Irlande
Histoire
En bref
Île de convoitises, l’Irlande a puisé dans des cultures variées (celtes, vikings, anglo-normands) son identité • La lutte pour une indépendance conquise en 1921 est le fil rouge de l’histoire irlandaise • Tigre européen, elle connaît aujourd’hui un boom économique qui dynamise l’ensemble de ses activités
L’histoire à ses débuts
On trouve trace de vie humaine dès 7000 av. JC, on en voit encore des vestiges saisissants comme les cercles de pierres à New Grange par exemple, mais l’identité culturelle de l’Irlande se dessine à partir de l’arrivée des Celtes du continent vers 300-500 av. JC. Une tribu, les Gaëls, prend possession de l’île.
La christianisation
La légende de Saint Patrick montre à quel point le christianisme a dû s’imposer face à des traditions et des rites celtes omniprésents. L’histoire veut qu’il ait vaincu les deux druides attachés au haut roi et imposé la religion chrétienne à l’ensemble du territoire. Ce qui est sûr : la christianisation débute en 431. Les monastères essaiment très vite, qui organisent la vie du pays et développent une culture raffinée. Le Book of Kells, Bible du VIIIe siècle ornée d’enluminures extrêmement bien conservées, en est un témoignage étonnant (visible à Trinity College, Dublin).
L’île de toutes les convoitises
Dès 795 les Vikings font des incursions dans l’île, pillant les monastères et dévastant les campagnes. Ils sont les premiers à créer véritablement des villes en Irlande : Dublin, Waterford, Limerick. Il faut attendre le Xe siècle pour voir un renouveau irlandais se dessiner. Toutefois cette période “irlandaise” de l’Irlande est de courte durée, l’Angleterre est sur les rangs dans la course à l’occupation de l’île. Les Anglais créent un réseau de forteresses dans le pays et la vie quotidienne s’organise désormais autour du manoir, véritable foyer administratif et commercial. On voit alors s’esquisser deux nations, l’une anglo-normande (plus urbaine), l’autre gaélique (plus rurale) qui favorise le pâturage et l’élevage.
Résistance irlandaise, et assimilation des Anglo-Normands
Au milieu du XIIIe siècle la résistance gaélique s’organise, mais c’est surtout la peste de 1348 qui affaiblit les Anglo-Normands. En effet, ils résident dans les villes beaucoup plus touchées par l’épidémie. Affaiblie, délaissée par le pouvoir anglais, la population anglo-normande s’allie rapidement avec les familles irlandaises, les lois interdisant les mariages mixtes et l’usage du gaélique en 1366 ne parviennent pas à stopper une fusion en marche. Ce renouveau irlandais est manifeste au XVe siècle dans le rôle de plus en plus grand que jouent certaines familles dans la gestion des affaires politiques de l’île. La couronne ne pouvant laisser s’installer une Irlande trop autonome réagit.
Un siècle d’incertitudes
En 1496, la loi de Poynings réaffirme la dépendance du Parlement irlandais à l’égard du Parlement anglais. Le pouvoir central prend des mesures pour protéger la zone anglaise qui s’est constituée au fil du temps autour de Dublin, appelée le Pale. En 1537 à Londres, le gouvernement anglais exécute les membres de la famille Kildare, symbole de l’autonomie grandissante. Ces événements prennent place dans un contexte religieux marqué par la Réforme menée par Henri VIII qu’il tente d’imposer en Irlande. La deuxième moitié du siècle voit se mettre en place une véritable stratégie de colonisation : installation de familles anglaises et imposition de normes juridiques anglaises, mode d’agriculture différent, la culture remplace l’élevage. Le pays est découpé en comtés, dont la sécurité et l’administration sont assurées par un Shérif. Le modèle administratif anglais s’impose. Les nombreuses rébellions qui jalonnent ce processus, en Ulster notamment lors de la “Guerre de neuf ans” (1594-1603), échouent.
L’ordre anglais
Au début du XVIIe siècle, l’Ulster est la seule région qui n’est pas découpée en comtés et qui conserve des normes juridiques irlandaises. Face à une intimidation anglaise grandissante, le 4 septembre 1607, les chefs de l’Ulster quittent la région. Leurs terres sont redistribuées à des familles anglaises tenues d’employer des protestants. La séparation de l’Irlande du nord et de la République d’Irlande aujourd’hui trouve sa lointaine origine dans ce mode de colonisation. Le 23 octobre 1641 une révolte des dépossédés éclate en Ulster. Pour la première fois de l’histoire du pays, les ennemis déclarés sont les Protestants. La rébellion fait tache d’huile en 1642 et bientôt elle s’organise à l’échelle de l’île en Confédération. La guerre civile en Angleterre, au même moment, sonne l’avènement de Cromwell. En juin 1649 il est nommé Gouverneur général de l’Irlande pour reprendre la situation en main. Cromwell quitte l’île en mai 1650, son passage a entraîné une réorganisation complète du pays : avant la rébellion de 1642, 40 % des terres appartenaient à des Protestants, après 1652, ils en possèdent 80 %.
Espoir de courte durée
L’avènement d’un roi catholique en Angleterre, Jacques II, suscite l’espoir d’une accalmie. Mais le Parlement anglais, qui redoute l’absolutisme dont semble porteur le catholicisme d’Etat à cette époque, favorise l’accession de Guillaume, Prince d’Orange. C’est la Révolution glorieuse de 1688. Jacques II tente une reconquête de son royaume via l’Irlande, c’est un échec. Il se rend le 3 octobre 1691.
De la répression au Royaume-Uni
Suite à l’épisode Jacques II, des lois pénales limitent l’accès des catholiques à certains postes d’administration, aux fonctions judiciaires, au Parlement, à moins d’abjurer la religion catholique. La loi de 1704 interdit la vente de terrains aux catholiques, et condamne, par de subtiles lois sur les héritages, les propriétés catholiques au morcellement et à la disparition. L’Angleterre ne se contente pas de cadenasser le domaine politique, elle verrouille également l’économie irlandaise. A la fin du XVIIIe siècle, de simple dominion, membre du commonwealth, l’Irlande devient partie prenante d’une nouvelle entité : le Royaume-Uni. Il n’y aura plus de Parlement irlandais, les députés siégeront désormais tous à Westminster, à Londres. L’union entre en vigueur le 1er janvier 1801.
Le XIXe siècle ou comment se libérer des Anglais ?
L’administration anglaise a son siège au Dublin Castle (qui aujourd’hui se visite), qui devient le symbole d’une présence imposée sur le sol irlandais. Durant le premier tiers du siècle, la stratégie autonomiste est incarnée par la figure de Daniel O’Connell : il crée l’Association catholique en 1823, afin de donner à la lutte nationaliste un socle populaire, et en 1828 il est élu député, il est autorisé à siéger sans avoir eu à renier sa religion. Dans les années 1840, O’Connell lutte pour l’abrogation de l’union, quand il meurt il a réussi à lier le sort du nationalisme au catholicisme du peuple.
La grande famine
L’attitude anglaise pendant la grande famine va accroître le sentiment antianglais. Pendant deux ans, de 1845 à 1847, le gouvernement britannique ne prend pas de mesures spécifiques alors que les Irlandais meurent par milliers et que des milliers d’autres s’exilent notamment vers les Etats-Unis.
Gladstone et Parnell
La fin du XIXe siècle est caractérisée par la recherche d’une solution politique au problème de l’Irlande. Gladstone, chef libéral, s’oppose aux positions conservatrices. Il s’engage à répondre aux attentes de Parnell qui dirige la ligue pour l’autonomie (Home Rule League). Mais le parti libéral se divise autour de la question irlandaise, il existe un parti libéral gladstonien et un parti libéral unioniste, ce dernier, allié aux conservateurs empêche l’adoption du premier Home Rule Bill en 1886. A cette division libérale il faut ajouter les frasques de Parnell : en 1889, il est discrédité à la suite d’une liaison avec la femme d’un député, Kitty O’Shea. Dans sa chute Parnell entraîne la fin de la modération qu’il avait su imposer. En 1905 est fondé le Sinn Fein (nous-mêmes) mouvement plus radical qui prône la Home Rule par tous les moyens.
L’indépendance au prix de la partition
Le lundi 23 juin 1916, lundi de Pâques, une poignée de révolutionnaires indépendantistes s’emparent de la Poste centrale à Dublin. La répression sera féroce, les chefs du mouvement, souvent jeunes, sont exécutés. La population en fait des martyrs de la cause nationale, alors qu’elle était hostile au départ aux revendications portées par la violence. Après la Guerre, De Valera, survivant de 1916, remporte les élections en Irlande, et refuse, avec son parti, le Sinn Fein, de siéger à Westminster : les députés constituent une assemblée indépendante, le Dail Eireann, l’Assemblée représentative d’Irlande. Une guerre violente s’ensuit, contre l’administration britannique. Elle se solde par la création d’un Etat libre qui ne comprend pas l’Ulster. Ce compromis est inacceptable pour De Valera et, mis en minorité au Parlement irlandais qui entérine l’accord, il cautionne la résistance armée menée par l’IRA (Armée Républicaine Irlandaise), conduite par Michael Collins. A peine installé dans ses nouvelles frontières l’Etat libre connaît donc une guerre civile. Le 28 avril 1923, De Valera parvient à convaincre l’IRA de signer un cessez-le-feu, désormais en désaccord avec la stratégie du Sinn Fein, qui refuse le jeu démocratique, De Valera fonde le Fianna Fail et accède au pouvoir en février 1932. L’Irlande est née, un peu apaisée, mais porte avec elle la déchirure du territoire, que l’IRA n’entend pas oublier.
Epilogue
Il faut attendre 1949 pour que l’Irlande rompe vraiment les ponts avec le Royaume-Uni, le Republic of Ireland Act proclame l’indépendance complète de l’Irlande et place cette dernière à l’extérieur du commonwealth. La Constitution de 1937 avait déjà largement préparé le terrain. La déclaration de la République est reconnue par la Grande-Bretagne mais dans le même temps, il est accordé à l’Irlande du Nord, et à elle seule, le choix de son destin. Aussi malgré des années d’apaisement et des tentatives de conciliation des deux communautés en Irlande du Nord (catholiques ostracisés et protestants dominants), la situation ne s’est jamais stabilisée. Aux attentats et aux crimes de l’IRA répondent les exactions sordides des loyalistes. Depuis la période Thatcher, marquée par une violence aiguë, John Major et son successeur travailliste Tony Blair ont impulsé un processus de paix : malheureusement cessez-le-feu et reprise du terrorisme alternent, même si la violence semble avoir baissé d’un ton… En attendant la République d’Irlande, elle, profite de sa croissance économique, dopée par sa participation active à l’aventure européenne.
6 dates clés
300-500 av. JC : arrivée des Gaëls.
1649 : Cromwell en Irlande.
1er janvier 1801 : Acte d’Union (Royaume-Uni).
1845-1849 : Grande Famine.
23 avril 1916 : Insurrection de Pâques à Dublin.
1949 : l’Irlande du Sud est totalement indépendante et quitte le commonwealth.
