. La Hongrie est coupée en trois : le pachalik de Buda, la principauté chrétienne autonome de Transylvanie, vassale des Turcs, et les territoires contrôlés par les Habsbourg au nord.
Budapest conserve peu de vestiges de la période ottomane, en dehors de rares établissements thermaux tels les bains Király.
Quel dommage qu'ils ne se soient pas rencontrés !
Le règne de Mathias Corvin (1458-1490) marque l'apogée du royaume de Hongrie. Le sultan Soliman le Magnifique (1520-1566) causera son effondrement. Champions musclés de deux religions concurrentes, l'un et l'autre constituent de remarquables exemples de princes de la Renaissance, aussi bon diplomates que chefs militaires.
La Hongrie a de puissants voisins : le royaume de Bohême (capitale Prague) et l'Autriche. La Bohême s'est convertie au hussitisme, sorte de protestantisme avant la lettre. Mathias ne paraît guère s'en soucier puisqu'il épouse la fille du roi Georges Podiebrady. Dès la mort de celle-ci, en 1465, il prend la tête d'une "croisade" et envahit la moitié de la Bohême ! Les Habsbourg, ducs d'Autriche, sont à la tête du Saint-Empire ? Que cela ne tienne ! Il humilie Frédéric III, allant jusqu'à prendre Vienne où il mourra de sa belle mort.
Soliman est très patient. En 1526, au lieu d'occuper toute la Hongrie, il soutient János Szapolyai contre Ferdinand de Habsbourg. Szapolayai meurt en 1540. Son héritier ? Un nouveau-né, János II. Le 29 août 1541, quinze ans jour pour jour après Mohács, l'armée ottomane vient de sauver les partisans des Szapolyai encerclés dans Buda. "Il reste encore la soupe noire à boire", aurait déclaré Soliman en invitant sous sa tente ses alliés chrétiens. Le café turc est amer. Le sultan les fait arrêter, place l'enfant roi sous tutelle. Ainsi naît le pachalik de Buda.
Soliman est appelé en Turquie kanuni, le Législateur. Mathias, en Hongrie, a modernisé l'Etat. Le premier fut un grand bâtisseur et le second introduisit l'art italien dans son pays. Gageons cependant que si la chronologie leur avait permis de se rencontrer le résultat aurait été… explosif !
La Hongrie dans l'empire des Habsbourg
En 1686, Buda et Pest sont reprises aux Ottomans par les Habsbourg et leurs alliés. Victorieux, les Autrichiens ne tardent pas à bafouer les "libertés traditionnelles de la nation hongroise", sans parler de ses intérêts économiques. Un soulèvement national conduit par le prince de Transylvanie Ferenc Rákóczi, de 1704 à 1711, échoue. Au milieu du XVIIIe siècle, la situation s'améliore, mais la centralisation croissante de l'empire attisera de nouveau le mécontentement.
L'échec de la guerre d'indépendance
Dans la première moitié du XIXe siècle, la Hongrie est un pays agricole dont l'organisation sociale conserve des aspects presque médiévaux. Quelques aristocrates éclairés tentent d'œuvrer à son développement. C'est le cas du comte Széchenyi, à l'origine de la construction du fameux pont des Chaînes entre Buda et Pest.
L'année 1848 restera dans l'histoire de l'Europe comme le printemps des peuples. Une nouvelle révolution éclate en France. Les Etats allemands restés sous influence autrichienne, puis l'Europe centrale s'embrasent à leur tour. L'insurrection hongroise, sous l'impulsion de Lajos Kossuth, se transforme en une véritable guerre d'indépendance qui dure jusqu'à l'été 1849. La citadelle construite en 1851 sur le mont Gellért pour surveiller la ville deviendra le symbole de la répression qui suit l'échec de la révolte.
La Monarchie austro-hongroise
La diplomatie accomplira finalement ce que la lutte armée n'avait pu obtenir. François-Joseph a besoin d'un soutien au sein de son empire. Le compromis austro-hongrois de 1867 crée une "double monarchie", avec un parlement à Budapest en plus de celui de Vienne. Le principal artisan de cet accord est le comte Gyula Andrássy, grand ami de l'impératrice Elisabeth, alias Sissi.
La conquête de l'autonomie politique aura pour conséquence à Budapest une véritable frénésie de construction. Le gigantesque Parlement et le monument du Millénaire en sont des exemples parmi d'autres. L'unification de Buda et Pest a été décidée en 1872 et a pris effet l'année suivante.
La création de l'Empire austro-hongrois s'avérera un cadeau empoisonné pour les Magyars . Les peuples de la partie de l'empire dépendant de Budapest les haïssent. Quand l'Autriche et l'Allemagne entrent en guerre contre la Russie et ses alliés en 1914, la Hongrie ne peut que suivre.
Les années Horthy et la seconde guerre mondiale
La première guerre mondiale entraîne la fin de l'Empire des Habsbourg. La Hongrie devient indépendante mais c'est, sur le moment, une piètre consolation : le traité de Trianon l’ampute en effet de ses territoires carpatiques au profit de la Tchécoslovaquie ou encore de la Roumanie.
Le communiste Béla Kun profite de la confusion qui règne dans le pays pour prendre le pouvoir. Sa "république des Conseils" sera éphémère. En novembre 1919, une armée contre-révolutionnaire entre dans Budapest. C'est ainsi que la Hongrie, pays dénué d'accès à la mer, sera désormais dirigée… par un amiral ! L'amiral Horthy prend le titre de "régent". Il n'a en fait aucune intention d'autoriser le retour du roi Charles, dernier des Habsbourg.
Quoique favorable à l'Allemagne hitlérienne, Horthy évite d'engager son pays dans la seconde guerre mondiale jusqu'à l'ouverture du front russe en 1941. En mars 1944, l'armée allemande entre en Hongrie. Horthy est arrêté et le gouvernement néo-nazi des Croix fléchées aide les Allemands à mettre en œuvre la déportation des Juifs hongrois.
L'ère communiste et l'avènement la démocratie
La prise de Budapest par l'Armée rouge transforme, une fois de plus, la ville en un tas de ruines. Le monument de la Libération, sur le mont Gellért, commémore cet événement ambigu : ambigu parce que des troupes hongroises ont combattu aux côtés des Allemands en Russie, mais aussi parce que Staline ne reculera devant rien pour porter au pouvoir le parti communiste. C'est chose faite en 1949.
Le régime en place a été imposé aux Hongrois de l'extérieur : cette idée est au cœur de l'insurrection de 1956 à Budapest. L'image du drapeau hongrois troué en son centre, là où était cousu l'emblème de la "démocratie populaire", fait le tour du monde. Les chars russes entrent dans Budapest. Les insurgés résistent les armes à la main. Ils sont écrasés. Imre Nagy, communiste réformateur, sera enlevé par les Soviétiques et exécuté deux ans plus tard.
Le nouveau dirigeant choisi par Moscou est János Kádár. Il n'est pas dépourvu de charisme, voire d'humour et l’on qualifiera la Hongrie des années Kádár de "baraquement le plus joyeux de la caserne socialiste".
Le pays restera sous le contrôle de Moscou jusqu’aux manifestations de 1988. Kádár écarté au début de 1989, les réformateurs ont le champ libre. Le gouvernement hongrois décrète au printemps l'ouverture de la frontière avec l'Autriche. Cette décision déclenche le processus qui mènera à la chute du mur de Berlin en novembre. Entre ces deux événements, le parti communiste de Hongrie a renoncé à son monopole sur le pouvoir. L'actuelle République hongroise est fondée le 23 octobre 1989, jour anniversaire de l'insurrection de Budapest.
Dates clés
896 : arrivée des Magyars en Hongrie.
1001 : couronnement de saint Etienne.
De 1541 à 1686 : Buda et Pest sous le joug turc.
1849 : échec de la révolte contre les Habsbourg.
1873 : Budapest unifié, capitale d'un Empire austro-hongrois.
1956 : insurrection de Budapest.
1989 : fin du régime communiste.
