Guide Voyage Irlande - KARAVEL
 

Irlande

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Arts

Peinture 

En bref

Les enluminures du Moyen Age colorées • Les déconstructions du paysage et les portraits des contemporains • L’Irlande recèle un art pictural saisissant

Enluminures du Moyen Age

Dès le début du VIIe siècle se met en place une calligraphie typiquement irlandaise, qui se retrouve dans les différentes enluminures tout au long du Moyen Âge, dans les psautiers aujourd’hui célèbres. L’enluminure commence avec la copie, la première lettre de chaque psaume donnant lieu à des prouesses de dessin. Au VIIe siècle l’Irlande est véritablement un centre culturel de l’Europe. Au Trinity College de Dublin sont conservés les manuscrits médiévaux qui comptent parmi les plus anciens d’Europe : ainsi le Livre de Durrow, recueil d’évangiles sur vélin de veau, est le plus ancien, mais le Livre de Lindisfarne ou le très célèbre Livre de Kells (Book of Kells) sont plus grands et plus somptueux. On remarque dans ces enluminures ce mélange si irlandais de motifs celtes au cœur des récits bibliques…

Avant-gardistes irlandais

On trouve quelques tableaux de peintres irlandais de l’époque moderne à la Galerie Nationale d’Irlande, mais on préférera sans doute sauter directement dans le XIXe siècle et le début du XXe pour retrouver l’avant garde irlandaise, trop souvent occultée, qui recèle pourtant des talents certains : Roderick O’Connor et son Reclining Nude before a Mirror (1909) évoque le désir lascif que suscite le corps d’une femme dans la fin d’une après-midi ennuyeuse, The Cigarette (Galerie Nationale d’Irlande) de W. J. Leech, transpose le désespoir fin de siècle dans le regard perdu tout de noir vêtu d’une femme qui tient sa cigarette comme on s’accroche à l’espoir. Paul et Grace Henry, et leurs paysages de l’Ouest irlandais, May Guinness, Mary Swanzy, la liste est longue.

Les contemporains

On trouve dans ces peintures contemporaines le même souci de briser les frontières de la conscience qu’ont manifesté les grands écrivains irlandais du XXe siècle, Joyce bien sûr, mais aussi Beckett : chez Jack B. Yeats, frère du poète et fils du peintre John, dans Grief, un tableau où une foule colorée se répand sur la toile comme sortie de l’imaginaire du peintre, dans un style expressionniste romantique qui n’appartient qu’à lui. Chez Francis Bacon, irlandais et non anglais, et chez son ami Louis le Brocquy dans son Image of Samuel Beckett. Sans parler d’une peinture actuelle très dynamique qui s’expose, comme son aînée, à la Hugh Lane Municipal Gallery of Modern Art (Parnell square, Dublin).

6 œuvres emblématiques

The Book of Lindisfarne, anonyme, (725-750 ca).

The Book of Kells, anonyme, (800 ca), enluminures somptueuses.

Reclining Nude Before a Mirror, Roderick O’Connor (1909), sensualité celtique.

The cigarette, W.J. Leech, (non daté, env.1920 ), le spleen irlandais.

At Howth, Paul Henry (1918), paysage insulaire.

Image of Samuel Beckett, Louis le Brocquy (1995), imaginaire irlandais.

Musique

En bref

La musique érigée en art de vivre • Dans les rues, dans les pubs, dans les fêtes • Au-delà d’un folklore, une composante essentielle de l’Irlande

Les instruments

L’Irlande est célèbre pour sa musique, présente quotidiennement sur l’île. Le “son” irlandais est un mélange de tin wistle (petite flûte métallique), de fiddle (violon… qui se joue en tapant du pied et en souriant) et de Bodhran (tambour où le rythme s’emballe grâce à une petite pièce de bois qui se tient entre deux doigts avec laquelle on frappe la peau tendue du tambour).

Histoire

Avant le XVIIe siècle, on trouve peu de sources écrites car la transmission est essentiellement orale. La musique de tradition celte a toujours été un élément de résistance à l’Angleterre. Il faut attendre la fin du XVIIIe siècle pour voir publier un recueil des musiques irlandaises anciennes : la General collection of Ancient Irish Music (3 volumes. et de nombreuses éditions : 1797, 1809, 1840). Le XIXe siècle met en valeur ce patrimoine et les publications de partitions se multiplient. Le répertoire se politise de plus en plus.

Pop music

Les années 1960, portées par la vague folk en Europe et aux Etats-Unis, ont permis l’essor de groupes irlandais tournés vers une culture celtique : The Dubliners, The Chieftains ont ainsi connu un succès dépassant le cadre national. Les Corrs font leur succès sur le mélange du folk traditionnel et de la pop plus légère. Les groupes rock à proprement parler (U2 ou les Pogues) manifestent aussi, à leur manière, une ambition irlandaise et une forme de révolte par rapport au voisin britannique. Il n’y a qu’à écouter Sunday Bloody Sunday, un titre de U2, pour s’en convaincre. Sinnead O’Connor reprend avec sa voix très épurée la tradition de la balade irlandaise. Un groupe fait la synthèse de cette tradition irlandaise, tout en la dépassant, car il intègre des influences world, Kila, à écouter absolument.

Architecture

En bref

Une architecture faite de contrastes • Monastères du Moyen Age et villes georgiennes • Une modernité chaotique dans un univers singulier

Du Néolithique et de l’âge de bronze, il ne reste que quelques vestiges : des monuments funéraires ou des alignements de pierres, comme Newgrange (passage tombs ou tombes à couloir) ou Clady Halliday, Comté de Tyrone (court tombs).

Le Moyen Age

La période du Moyen Age est plus riche de quelques monastères, typiquement irlandais, avec leurs tours rondes, les grandes croix celtiques, les oratoires en pierres : les seuls conservés datent du IXe-Xe siècles, période où l’on commence à bâtir en pierres. Un bel exemple : l’église de St Macdara’s Island, dans le comté de Galway. Au XIIe siècle alors que l’art roman se répand en Europe, l’Irlande reste relativement conservatrice, seuls des bas-reliefs sculptés où se combinent des motifs indigènes (celtes) et continentaux, comme ceux de Nuns’ Church, Clonmanoise (env. 1167), évoquent la révolution romane. L’influence anglo-normande se fait sentir dans les siècles suivants : des cathédrales gothiques dont on trouve l’équivalent en Angleterre apparaissent. Ainsi Christ Church à Dublin dont l’ancienne beauté est masquée par ce qu’on a du mal à appeler une “restauration” de la fin du XIXe siècle.

Forteresses et mansions

Aux XVe-XVIIe siècles, le réseau de forteresses anglaises est encore partiellement visible, comme Trim Castle dans le comté de Meath. On observera aussi les “maisons tours” si originales, dont les fenêtres donnent toutes vers une cour intérieure avec, à chaque étage, des balcons : cette technique architecturale protégeait les habitants des attaques extérieures. A la fin du XVIIe siècle apparaissent les mansions, non fortifiées. L’architecture privilégie l’air et l’ouverture sur l’extérieur. De ce tournant ne reste quasiment que le Royal Hospital à Kilmainham aux alentours de Dublin (1680), que l’on doit à l’architecte Sir William Robinson. Il abrite aujourd’hui le musée historique.

La renaissance irlandaise

Au XVIIIe siècle un premier mouvement, le Palladianisme sous l’influence de l’architecte italien Palladio, réinterprète l’architecture classique et celle de la renaissance. En Irlande, la figure de proue de ce phénomène est l’architecte Edward Lovett Pearce, dont le chef-d’œuvre est la Parliament House (1729), aujourd’hui Bank of Ireland. Un certain urbanisme se développe : volonté d’aérer la ville, de la rendre plus agréable, plus sûre aussi. C’est la grande époque des rois George, qui ont donné leur nom au style architectural de ce temps, le style georgien : intérieur en stuc, faux plafonds, alignement des maisons (les terraces), grands squares verdoyants à Dublin comme à Cork ou Limerick. On ne trouvera pas la régularité des squares georgiens londoniens, ou encore la monotonie impressionnante des rues d’Edimbourg. Certains le regretteront mais ce léger écart au style britannique, si irlandais, en satisfera plus d’un : le regard s’accroche aux couleurs multiples des portes dotées de lourds heurtoirs en bronze lustré et surmontées d’impostes en éventail, discrets petits vitraux urbains.

Une architecture georgienne différente

Dès l’origine le système de construction diffère de l’Angleterre et de l’Ecosse, où de grandes façades régulières sont d’abord installées avant que ne suive le reste de l’édifice, ce que l’on appelle les terraces. A Dublin, les projets de construction concernent un groupe de deux à trois maisons, ce qui donne aujourd’hui une impression de régularité heurtée : Fitzwilliams square ou Merrion square sont les meilleurs exemples de ce phénomène tandis que Upper Mount Street rappellerait plutôt le style britannique. En se baladant autour de St Stephen’s Green, on trouvera les rues les plus conservatrices de ce style georgien.

Des contrastes très fort

Au XIXe siècle l’Irlande perd de sa grandeur et l’indépendance ne lui permet pas de mettre en valeur son patrimoine. Ce qui donne parfois une impression d’abandon devant certains monuments et d’anarchie dans l’aspect des villes. Mais cela change depuis 10 ans. Ainsi l’ancienne station centrale des Bus est devenue un quartier réhabilité, jeune et branché, Temple Bar. On peut aussi aimer les contrastes architecturaux qui font se côtoyer les buildings modernes, les voies de métro aériennes (DART), les entrepôts, les maisonnettes ouvrières en briques rouges qui reproduisent l’alignement des grandes demeures bourgeoises. Le charme de l’Irlande, ce sont ses contrastes.

Un style, un monument

Monastère (VIe siècle) : vestiges de Glendalough, ruines de sept églises et d'une tour ronde, au sud de Dublin, dans le Wicklow.

Château (XIIIe siècle) : Kilkenny Castle garde l’aspect d’une forteresse médiévale, caractéristique de l’implantation anglaise.

Georgien (1762) : Merrion square, Dublin. Conçue par John Ensor pour Lord Fitzwilliam, c’est LA place georgienne typique.

Who’s who des architectes

Edward Lovett Pearse (1699-1733) : un des piliers du style georgien à Dublin, Parliament House (1729).

James Gandon (1743-1823) : anglais qui a beaucoup travaillé à Dublin, on lui doit la Custom House sur les bords de la Liffey, ou encore Four Courts, le palais de justice, construit de 1786 à 1802.

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