Guide Voyage Berlin - KARAVEL
 

Berlin

Repères

Histoire

En bref

Berlin est une ville jeune, apparue au XIIe siècle • Métropole effervescente avant-guerre, elle devient le symbole de la guerre froide • Réunifiée, elle redevient capitale allemande au carrefour des deux Europe.

La fondation de la ville

Dès le VIe siècle, diverses tribus slaves occupent le territoire actuel de Berlin. En 1137, Albert l’Ours asservit les Slaves. La région est christianisée : c’est ainsi que naît la Marche de Brandebourg, province frontière du Saint Empire romain germanique.

Vers 1220, Cölln est fondé sur une île de la Spree. En 1244, le nom de Berlin apparaît pour la première fois dans un acte officiel. En 1307, Cölln et Berlin s’unissent. La ville est située des deux côtés de la Spree, à l’actuel emplacement du quartier Mitte. Placée à un carrefour de voies marchandes, elle connaît un rapide essor économique et intègre la Hanse en 1359. Le pays est ensuite victime des chevaliers pillards. Envoyé par le roi Sigismond, Frédéric de Hohenzollern libère Berlin en 1414.

L’ascension des Hohenzollern

C’est l’époque de la Réforme. Le Prince électeur Joachim II se convertit au protestantisme en 1539. Il renforce les fortifications de la ville avec l’édification de la citadelle de Spandau.

La guerre de Trente ans

Entre 1618 et 1648, Berlin est dévasté par la guerre de Trente ans. La population du Brandebourg diminue de moitié. Ce conflit religieux et politique repose initialement sur l’antagonisme entre protestants et catholiques. Il s’étend bientôt à l’Europe.

A la suite de l’édit de Potsdam, le prince-électeur Frédéric Guillaume accueille des huguenots en 1685. C’est ainsi que vingt mille protestants français s’installent à Berlin. Leur héritage subsiste encore aujourd’hui, notamment avec la cathédrale française (Französischer Dom).

Berlin, capitale de la Prusse

Sous la régence du despote éclairé Frédéric II (1740-1786), la Prusse devient une grande puissance européenne. Personnalité ambiguë, philosophe et guerrier, Frédéric II fait de Berlin le centre des lumières prussiennes. Les bâtiments apparus à cette époque (Staatsoper, Unter den Linden ou le Prinz Heinrich Palais, actuellement université Humboldt), déterminent encore aujourd’hui le paysage de Berlin-Mitte. Le château de Sans-Souci, merveille rococo située à Potsdam, date de cette époque.

Naissance du nationalisme

En 1806, la Prusse s’incline devant les troupes napoléoniennes, qui entrent de façon triomphante par la porte de Brandebourg et occupent la ville. Les Français donnent à Berlin une nouvelle constitution. Mais le ressentiment de la population se fait bientôt sentir. Il déclenche une réaction patriotique qui revêt de multiples aspects (littérature, arts ou sport). C’est dans ce contexte que le philosophe Fichte publie son Discours à la nation allemande. Des réformes sont appliquées après le retrait des troupes napoléoniennes en 1809. La vie culturelle connaît un renouveau.

Vers l’Allemagne unie

En mars 1848, bourgeoisie, artisans et ouvriers se révoltent prenant exemple sur l’insurrection parisienne. Le roi Frédéric Guillaume IV appelle la population au calme et promet des réformes. Si pendant quelques mois, les Berlinois bénéficient d’une certaine liberté de la presse et d’association et du suffrage universel, ces réformes ne seront pourtant que de courte durée.

En 1861, Guillaume I succède à son frère Frédéric Guillaume IV. Il nomme Otto von Bismarck chancelier en 1862. Ce dernier, très attaché à la Prusse, décide d’en découdre avec l’Autriche qui avait proposé en 1863 un projet de grande Allemagne ne prévoyant qu’un traité d’association avec la Prusse.

Après leur victoire sur l’Autriche, les tenants de la petite Allemagne l’emportent. Les Etats du Nord s’associent en 1866 dans la Confédération du Nord, dominée par la Prusse. En 1870, la Prusse bat la France et l’Empire allemand est créé. Berlin devient capitale avec à sa tête l’empereur Guillaume Ier. Bismarck est désigné chancelier.

L’ère industrielle

Politiquement, mais aussi économiquement, la ville de Berlin gagne de plus en plus d’importance. En effet, l’industrialisation commence dans la seconde moitié du XIXe siècle et entraîne un accroissement considérable. En l’espace de quarante ans, la ville passe de 450 000 à 2 millions d’habitants. On construit les faubourgs de Moabit, Wedding, et Schöneberg. C’est aussi à cette époque que l’on voit apparaître les fameuses Mietskasernen, immeubles ouvriers dans lesquels s’entassent des familles entières. Leurs conditions de vie sont très précaires et les préoccupations sociales deviennent omniprésentes. Le parti socialiste devient très populaire à Berlin, malgré Bismarck qui fait interdire les sociaux-démocrates.

La première guerre mondiale

A cause de sa politique extérieure offensive, le Kaiser Guillaume II conduit l’Allemagne à déclencher la première guerre mondiale. A Berlin en avril 1917, 300 000 ouvriers des usines d’armements se mettent en grève. La révolution russe encourage la mobilisation du prolétariat. Le 9 novembre 1918, l’empereur se voit contraint d’abdiquer. Le même jour, la République est proclamée.

Les années 20 : grandeur et décadence d’une métropole

Ces années sont à l’origine du mythe de Berlin. Plus grande ville industrielle d’Europe, elle connaît un essor culturel et intellectuel sans précédent. Des immeubles de style Bauhaus apparaissent sur Alexanderplatz et Potsdamer Platz. La construction du métro s’achève. Des scientifiques comme Albert Einstein, titulaires du prix Nobel, enseignent dans les universités berlinoises. Peintres et sculpteurs (Max Beckmann, Ernst Barlach), écrivains (Bertolt Brecht, Walter Benjamin), journalistes (Carl von Ossietzky) : tous puisent leur inspiration dans l’effervescence berlinoise. Tous les courants artistiques sont représentés, du dadaïsme au futurisme.

A Babelsberg, les studios de la UFA produisent les chefs-d’œuvre du cinéma expressionniste (Le cabinet du docteur Caligari, Nosferatu). Les théâtres et les cabarets politiques sont à leur apogée. Les grands spectacles de variétés se produisent au Wintergarten ou la Scala. Berlin se forge une réputation de “Babylone”, ignorant la censure, les lois restrictives et les heures de fermeture.

Pourtant, ces années trépidantes ne doivent pas faire oublier la misère sans précédant de milliers d’ouvriers, l’instabilité politique, les meurtres, les combats de rues entre nazis et communistes, l’inflation, les crises économiques et les tensions sociales.

Le national-socialisme

En janvier 1933, le président Von Hindenburg nomme Adolf Hitler chancelier. Peu de temps après, le Reichstag est incendié et les opposants sont pourchassés, puis déportés. Après la mort de Hindenburg (août 1934), l’Allemagne devient un Etat totalitaire.

En 1936, les Jeux olympiques se déroulent à Berlin. Le régime, soutenu par une adroite propagande, tente de se servir de cet événement pour faire bonne figure à l’étranger. Les persécutions contre les Juifs ont déjà commencé. Durant la “Nuit de cristal” (1938), les magasins juifs sont pillés, les synagogues incendiées. Berlin n’est pas épargné.

La seconde guerre mondiale

Durant l’été 1940, l’Allemagne commence à bombarder des cibles civiles en Angleterre. La RAF riposte, Berlin est bombardé à son tour.

En 1941, les déportations s’intensifient, notamment celles des Juifs et des Tsiganes. Goebbels proclame la guerre totale au Sportpalast, devant une foule en délire (1943).

En 1944, un attentat contre Hitler échoue. Toute forme de résistance est broyée. En avril 1945, l’Armée rouge avance de plus en plus rapidement vers Berlin. Dans la ville plongée dans un chaos total, quelques dernières unités SS dispersées se livrent à des combats suicides pour défendre une rue ou un immeuble. Le 30 Avril, les troupes soviétiques hissent le drapeau rouge sur le Reichstag. Le même jour, Hitler se suicide.

L’heure zéro

A l’issue de la guerre, Berlin, détruite, n’est plus qu’une ville fantôme. La misère est partout, les épidémies se propagent. Le paysage apocalyptique est marqué par les ruines et les Trümmerfrauen, femmes qui déblaient les décombres. Durant deux mois, la ville est sous administration soviétique. Le 5 Juin 1945, les Alliés installent un Conseil de contrôle interallié. La ville est partagée en quatre secteurs : américain, anglais, français (Berlin-Ouest) et soviétique (Berlin-Est). Peu à peu, la zone d’occupation soviétique est transformée sur le modèle stalinien.

La guerre froide

Berlin devient le laboratoire et le symbole de l’affrontement des deux grands vainqueurs. A l’introduction du deutsche Mark dans les secteurs occidentaux, les Soviétiques ripostent par un blocus de la ville. Le 4 Juin 1948, les lumières s’éteignent, le courant électrique est coupé dans tout le secteur Ouest de la ville. La circulation entre les zones occidentales et Berlin est bloquée. Les alliés occidentaux ripostent par un pont aérien qui ravitaille le secteur Ouest de la ville.

En 1949, deux Etats allemands sont créés : la république fédérale d’Allemagne et la République démocratique allemande. 4 ans après, la RDA interdit l’accès de son territoire aux Berlinois des 3 secteurs occidentaux. Les liaisons téléphoniques entre Berlin-Est et Berlin-Ouest sont coupées. L’échec du soulèvement ouvrier à Berlin-Est, sévèrement réprimé par les chars soviétiques, incite les habitants à s’enfuir vers l’Ouest.

Dans une note de 1958, Khrouchtchev lance un ultimatum aux Occidentaux : ces derniers devront retirer leurs troupes dans un délai de 6 mois, afin de faire de Berlin-Ouest une “ville libre et démilitarisée”. Mais les Alliés ne plient pas.

Le Mur de Berlin

Durant l’été 1961, on enregistre un nombre record de réfugiés de l’Est, qui arrivent par milliers. Afin de mettre un terme à cet exode massif, la RDA décide de prendre des dispositions. Dans la nuit du 12 au 13 Août 1961, un mur est édifié. Les deux parties de la ville sont écartelées par du béton et des barbelés. L’Occident se réveille pétrifié mais les protestations restent très protocolaires. En octobre, au poste frontière Checkpoint Charlie, les chars américains et soviétiques se font face, prêts à l’assaut, pendant près de 24 heures.

Deux ans plus tard, Kennedy fait une visite triomphale à Berlin-Ouest et prononce, devant l’hôtel de ville de Schöneberg, un discours dont une phrase est devenue mythique : Ich bin ein Berliner.

Cinéma en plein air

En 1959, le baron de la presse allemande Axel Springer fait construire, par provocation, le siège social de sa maison d’édition dans la Kochstrasse, à deux pas du poste frontière Checkpoint Charlie. En 1963, du haut du bâtiment de 72 m de haut, il fait diffuser des informations lumineuses vers l’Est qui viennent s’inscrire 250 m plus loin sur l’immeuble est-allemand de la Wohnungsbaugesellschaft. Une excellente façon de montrer que le Mur n’est pas une frontière infranchissable.

Le Politbüro imagine alors les solutions les plus délirantes pour empêcher ces messages “capitalistes” de traverser la frontière : masquer la vue s’avère impossible du fait de la hauteur du bâtiment. Répondre par des informations lumineuses s’avère trop coûteux. Installer des projecteurs éblouissants se révèle dangereux pour la circulation aérienne. Excédé, le SED (communistes est-allemands) abandonne finalement tout projet de riposte.

Un mur, deux villes

En 1963, un laisser-passer autorise pour la première fois les Berlinois de l’Ouest à rendre visite à leur famille de l’Est pour les fêtes de fin d’année.

Par un accord du 3 Septembre 1971, les deux blocs acceptent le statu quo. Les villes se développent de façon autonome de chaque côté du Mur. Berlin-Ouest devient rapidement une “vitrine de l’occident” grâce aux subventions de la RFA et des Américains. Le Kurfürstendamm brille à nouveau de mille feux. A Berlin-Est, l’urbanisme se calque sur les villes soviétiques, avec ses immeubles gigantesques et ses boulevards de prestige (Karl Marx Allee, Friedrichstrasse).

La réunification

Le 4 novembre 1989, 500 000 personnes manifestent pour plus de liberté sur Alexanderplatz. La Hongrie a donné le signal durant l’été précédent. Le soir du 9 novembre 1989, la RDA ouvre ses frontières sur un malentendu. Des milliers de Berlinois de l’Est se ruent vers le Mur. Personne ne sait ce qui va se passer. La foule bouscule les soldats armés, qui attendent vainement des consignes. Finalement, vers minuit, les portes s’ouvrent.

Des dizaines de milliers de personnes passent à l’Ouest où les attend une foule en délire. L’émotion est très forte à travers toute l’Allemagne. La porte de Brandebourg devient le symbole de cette libération. Le 3 octobre 1990, l’Allemagne est réunifiée.

L’Allemagne contemporaine

Les années qui suivent la chute du Mur sont euphoriques. Tout est à refaire, la ville devient chantier. Des quartiers entiers, comme la Potsdamer Platz, no man's land à l’époque du mur, surgissent de terre. En 1994, les dernières troupes d’occupation quittent Berlin. En l’an 2000, le gouvernement déménage de Bonn afin de s’installer dans la nouvelle capitale de l’Allemagne réunifiée.

6 dates clés

1307  : Berlin naît de la réunion de deux bourgades, Berlin et Cölln.

1918  : Guillaume II abdique. Chute des Hohenzollern.

1945  : capitulation allemande.

1961  : construction du Mur de Berlin.

1989  : chute du Mur de Berlin.

1990  : réunification allemande. Berlin redevient capitale.