Guide Voyage Berlin - KARAVEL
 

Berlin

Repères

Arts

Peinture et arts plastiques

En bref

Naissance de l’expressionnisme allemand • La nouvelle objectivité révélatrice des contradictions sociales des années 1920 • L’art contemporain traversé par Prinzip Realismus, Fluxus ou les nouveaux fauves.

Le romantisme

A la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle, le romantisme allemand s’illustre dans les tableaux de Caspar David Friedrich ou Otto Runge, prenant pour thème des paysages, des sujets littéraires ou bibliques.

L’ennuyeux style Biedermeier, avec ses scènes pittoresques et idylliques, s’inscrira dans le mouvement de repli sur la sphère privée que connaît l’Allemagne après la révolution avortée de 1848.

Les sécessions

Dès 1892, plusieurs artistes font sécession, d’abord à Munich puis à Vienne, enfin à Berlin en 1898, conduits par Max Liebermann. Voulant rompre avec l’académisme ronflant du XIXe siècle, ces artistes exposent leurs peintures en dehors des circuits traditionnels. Le cri, peint par le norvégien Edvard Münch en 1893, annonce déjà l’expressionnisme.

L’expressionnisme

Si le terme n’apparaît qu’en 1910, le style naît avec le groupe die Brücke, en 1905 autour d’Ernst Ludwig Kirchner et Karl Schmidt-Rottluff. Proches du fauvisme par l’emploi de couleurs contrastées et de formes simplifiées, leurs œuvres s’en distinguent néanmoins par leur violence et leur engagement politique. A leurs côtés, les sculptures d’Ernst Barlach témoigneront d’une recherche qui passe par la redécouverte de l’art primitif. L’expressionnisme annonce de façon prophétique les horreurs de la première guerre mondiale. Autour de 1910, l’art expressionniste, à la fois fasciné et effrayé par le rythme effréné des métropoles, gagne une dimension urbaine.

La nouvelle objectivité

La grande guerre, par le traumatisme qu’elle a laissé dans l’esprit des survivants, est à l’origine de la Neue Sachlichkeit. Réaliste et désabusée, cette peinture décrit froidement et objectivement son époque. Deux courants semblent se dégager. Les véristes, réunis autour de Georg Grosz et Otto Dix : leur regard critique et cynique sur la société revêt parfois les traits d’une cruauté insoutenable. L’autre courant, autour de Kanoldt ou Mense, est influencé par la Pittura Metafisica italienne et se rattache plus à un réalisme magique.

En 1933, les nazis mettent fin à la fièvre créatrice et avant-gardiste de ce début de siècle. Taxant cet art de “dégénéré”, ils le font interdire au profit d’un art officiel néoclassique et plat. On retiendra pourtant les sculptures d’Arno Brecker, l’artiste officiel, à la gloire du corps masculin.

L’art contemporain

La guerre a laissé son empreinte sur l’art allemand. Après 1945 et jusque dans le milieu des années 60, l’art s’oriente vers l’abstraction avec des artistes tels que Emil Schumacher ou Ernst Wilhelm en peinture ou Kricke en sculpture.

Le mouvement Prinzip Realismus, né à Berlin-Ouest renoue avec la critique sociale de la nouvelle objectivité. Ses principaux représentants (Wolfgang Petrick, Peter Sorge) dénoncent l’américanisation de la RFA.

Fluxus restera le mouvement marquant de l’avant-garde, autour de Beuys. Son œuvre, volontairement dérangeante (emploi de matériaux étranges comme la graisse, le feutre) ne cesse d’intriguer.

Au début des années 80, les nouveaux fauves, notamment Markus Lüpertz et Georg Baselitz, s’inspirent de l’expressionnisme en employant des couleurs agressives et contrastées.

Et le Mur ?

La East Side Gallery est une galerie d’art peu commune : à ciel ouvert et sur un peu plus de 1 km sont exposés des restes du Mur de Berlin, couverts de graffitis peints à la bombe par 118 artistes venus de 21 pays différents.

6 tableaux emblématiques

L’arbre solitaire, Caspar David Friedrich, 1822 (Galerie der Romantik, Schloss Charlottenburg).

Les jeunes sur un cheval, Max Liebermann, 1902 (Sammlung Kunstkreis Berlin GbR).

Potsdamer Platz, Ernst Ludwig Kirchner, 1914 (Nationalgalerie).

Les piliers de la société, George Grosz, 1926 (Nationalgalerie).

Flandres, Otto Dix, 1934-1935 (Neue Nationalgalerie).

Unschlitt/Tallow, Joseph Beuys, 1977 (Hamburger Banhof – Museum für Gegenwart Berlin).

Musique

En bref

Ville d’interprétation plus que de création • Source d’inspiration rock • Capitale de la techno.

Berlin, temple de la musique classique

L’engouement du public berlinois pour la musique classique remonte au règne de Frédéric II, flûtiste et compositeur. Son orchestre de chambre se compose notamment du claveciniste Carl Philipp Emanuel Bach.

Au XIXe siècle, le Schauspielhaus, reconstruit par l’architecte Schinkel, est inauguré par la représentation de l’opéra romantique Der Freischütz.

En 1882, une cinquantaine d’artistes font sécession à Berlin. Le Berliner Philharmonisches Orchester est créé. Il accueille de grands compositeurs tels que Brahms, Grieg ou Tchaïkovski.

Dans les années 20, Berlin devient la capitale de la musique moderne. Mêlant des éléments de jazz et de cabaret à la musique dite classique, Kurt Weill crée un style hybride (expressionnisme musical) et collabore avec Bertolt Brecht (L’opéra de quat’sous).

Wilhelm Furtwängler, chef d’orchestre célèbre et controversé, dirige l’orchestre philharmonique de Berlin jusqu’en 1955, malgré une suspension de 3 ans (1945-48). L’orchestre, dont le prestige reste intact malgré la guerre, s’installe en 1963 dans la Philharmonie, bâtiment à l’acoustique exceptionnelle conçu par Hans Sharoun. Karajan reste à sa tête de 1955 jusqu’à sa mort en 1989. Claudio Abado lui succède.

La scène rock et pop

La scène alternative berlinoise fut marquée dans les années 70/80 par les séjours prolongés d’artistes tels que David Bowie (Trilogie berlinoise), Nick Cave, ou Nina Hagen. Iggy Pop parlera “d’endroit rêvé pour les cinglés, les artistes, les réfugiés“. U2 y enregistre le mythique Achtung Baby en 1991.

La scène techno

Pressentie il y a plus de 30 ans par des groupes comme Kraftwerk ou Tangerine Dream, la musique électronique devient dans les années 90 le cri de ralliement de la jeunesse est et ouest-allemande. Depuis la chute du Mur, la scène techno a littéralement envahi la ville. Jeff Mills ou Juan Atkins, originaires de Détroit ou de Chicago, mais aussi de grands DJs allemands tels que Sven Väth viennent régulièrement mixer dans la capitale qui accueille chaque année depuis 1989 la fameuse Love Parade. Un peu partout dans la ville, des clubs ont élu domicile dans des lieux souvent insolites – bunkers, anciennes fabriques, hangars, centrales électriques – où les jeunes viennent danser jusqu’au petit matin.

Architecture

En bref

Un centre historique détruit • Une reconstruction hétérogène • Un nouveau visage pour une ville encore en chantier.

Du Moyen Age au rococo

Le Berlin médiéval a quasiment disparu. La seule idée que l’on peut s’en faire reste le Nikolaiviertel, reconstruit en 1987 par la RDA à l’occasion du 750e anniversaire de Berlin. Les édifices de style baroque, tels le château de Köpenick, témoignent de la transformation en ville riche et cosmopolite. Les fortifications construites à cette époque se devinent encore aux alentours de Hausvogteiplatz ou du Spittelmarkt. Sous le règne de Frédéric II, le style rococo succède bientôt au baroque. Le château de Sans-souci, avec ses décorations exubérantes, en est un parfait exemple.

Du néoclassicisme aux wilhelmisme

Sous le règne de Frédéric Guillaume III, l’architecte Karl Friedrich Schinkel élabore de nombreux édifices néoclassiques aux alentours d’Unter den Linden. Carl Gotthard Langhas laissera son empreinte sur la Porte de Brandebourg et le château Bellevue.

Le XIXe siècle est le siècle de l’industrialisation. L’éclectisme architectural prend le pas sur le néoclassicisme. Les immeubles ouvriers locatifs, Mietskasernen, surgissent de terre en très peu de temps. Le Rotes Rathaus, conçu vers 1870, est fortement influencé par la renaissance italienne.

L’architecture wilhelmienne (fin du XIXe siècle) se veut à l’image du pouvoir impérial. Démolissant un grand nombre de vestiges médiévaux et de bâtiments néoclassiques, Guillaume II fait construire des bâtiments monumentaux tels que la nouvelle cathédrale, le Reichstag ou le musée de Pergame.

Le Who’s Who des architectes

Georg Wenzeslaus von Knobbelsdorff (XVIIIe siècle) : architecte attitré de Frédéric II, il est notamment à l’origine du château de Potsdam.

Karl Friedrich Schinkel (XIXe siècle) : à l’origine de nombreux bâtiments néoclassiques aux alentours d’Unter den Linden, cet architecte laissera également une importante oeuvre théorique.

Hans Scharoun (XXe siècle) : influencé par les théories “organiques“ de Hugo Haring, cet architecte conçoit en 1963 la Philharmonie de Berlin.

Walter Gropius (XXe siècle) : fondateur de l’Ecole du Bauhaus à Weimar, Walter Gropius joue un rôle important dans le renouveau de la conception architecturale. On lui doit notamment la reconstruction du Hansaviertel, surnommé depuis Gropiusstadt.

Naissance de l’architecture moderne

Le Deutscher Werkbund, mouvement né à Munich en 1907, est à l’origine de l’esthétique industrielle. Les architectes Peter Behrens et Alfred Messel, développent une architecture fonctionnelle et annoncent déjà le Bauhaus.

En 1920, Berlin englobe ses communes avoisinantes, et c’est ainsi que naît le grand Berlin. Aux constructions inspirées par l’expressionnisme succéderont des imitations de l’architecture américaine telles que la tour de l’imprimerie Ullstein située à Tempelhof. Des logements sociaux comme la Hufeisensiedlung, conçue par Martin Wagner et Bruno Taut, apparaissent en périphérie.

Le hall d’entrée de la maison de la radio de Poelzig ou les lotissements de Weisse Stadt à Reinickendorf sont influencés par la nouvelle objectivité.

Le Bauhaus, autour de Walter Gropius et Mies van der Rohe, joue une grande influence sur l’architecture berlinoise de l’entre-deux-guerres.

Avant de disparaître en 1933 sous la contrainte des représailles nazies. Son fonctionnalisme social s’oppose aux visées ras-de-terre nazies.

Hitler veut faire de Berlin Germania. Ces plans de restructuration de la capitale entraînent la destruction de nombreux bâtiments. Albert Speer, commence alors l’élaboration de plans délirants. Mais la guerre stoppe net les projets. Une des seules constructions subsistante de cette époque est l’aéroport de Tempelhof.

La reconstruction

Après la guerre, Berlin n’est plus qu’un amas de ruines. Berlin divisé connaîtra une reconstruction hétérogène.

Berlin-Ouest devient rapidement la vitrine de l’Occident, principalement aux alentours du Kurfürstendamm, où trône l’Europa-Center. Lors de l’exposition d’architecture Interbau de 1957, on construit le célèbre Hansaviertel. Des architectes venus de tous pays laissent leur empreinte. Le Corbusier ou le brésilien Oscar Niemayer ne sont que quelques exemples parmi tant d’autres.

L’américain Hugh A. Stubbins entreprend la construction de l’actuelle Haus der Kulturen der Welt. L’International Congress Center (ICC, 1973-1979) aux allures de vaisseau spatial est inauguré dans le quartier de Charlottenbourg.

Berlin-Est œuvre également dans le style futuriste : la Tour de télévision est inaugurée en 1965. Mais le paysage urbain de Berlin-Est est surtout caractérisé par l’architecture socialiste, dont le meilleur exemple reste la Karl Marx Allee, avenue grandiloquente bordée de bâtiments staliniens. La RDA fait également construire les fameux Plattenbau, immeubles gigantesques composés de panneaux préfabriqués.

Berlin, une métropole en mutation

En ce début de XXIe siècle, Berlin prend des airs de gigantesque lieu expérimental pour des architectes contemporains venus du monde entier. Leur principal défi est de construire une capitale moderne, tournée vers l’avenir, tout en préservant la mémoire de ses mutations historiques.

Parmi les grands projets figure le réaménagement de la Potsdamer Platz, conduit notamment par Renzo Piano. Façades en brique rouges cohabitent avec des monoblocs de verre et d’acier.

Le Reichstag aussi fait peau neuve : Norman Foster le coiffe d’une coupole de verre. A proximité, on se consacre à la construction des quartiers gouvernementaux, dans le Spreebogen.

Un style, un monument

Moyen Age : Nikolaikirche, l’assise de sa tour est de style roman.

Renaissance : citadelle de Spandau, forteresse à l’italienne, achevée en 1592.

Baroque  : Zeughaus (Arsenal).

Rococo  : Château de Sans-Souci à Potsdam.

Néoclassicisme  : Neue Wache, conçue par Schinkel.

Wilhelmien  : Reichstag, de style néorenaissance.

Expressionnisme  : Einstein Turm, conçu par Erich Mendelsohn pour vérifier la théorie de la relativité d’Albert Einstein.

Bauhaus  : Bauhaus Archiv, d’après les plans de Walter Gropius ; Shell Haus, construit en 1930 par l’architecte Emil Fahrenkamp.

Réalisme socialiste  : édifices staliniens bordant la Karl Marx Allee, conçues dans le style “pâtisserie“ par l’architecte Hermann Henselmann.