Guide Voyage Espagne - KARAVEL
 

Espagne

Repères

Histoire

En bref

Une succession d’envahisseurs jusqu’au XVe siècle de notre ère • Deux grandes dynasties régnantes : les Habsbourg et les Bourbons • Un XXe siècle mouvementé qui débouche sur la victoire de la démocratie

Des Ibères, des Tartessiens, des Phéniciens et des Celtes

Les premiers habitants connus sont les Ibères, installés sur la côte Sud. Puis arrivent les Tartessiens, au IIe millénaire av. JC, qui exploitent le bronze. Les Phéniciens, premiers grands navigateurs et commerçants, installent des comptoirs en Andalousie pour exploiter les ressources en minerai que le pays offre. Ils introduisent l’écriture en Espagne. Plus tard, les Celtes, originaires d’Europe centrale, arrivent par le nord, au VIIIe siècle avant JC. Ils se mêlent à la population, donnant naissance à la civilisation celtibère, qui s’étend de l’Andalousie à la Catalogne.

La domination carthaginoise puis la Pax Romana

Soumis à la concurrence des Tartessiens, les Phéniciens appellent les Carthaginois à la rescousse. Ils prennent le contrôle des comptoirs phéniciens et grecs, puis étendent peu à peu leur domination. Le général Hamilcar Barca fonde la ville de Barcelone. Mais la puissance de Carthage s’oppose au développement de l’Empire romain qui cherche à s’accaparer le contrôle de la Méditerranée occidentale. La conquête de Sagon par les troupes de Carthage déclenche la deuxième guerre punique (264-241 av. JC). Rome sort victorieuse du conflit. L’Espagne est romanisée, non sans se rebeller, notamment en Lusitanie, la province qui comprend l’actuel Portugal. La Pax Romana permettra l’essor des routes, des techniques d’irrigation, de la vigne et du blé. C’est également à cette période que le christianisme commence à s’implanter.

Les invasions barbares

Profitant du déclin de l’empire romain, au Ve siècle, les tribus germaniques des Suèves et des Vandales envahissent le pays. Elles seront délogées par les Wisigoths, qui vont fonder une monarchie puissante. En 484, leur royaume couvre la moitié de l’Espagne située au nord du Tage et la moitié de la France au sud de la Loire. Avec l’arrivée de Clovis en Gaule, les Wisigoths se replient en Espagne. En 555, Tolède devient la brillante capitale du royaume.

La civilisation hispano-mauresque

En 711, les Maures franchissent le détroit de Gibralta et s’emparent de Tolède. Le pays tombe sous la coupe du calife de Damas. Les Maures occuperont toute la péninsule, à l’exception de la Galice et des Asturies. Une civilisation hispano-mauresque extrêmement raffinée et féconde se développe, notamment à Cordoue. Les Maures permettent aux chrétiens, appelés Mozarabes, de pratiquer leur religion en échange d’un tribut. La cohabitation entre les deux cultures va donner naissance à un art syncrétique de toute beauté, l’art mudéjar. La mort d’Al-Mansour (calife de Cordoue) entraîne le morcellement du califat en une vingtaine de royaumes indépendants, les taifas.

La Reconquista

La Reconquête de l’Espagne (Reconquista) par les Chrétiens va durer de 722 (victoire de Pelage qui stoppe la progression maure à Covadonga, dans les Asturies) à 1492 avec la chute de Grenade. Elle prend les accents d’une guerre sainte. En 813, un ermite a la révélation de l’emplacement de la tombe de Saint Jacques, l’un des douze apôtres du Christ et évangélisateur de l’Espagne. Une cathédrale est dressée au-dessus de la sépulture, au lieu-dit de Compostelle. C’est le début des premiers pèlerinages. En 1094, le Cid Campeador s’empare de Valence. Les rois des taifas font appel aux Almoravides, la dynastie régnante au Maroc, pour freiner la reconquête. Les Almoravides contrôleront un temps l’Andalousie. En 1262, après la prise de Cadix, la présence musulmane se trouve réduite au royaume de Grenade. En 1469, Ferdinand d’Aragon épouse Isabelle de Castille. Cette union réunit les deux principaux royaumes chrétiens. En 1492, Grenade est prise, mettant fin à 700 ans de domination maure.

Le partage du monde et l’Inquisition

La même année, Christophe Colomb atteint le Nouveau Monde. En 1494, le traité de Tordesillas instaure un partage du monde entre Portugais et Espagnols de part et d’autre d’une ligne de démarcation à l’ouest des îles du Cap Vert. Toutes les terres découvertes à l’ouest reviennent à l’Espagne, toutes celles à l’est au Portugal. Pour renforcer l’unité toute neuve du pays, les Rois catholiques mettent en place une Inquisition très violente. Plus de 100 000 Juifs sont contraints de fuir l’Espagne. Ils trouvent refuge principalement en Afrique du Nord. Par le jeu des alliances, l’Espagne va devenir l’un des plus puissants royaumes ayant jamais vu le jour en Europe. La fille de Ferdinand et d’Isabelle, Jeanne la folle, épouse Philippe le Beau, héritier de la dynastie autrichienne des Habsbourg.

L’espagne de Charles Quint

Leur fils Charles Ier se retrouve à la tête d’un empire qui inclut : les royaumes de Castille et d’Aragon (l’actuelle Espagne), les Pays Bas, l’actuelle Franche Comté, l’Autriche et ses possessions (régions de Silésie, de Bohême et de Moravie, le Milanais, les Royaumes de Naples et de Sicile), sans oublier toutes les colonies du Nouveau Monde. Mais entre ses terres espagnoles et autrichiennes se dresse la France de François Ier. Le souverain français, fasciné par la Renaissance italienne, va mener plusieurs expéditions de l'autre côté des Alpes, qui finissent par menacer les intérêts de Charles Quint. En 1525, ses troupes remportent une victoire décisive à Pavie. François Ier est fait prisonnier et emmené à Madrid. Il est libéré contre la promesse d'abandonner toutes ses prétentions dans la péninsule transalpine (traité de Madrid, 1526). Charles Quint va aussi contribuer à l'expansion des colonies : il finance le tour du monde du portugais Magellan en 1520. Avec la Réforme en Allemagne se profilent les guerres de religion qui vont ensanglanter l’Europe. Après avoir cherché à soumettre les protestants, Charles Quint cherche la voix du compromis : c’est la paix d’Augsbourg. Il laisse les rênes du pouvoir à son fils Philippe II en 1556 pour se retirer jusqu’à sa mort dans un ermitage en Estrémadure.

Dislocation du royaume et âge d’Or artistique

Philippe II transfère la capitale du royaume à Madrid. Son règne est surtout marqué par sa volonté de renforcer le catholicisme. Il accentue la répression contre les Juifs et les Maures. Avec la victoire de Lepante contre les Turcs, en 1571, l’Espagne fait prévaloir son hégémonie sur le commerce maritime méditerranéen. Une hégémonie de courte durée. Pour punir les Anglais de leur soutien aux Pays-Bas protestants, Charles II envoie l’Invincible Armada aux larges des côtes britanniques. Celle-ci est coulée en 1588. A sa mort, il laisse un royaume affaibli par d’incessantes guerres et appauvri par des constructions somptueuses comme l’Escurial. Ses héritiers, Philippe III et Philippe IV, ne sauront empêcher la dislocation du royaume, même si l’on assiste à une période artistique florissante, l’âge d’Or, dominée par le talent de Velasquez. La Paix de Westphalie, en 1648, consacre l’indépendance des Pays bas. En 1659, la Paix des Pyrénées marque la fin des guerres contre la France. Philippe IV offre sa fille Marie-Thérèse en mariage à Louis XIV, alors âgé de 21 ans. Le fils de Philippe IV, Charles II, meurt sans descendant et l’Espagne est le théâtre d’une longue guerre de succession entre les Bourbons (descendants de Louis XIV) et les Habsbourg emmenés par l’archiduc d’Autriche.

Les Bourbons d’Espagne, l’occupation napoléonienne

Les Bourbons finissent par l’emporter. En 1759, Charles III monte sur le trône. Son règne sera qualifié de “despotisme éclairé”. S’il renforce la primauté de la monarchie, il s’engage aussi dans une série de réformes économiques inspirées du Colbertisme. Des académies sont créées pour favoriser l’essor des sciences et des techniques. L’Espagne profite également du commerce produit par son empire colonial. Charles IV, qui accède au trône en 1788, ouvre un règne marqué par l’instabilité des relations avec la France révolutionnaire puis napoléonienne. Exploitant la mésentente entre Charles IV et son fils Ferdinand, Napoléon installe son frère Joseph sur le trône en 1808. En mai de la même année, des insurrections à Madrid sont réprimées dans le sang par Murat, inspirant à Goya deux de ses toiles les plus célèbres (les Dos et Tres de Mayo). L’Espagne mène alors une guerre d’indépendance contre les Français. En 1814, Napoléon, miné par les incessantes guerres des insurgés espagnols, qui bénéficient de l’appui des Anglais, est contraint d’abdiquer. La couronne espagnole revient aux mains des Bourbons. Ferdinand VII monte sur le trône. Sous son règne, l’Espagne perd une grande partie de son empire colonial (Argentine, Colombie, Mexique). Souverain absolutiste, Ferdinand VII est en butte avec les courants libéraux qui se manifestent. Il refuse notamment d’adopter la constitution de Cadix, d’inspiration libérale, qui avait été rédigée en 1812.

Les guerres carlistes

Le conflit entre conservateurs et libéraux va perdurer tout au long des guerres carlistes. Celles-ci opposent Don Carlos, frère de Ferdinand VII, et Isabelle, la fille de Ferdinand VII, qui fait alliance avec les libéraux pour gagner le trône. La première guerre carliste est remportée par les partisans d’Isabelle. En 1835, les biens religieux sont confisqués. La deuxième guerre carliste offre à nouveau le trône à Isabelle dont le règne est interrompu en 1868 par le Général Prim, qui met en place une monarchie constitutionnelle. Enfin, la troisième guerre carliste se conclut par la proclamation de la République en 1873. Une république éphémère puisque la monarchie sera restaurée dès 1874. En 1898, l’Espagne entre en guerre contre les Etats-Unis qui soutiennent la rébellion à Cuba, aux Philippines et à Porto Rico. La défaite espagnole marquera le glas d’un empire colonial qui a duré 400 ans. A l’issue de ces nombreux va-et-vient, Alphonse XIII monte sur le trône ; il est alors âgé de 16 ans.

Vers la IIe république

Au début du siècle, certaines régions d’Espagne, la Catalogne en tête, profitent à plein de la révolution industrielle, mais le pays dans son ensemble reste agricole. Les modernistes, guidés par le génie de Gaudi, dotent Barcelone de quelques-uns de ses bâtiments les plus célèbres, comme la casa Mila. La couronne espagnole choisit la neutralité pendant la première guerre mondiale. Au cours des années 1920, les mouvements sociaux et politiques qui traversent l’Europe, qu’ils soient anarchistes ou socialistes, n’épargnent pas l’Espagne. En 1923, avec la bénédiction du roi Alphonse XIII, le général Primo de Rivera instaure la dictature. Lui succède un autre militaire, le général Berenguer. Les élections municipales d’avril 1931 voient les républicains l’emporter dans plusieurs provinces dont la Catalogne et le Pays Basque. La IIe République est proclamée et une constitution est rapidement promulguée. Les femmes obtiennent le droit de vote. Mais le gouvernement, mené par une coalition républicaine-socialiste, est fragilisé par les oppositions d’extrême droite (la Phalange, dirigée par le fil du général Prima de Rivera), des socialistes, des anarchistes et des autonomistes. Des mesures agraires comme l’expropriation des grands propriétaires terriens vont radicaliser le combat de la droite conservatrice.

La guerre civile

En 1936, la victoire du Front populaire aux élections entraîne une riposte de la droite et de ses alliés militaires. C’est le début de la guerre civile qui va durer trois ans. Basées au Maroc, les troupes de Franco traversent le détroit de Gibraltar en juillet 1937 et s’emparent de Tolède. L’armée franquiste est largement supérieure en nombre aux combattants républicains. Les provinces agricoles, comme l’Andalousie, la Castille ou la Galice, sont les premières à tomber aux mains des nationalistes. Très vite, le conflit va prendre une portée internationale. Les forces de l’Axe apportent leur soutien massif à Franco, notamment dans le domaine aérien. Le pilonnage de Guernica, un paisible village basque, par des bombardiers allemands reste l’un des épisodes les plus tragiques. Picasso en tirera un célèbre tableau. En moins de trois heures, le village fut entièrement rasé. De leur côté, les républicains reçoivent une aide de l’URSS (dispensée uniquement aux troupes communistes), ainsi que le soutien des Brigades Internationales. Un contingent hétéroclite, dont fait partie André Malraux, se rend en Espagne pour combattre aux côtés des républicains. Ceux-ci connaissent des dissensions entre socialistes, communistes et anarchistes. Les troupes de Franco gagnent du terrain. Barcelone, l’un des bastions de la résistance, est prise en mars 1939. La Catalogne paiera durement son soutien aux Républicains : elle sera privée d’autonomie jusqu’en 1977. Enfin, le 1er avril 1939, Franco pénètre en vainqueur dans Madrid. Au total, la guerre civile aura fait plus de 600 000 morts et aura contraint à l’exil 400 000 personnes, principalement vers la France.

La transition vers la démocratie

Une fois au pouvoir, Franco met en place une monarchie contrôlée par les militaires. Le pluralisme politique est aboli. Le Phalange devient le parti unique. Franco se proclame lui-même “régent à vie”. Pendant la deuxième guerre mondiale, l’Espagne, sortie exsangue de la Guerre civile, affiche sa neutralité. Franco va peu à peu enfoncer le pays dans un isolationnisme diplomatique. En 1969, il désigne à la tête du royaume le jeune Juan Carlos 1er, petit-fils d’Alphonse XIII. Lorsque Franco meurt, en 1975, le souverain s’oriente rapidement vers un régime démocratique.

L’Espagne moderne

En 1976, Adolfo Suarez est nommé chef du gouvernement. Une constitution, proclamée en 1978, donne à l’Espagne son visage moderne, celui d’une monarchie parlementaire qui accorde une large autonomie aux identités régionales. Des mesures comme l’abolition d’une peine de mort étroitement liée aux années noires du franquisme, la légalisation du divorce ou la liberté de la presse rattachent l’Espagne au train de l’Europe en marche. En 1986, sous l’impulsion du premier ministre socialiste Felipe Gonzalez, le pays adhère à la communauté européenne. En 1992, Barcelone accueille les Jeux Olympiques, l’occasion pour la Catalogne non seulement d’afficher son particularisme culturel mais aussi la vitalité de son économie.

Au tournant du siècle

La crise du début des années 1990 infléchit douloureusement la tendance. Le taux de chômage s’envole, atteignant des records en Europe. C’est encore aujourd’hui l’un des principaux maux du pays. Au début du nouveau millénaire, l’Espagne est une démocratie en pleine santé, qui affiche une des plus fortes croissances économiques d’Europe. Elle a été reçue dans la zone euro dès la première vague d’admission. Le chômage est en recul. Seul point noir au tableau : les troubles au Pays Basque.

Six dates-clés

711  : les Maures s’emparent de Tolède.

1492 : chute de Grenade. Fin de la Reconquista.

1516 : Charles de Habsbourg monte sur le trône d’Espagne.

1741 : fin de la guerre de succession. Les Bourbons montent sur le trône.

1936 : début de la guerre civile.

1975 : à la mort de Franco, Juan-Carlos Ier devient roi d’Espagne.

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