Guide Voyage Espagne - KARAVEL
 

Espagne

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Peinture

En bref

L’âge d’Or de la peinture espagnole (XVIe siècle-milieu du XVIIe siècle) • Goya, un artiste impliqué • Picasso, génie du XXe siècle

L’âge d’Or

Né en Crète en 1541, Le Greco est le représentant le plus illustre du maniérisme espagnol. Il travaille à Venise dans l’atelier de Titien avant de venir s’installer à Tolède, où il réalise l’essentiel de son œuvre. Son travail est caractérisé par des silhouettes allongées à l’extrême et l’emploi de couleurs très contrastées. Ses thèmes puisent dans l’univers religieux du Moyen Age espagnol. Son tableau le plus célèbre, L‘enterrement du comte d’Orgaz (1586) est exposée dans l’église Santo Tomé de Tolède.

Nommé par Philippe IV peintre de la cour, Velasquez est l’artiste espagnol le plus connu du XVIIe siècle. Sa technique est parfaite : utilisation de repoussoirs pour créer de la profondeur de champ, compositions souples et pleines de vie, portraits d’un naturalisme poignant. Son tableau Les menines, qui représente l’infante Marguerite entourée de sa cour, a suscité d'innombrables commentaires.

Goya, le tourmenté

Francisco de Goya s’inscrit dans la lignée des peintres engagés qui apparaissent au XVIIIe siècle. Dans La famille de Charles IV, œuvre de commande de la cour, le peintre évoque la famille royale avec un réalisme qui confine à la satire. L’occupation napoléonienne lui inspire un tableau célèbre Les fusillades du 3 mai 1808 (1814). Il travaillera aussi beaucoup sur le thème de l’Inquisition et des horreurs qui en découlèrent. Atteint de surdité, Goya évoluera à la fin de sa vie vers des œuvres plus tourmentées, appelées “peintures noires”. Ces visions cauchemardesques se distinguent par un tracé flou et contrasté, avec des touches au couteau, qui préfigure l’impressionnisme. Ses toiles sont exposées pour l’essentiel au musée du Prado.

Le XXe siècle

C’est en Andalousie qu’est né le peintre le plus connu de l’histoire moderne : Pablo Picasso. Elève aux Beaux-Arts de Barcelone, il part à Paris (période bleue et rose) puis, avec Georges Braque, il invente le cubisme, une forme d’expression qui fractionne le dessin en angles de vue et en techniques picturales variées. Les demoiselles d’Avignon (1906-07) est l’un des tableaux phare de cette période. Artiste protéiforme, obsédé par le renouvellement de son art, il adoptera par la suite d’autres styles : surréalistes, néo-classiques ou expressionnistes (Guernica, 1937). Comme il le disait lui-même : “La peinture est plus forte que moi, elle me fait faire ce qu’elle veut.”

Figure de proue de l’art catalan et du surréalisme, Joan Miró développe un style abstrait plein de poésie, de liberté et de fantaisie. On découvre une bonne partie de ses œuvres à la fondation qui porte son nom, à Barcelone. Surréaliste aussi, avant de ne faire que du “Dalí”, Salvador Dalí est aussi catalan. Ses tableaux empreints d’un onirisme ouvertement sexuel sont reconnaissables entre mille.

Six œuvres emblématiques

Les funérailles du comte d’Orgaz, El Greco, 1586 (église Santo Tomé, Tolède, Castille-La Manche).

La Virgen de las Cuevas, Zurbarán, 1630 (Musée des Beaux-Arts, Séville).

Les menines, Velàzquez, 1656 (musée du Prado, Madrid).

La Maja desnuda, Francisco Goya, 1805 env. (Musée du Prado, Madrid).

Guernica, Pablo Picasso, 1937 (Centre d’art de la Reine Sophie, Madrid).

La femme et l’oiseau dans la nuit, Joan Miró, 1945, (Fundació Joan Miró).

Musique

En bref

A ses débuts, une musique d’inspiration religieuse • Le XXe siècle riche pour la musique classique • La voix de velours de Julio Iglesias

A ses débuts, la musique espagnole est d’inspiration religieuse. Elle se développe durant la Reconquista comme une défense de l’identité espagnole et un support religieux bien utile en ces temps troublés. Les chants polyphoniques en constituent la principale manifestation. Les siècles se passent et voient l’apparition des instruments : le luth puis la guitare pour la musique profane, l’orgue pour la musique religieuse. L’orgue connaît d’ailleurs un développement fulgurant durant les années de la Contre-réforme sous le règne des Habsbourg. La zarzuela, un mélange typiquement espagnol, fait son apparition au milieu du XVIIe siècle : sorte de comédie musicale, elle mélange dialogues parlés, opérette et chorégraphie.

Le classique et l’opéra

Le XIXe et le XXe siècles sont musicalement riches. La vague espagnole musicale traverse les frontières : Bizet compose Carmen, le Bolero inspire Ravel. Manuel de Falla reprend des thèmes folkloriques pour les adapter en classique (Les nuits dans un jardin d’Espagne). Le sentiment national et le folklore nourrissent un courant classique en verve (Albeniz, Granados). Joaquin Rodrigo signe le Concierto de Aranjuez en pensant à la ville de repos des rois espagnols. Dans un autre registre, l’opéra n’est pas en reste puisque l’Espagne possède un grand nombre de voix inoubliables : Montserrat Caballé et Teresa Berganza, Placido Domingo et José Carreras entre autres.

La musique populaire

Durant les années du franquisme, la musique populaire est surveillée de près. Les chanteurs-compositeurs ne peuvent pas s’exprimer ouvertement, certains sont pourchassés. Parmi ceux-ci, on retiendra Paco Ibanez dont la mise en musique des grands poètes espagnols (notamment Machado et Garcia-Marques) est une réussite. Enfin dans la catégorie chanteur de charme, on ne saurait ignorer Julio Iglesias dont la voix chaude lui a permis de vendre des albums par millions dans le monde entier (étonnant Vous les femmes).

Architecture

En bref

Grâce aux invasions, l’Espagne constitue un mille-feuille architectural • L’exubérance du baroque freinée par le néo-classicisme • Les modernistes catalans célèbrent l’inattendu

L’Empire romain

De l’Antiquité subsistent quelques vestiges romains, principalement à Taragone, qui servait de capitale provinciale à l’Empire. On peut encore y voir les ruines d’un amphithéâtre, où combattaient les gladiateurs, d’un prétoire et d’un cirque qui accueillait les courses de char. Les Wisigoths, qui se convertirent au christianisme, bâtirent des églises de taille modeste, caractérisées par leurs arcades en forme de fer à cheval. Ils s’illustrèrent surtout dans le domaine de l’orfèvrerie.

L’architecture hispano-mauresque

L’invasion maure donne naissance à un style qui offre au pays plusieurs chefs-d’œuvre. La mosquée de Cordoue, bâtie entre le VIIIe et le Xe siècle, est l’un des monuments les plus connus, avec ses innombrables colonnes de marbre qui soutiennent des arcs doubles aux stries rouges et blanches. L’Alhambra de Grenade marque le couronnement de l’art nasride, aux XIVe et XVe siècles. Ce palais forteresse se caractérise par l’extrême finesse de son ornementation qui fait grand usage de stuc, de céramiques et de bois sculpté sur les murs.

La reconquista

Pendant la reconquête, ceux d’entre les musulmans qui sont passés sous l’autorité chrétienne continuent de développer un art qui leur est propre, appelé mozarabe. Dans le même temps, l’art roman espagnol trouve sa plus belle réalisation à Compostelle avec la cathédrale Saint-Jacques. Commencée au XIe siècle, elle est consacrée en 1211 et s’est vue adjoindre des parties gothiques, baroques et néo-classiques au long des siècles.

L’art gothique, avec ses arcs brisés et sa quête de verticalité, ne s’impose en Espagne que tardivement. La cathédrale de Burgos, dont la construction débute en 1221, en constitue un des plus beaux fleurons, avec des vitraux d’une remarquable finesse et une riche statuaire. D’autres cathédrales se dressent à Léon et à Tolède. L’autel de la cathédrale de Tolède est l’une des plus belles pièces du gothique flamboyant.

Le plateresque

Sous Charles Quint, le gothique flamboyant débouche sur l’art plateresque, reconnaissable à la finesse de son décor, qui évoque l’orfèvrerie. Le but est de couvrir les façades d’une profusion de dentelles, de médaillons, de corniches et autres grotesques. On en trouve les plus beaux exemples à Salamanque, notamment sur la façade de l’université.

Le baroque

L’art baroque séduit l’Espagne dès le milieu du XVIIe siècle et trouve son apogée au XVIIIe lorsque certains architectes se laissent aller à la démesure et à l’excès. Ainsi, le baroque flamboyant est dominé par la personnalité de José de Churriguera (aidé de ses frères Joaquin et Alberto) qui couvre jusqu’à l’exubérance ses œuvres de coquillages, de colonnes torses et de guirlandes à tel point que l’on parlera de style churrigueresque. On lui doit, entre autres, le retable de la Cathédrale de Ségovie (1684-1690).

Le néo-classique

Sous les Bourbon, le baroque va céder la place au néo-classique qui marque le retour des frontons, des portiques et des coupoles dans la pure tradition antique. Juan de Villanueva est l’architecte le plus en vue. Il conçoit la façade de l’hôtel de ville de Madrid ainsi que le musée du Prado.

L’Art nouveau

Au tournant du siècle dernier, dans le sillage de l’Art nouveau, naît le modernisme à Barcelone. Ses inventeurs, Antoni Gaudi, Lluis Domenech I Montaner et Josep Puig I Cadafalch, pour ne citer que les plus connus, emploient de nouveaux matériaux, la ferronnerie notamment, pour donner naissance à des bâtiments ondulants, fantaisistes et profondément créatifs. A Barcelone, on visitera plus particulièrement la Casa Mila, le parc Guell, sans oublier bien sûr la Sagrada Familia, cette immense cathédrale qui n'est toujours pas achevée.

Un style, un monument

Romain (16-15 av. JC) : théâtre de Mérida (Estrémadure).

Hispano-mauresque (VIIIe-Xe siècle ap. JC) : Mezquita de Cordoue (Andalousie).

Mudéjar (XIIIe-XIVe siècles)  : cathédrale de Teruel (Aragon).

Gothique (XIIIe-XVe siècles)  : cathédrale de Burgos (Castille-Léon).

Plateresque (1534) : façade de l’Université de Salamanque (Castille-Léon).

Churrigueresque (1728)  : Plaza Mayor à Salamanque (Castille-Léon).

Néo-classique (1769-1778) : Puerta de Alcala, à Madrid.

Moderniste (1905-1907) : Casa Battló à Barcelone (Catalogne).

Le who’s who des architectes

Leonardo de Figueroa (début du XVIIIe siècle) : principal représentant du style baroque churrigueresque, il construit le Palais de San Telmo, l’église du Salvador et l’église Saint-Louis des Français à Séville.

Juan de Villanueva (1739-1811) : architecte en chef des Palais Royaux, il marque le grand retour du néo-classique face au baroque finissant. On lui doit plusieurs édifices de l’Escorial et le Prado.

Antoni Gaudí (1852-1926) : il a la chance de rencontrer Eusebi Güell, un comte qui voit en lui l’unique architecte capable, par son génie et son originalité, de le distinguer des autres bourgeois lancés dans une course effrénée à la plus belle demeure. Il reste le concepteur de la monumentale Sagrada familia

Ricardo Bofill (1939) : architecte catalan de renommée internationale et de réputation “néo-classique pur et dur”, il imagine l’aéroport d’El Prat de Llobregat, l’Institut dels esports, le Teatre nacional de Catalunya… Et s’engage à voir, un jour, la Diagonal déboucher sur la mer.

Rafael Moneo : l’un des grands architectes espagnols contemporains. A Séville, on lui doit l’édifice de Prevision Española juste derrière la Torre del Oro et l’aéroport construit pour l’Exposition Universelle de 1992.

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