Guide Voyage Florence - la Toscane - KARAVEL
 

Florence et la Toscane

Repères

Arts

Peinture et arts plastiques

En bref

Une école de sculpture jamais surpassée • Les peintres ont su reprendre à leur compte les influences vénitiennes et byzantines • Les arts plastiques s’inscrivent dans la lignée de l’humanisme Renaissance

La peinture à Florence

Dans l’histoire de la peinture occidentale, Florence se distingue par le rayonnement de son école, juste après les peintres flamands et l’école vénitienne.

Le premier peintre à se libérer de la tradition moyenâgeuse est Giotto (1266-1337). Il introduit une certaine vraisemblance dans ses tableaux, grâce au fond en trois dimensions, aux volumes des corps et au récit d’histoires réelles. On pourra voir les fresques relatant la vie de François d’Assise au monastère Santa Croce. L’utilisation presque abstraite de la structure des volumes sera portée à son comble par Paolo Uccello (1397-1475). Il faut pourtant attendre le XVe siècle pour voir se développer l’école florentine, sous l’impulsion du Vénitien Domenico Veneziano (1400–1461) qui arrive à Florence en 1435. Il fait découvrir aux Florentins la toute nouvelle technique de peinture à l’huile, inventée à Venise, et la fluidité des couleurs vives, aérées et lumineuses alors en usage dans les ateliers de la Sérénissime. Cette technique révolutionnaire permet au dominicain Fra Angelico (1387-1455) de déployer la douceur, la fraîcheur et la transparence de son génie figuratif : on peut admirer son œuvre humble et candide, encore très marquée par l’art gothique, au couvent San Marco. Sandro Botticelli (1444-1510), peintre emblématique de la Renaissance en Toscane, fait voler en éclat les conventions figuratives de son temps, pour inventer une manière de peindre libre et généreuse. Peintre protégé des Médicis, il exprime la montée des nouvelles valeurs de la bourgeoisie d’affaires en Toscane. Reprenant la façon allégorique du Printemps, sa Naissance de Vénus détourne les codes symboliques religieux pour exalter une beauté et une sensibilité des plus profanes. Il est le chantre de l’humanisme de la Renovatio, projet devant faire de Florence le laboratoire de l’avant-garde européenne.

La fin de la Renaissance, à Florence, est marquée par trois artistes monumentaux : Leonard de Vinci (1452-1519), inventeur et dessinateur, Michel-Ange (1475-1564), poète et sculpteur et Raphaël (1483-1520), peintre de la douceur, de l’équilibre et de la grâce. Andrea del Sarto (1486-1531) inaugure le maniérisme en s’attachant à l’expression des sentiments. Giovanni Battista de Rossi (1494-1540), dit Il Rosso, laisse transparaître son inquiétude à travers le choix de la vivacité des coloris et le poids des ombres.

La peinture moderne

La Galerie d’Art moderne présente des peintres florentins, comme Giorgio de Chirico, Gino Severini, Renato Guttoso (1912-1987), chef de l’école néo-réaliste, ou Giovanni Fattori, dont on pourra admirer Le désarçonné. Filadelfo Simi (1849-1923) a peint un magnifique Crépuscule sur l’Arno. Le futuriste Ottone Rosai (1895-1957) a laissé de très belles Vues de Florence.

Sienne et son école de peinture

A l’heure de son rayonnement le plus fort sur la Toscane, Sienne est le lieu d’une forte créativité picturale. Aux XIIIe et XIVe siècles, les peintres primitifs piétistes travaillent à la manière byzantine ancienne. Ils composent des tableaux aux personnages hiératiques sur des fonds en à-plat. Les couleurs sont vives et les sentiments délicats et tendres. C’est Duccio di Buoninsegna (env. 1250-1318) qui fit évoluer la peinture siennoise vers le gothique. Il conserve l’héritage byzantin, visible notamment dans les fonds en or, et précise les lignes graphiques dans un style profondément élégant. Simone Martini (1285-1344), son élève, ami de Pétrarque, confirme l’élégance et la pureté de la ligne, ainsi que la douce chaleur des couleurs.

C’est la douceur qui caractérise le mieux l’école siennoise de peinture, en retrait par rapport à sa rivale florentine durant toute la Renaissance. Lorenzo di Pietro (1410-1480) introduit la perspective dans la peinture à Sienne et forme de nombreux élèves, notamment Matteo di Giovanni (1430-1495).

Florence, épicentre de la sculpture occidentale

En accord avec son humanisme intellectuel et policé, les sculpteurs ont trouvé dans l’atmosphère florentine les nourritures nécessaires à leur art. La Pietà de Michel-Ange est une des merveilles de la sculpture universelle et un témoignage bouleversant d’humanité du génie florentin.

Les promenades dans le centre historique de Florence permettent au visiteur d’admirer sans se lasser son trésor sculptural. Ainsi, le Baptême du Christ (1505) de Andrea Sansovino, l’Annonciation (1424) et la magnifique Porte du paradis (1425-1452) de Lorenzo Ghiberti au Baptistère. La tribune du chœur de la Cathédrale, rendue incroyablement vivante par les mouvements de ses personnages, sculptée par Donato Bardi (Donatello, 1386-1466). Enfin, la forteresse du Belvedère et les sculptures contemporaines de Henry Moore.

6 tableaux emblématiques

Annonciation, Simone Martini, 1333 (galerie des Offices).

Déposition, Fra Angelico, 1445 (couvent San Marco).

Bataille de San Romano, Paolo Uccello, 1456 (galerie des Offices).

La naissance de Vénus, Botticelli, 1485 (galerie des Offices).

Madonne du chardonneret, Raphaël, 1506 (galerie des Offices).

Massacre, Renato Guttuso, 1964 (galerie d’Art moderne).

La musique en Toscane

Vincenzo Galilei, père de l’astronome, est un important musicien florentin du XVIe siècle. Il compose de nombreuses œuvres pour luth. Giulo Caccini et Jacopo Peri sont des membres de la cour des Médicis et composent des pièces instrumentales et vocales. Francesco Maria Veracini (1690-1768) écrit des sonates pour violon et basse continue, qui sont de très belle facture. Au XVIIIe siècle, Luigi Boccherini compose de nombreux quintettes à corde et une trentaine de symphonies. Sa musique est à l’image de la campagne toscane, riante et parfois mélancolique. Luigi Cherubini a écrit plusieurs opéras, dont le tragique et violent Médée est le plus connu. Giacomo Puccini est un compositeur d’opéra souvent comparé à Giuseppe Verdi. Il écrit dans une veine sentimentale, plutôt facile et populaire, avec des recherches symphoniques qui donnent à l’orchestre des couleurs lumineuses et chatoyantes. Ses principaux opéras sont Tosca, La bohème, Madame Butterfly.

La naissance du drame en musique

La tradition musicale toscane remonte à son histoire étrusque, plus raffinée que la culture romaine. Inspiratrice de la Renaissance, l’intelligentsia florentine retrouve la civilisation antique pré-romaine (grecque particulièrement) après les années sombres du Moyen Age. Intellectuels et artistes se regroupent au sein d’une académie : la Camerata. La recherche de la clarté, de l’intelligence et de la sensibilité aboutit à l’invention d’une forme complète d’expression, proche du théâtre antique. Elle mêle danse, comédie et musique. Le premier drame en musique est créé pour le mariage du roi Henri IV avec la jeune Maria di Medici, au Palazzo Pitti, le 6 octobre 1600. Jacopo Peri compose la musique de cette Euridice. Le mythe d’Orphée est repris deux ans plus tard par Giulio Caccini, pour une magnifique représentation au Palazzo Pitti. Claudio Monteverdi, à la cour de Mantoue, affine et développe les principes de la Camerata. L’importance est accordée à la compréhension des textes. La France est l’héritière de ce parlar cantando, modernisé par Gianbattista Lulli, dit Lully, né à Florence en 1632, le fougueux inventeur de l’opéra à la française…

L’architecture florentine

En bref

D’abord défensives au Moyen Age, les constructions deviennent décoratives et ostentatoires • L’austérité des édifices tient à la prépondérance de l’intellect sur la sensualité • Des constructions récentes viennent compléter un paysage classique

Pour comprendre Florence, ses constructions et sa configuration, il faut connaître sa position unique au sein de la péninsule italienne. Cette ville se démarque très vite de la Renaissance padouane, aristotélicienne, qui débouchera sur l’art baroque. Les humanistes florentins se réfèrent à Platon. Florence est la seule ville italienne à cultiver l’idéal classique de perfection, contraire au sentiment méditerranéen de la fugacité des choses. Aussi, il n’y a rien d’étonnant à ce que Le Corbusier ait été, comme tant d’autres, influencé par ce style. C’est l’esprit si particulier de la ville que le promeneur saisit sur chaque place et au détour des rues.

L’architecture médiévale en Toscane

Elle est présente partout et dans la moindre cité : de Monteriggionni à San Gimignano, d’Arezzo à Pistoia. Si le centre historique de Sienne n’a quasiment pas évolué depuis le Moyen Age, cela tient à sa défaite contre Florence, qui signe la fin de l’âge d’or siennois. A Florence, tout le quartier du Mercato Nuovo date de cette époque.

Pise est le berceau de l’architecture romane, puis gothique de l’Italie centrale. L’ensemble monumental du champ des Miracles en est un parfait exemple. Le style pisan évolue de la simplicité ingénue et sensuelle de San Paolo a Ripa d’Arno, par exemple, au flamboiement précieux et surchargé de Santa Maria della Spina.

Florence, épicentre de l’architecture Renaissance

Le palais Médicis de la via Larga est commandé par Cosme l’Ancien à Michelozzo, qui devient l’architecte attitré de la famille. Son rival Brunelleschi construit le palais Pitti, l’hôpital des Innocents et la chapelle des Pazzi à Santa Croce. Les Florentins adoptent rapidement son style architectural élégant et d’avant-garde, inspiré de la Rome antique. Brunelleschi est considéré comme le fondateur de l’architecture moderne, s’appuyant sur la perspective et le calcul mathématique. On lui doit la prouesse architecturale qu’est le dôme de la cathédrale de Florence. Cette immense coupole est construite entre 1420 et 1434.

L’architecture Renaissance à Florence se perfectionne et se précise avec Michel-Ange. Son style monumentaliste, libre par rapport aux règles de son époque, se découvre à la Bibliothèque Laurentienne. L’inventivité de Michel-Ange sert de modèle à tous les architectes des générations suivantes, comme Giorgio Vasari qui commença la construction des Offices en 1559. Terminé en 1580 par Bernardo Buontalenti, ce palais est une véritable mise en scène architecturale. Plus tardif est le style maniériste orné, tel qu’au palais de Bianca Cappello, œuvre de Buontalenti, qui signe la fin de la Renaissance.

L’architecture contemporaine

Le XXe siècle est riche en réalisations originales. Le style Liberty est représenté à Florence par la villa Broggi-Caraceni (1911), œuvre de l’architecte Giovanni Michelazzi. La gare de Santa Maria Novella a été édifiée après-guerre par le Groupe toscan, réunissant plusieurs architectes post modernes (Savioli, Ricci, Michelucci etc.), dans le style fonctionnel ou “rationaliste organique”. L’église Saint Jean-Baptiste de l’autoroute (1960-1964) est l’œuvre de Michellucci. Elle traduit son souci de l’expressionnisme de l’espace et des volumes.

Un style, un monument

Roman primitif (786) : l’église Santi Apostoli, Florence.

Art Roman (1210) : San Paolo a Ripa d’Arno, Pise.

Gothique flamboyant (1230-1323) : Santa maria della Spina, Pise.

Architecture Renaissance (1489-1536) : le palazzo Strozzi, Florence.

Baroque Contre-Réforme (1650) : San Stefano dei Cavalieri, Florence.

Style Liberty (1911) : Broggi-Caraceni, Florence.

Rationaliste organique (1948) : la gare Santa Maria Novella, Florence.

Le who’s who des architectes

Arnolfo di Cambio (1248-1302) : Santa Croce. Il dirige la construction du Palazzo Vecchio.

Filippo Brunelleschi (1377-1446) : il inaugure le style classique florentin. On lui doit la coupole (Dôme) de la cathédrale.

Battista Alberti (1404-1472) : Santa Maria Novella.

Michelangelo (1475-1564) : bibliothèque Laurentienne.

Ammannati (1511-1592) : un représentant du style maniériste. Il signe la façade arrière du Palazzo Pitti et le pont Santa Trinità.

Bernardo Buontalenti (1536-1608) : l’église Santa Trinità, le fort du Belvédère.

Pour se mettre dans l'ambiance

Les premiers auteurs toscans

La divine comédie, Dante Alighieri (1321) : traversant l’enfer à la recherche de Béatrice, sa bien-aimée, Dante rencontre un personnage nommé Ciacco, florentin. Avec lui, il devise sur l’avenir de la cité des lys. La querelle entre guelfes blancs (modérés) et guelfes noirs (papistes) est au cœur de leur discussion – Dante, guelfe blanc, sera banni de sa ville natale.

Le Décaméron, Bocacce (1350) : fuyant la peste de 1348, dix Florentins se retirent à la campagne et se racontent des histoires (100 nouvelles) qu’ils inventent pour passer le temps.

Histoire de Florence, Machiavel (1525) : narration historique de la vie sociale et politique à Florence durant le Moyen Age et la Renaissance. Cet ouvrage est une commande de Jules de Médicis.

Un classique pour les enfants et les adultes

Pinocchio, Carlo Collodi (1878) : les aventures du célèbre pantin de bois ont été écrites par un Toscan pure souche. Après moult aventures et rebondissements, l’enfant de bois saura trouver son humanité en sauvant son père, le brave Gepetto.

Les humanités ou le rituel voyage en Italie

Les jeunes Anglais et Français, issus de familles aristocratiques, devaient pour compléter leur formation – leur éducation de gentilshommes – réaliser un voyage en Italie, avec Florence pour étape obligée. Chateaubriand et Musset, entre autres, ont laissé leur empreinte littéraire dans ces genres.

Rome, Naples et Florence, Stendhal (1826) : un classique et un incontournable de la littérature de voyage. L’auteur sait croquer les monuments florentins et la campagne toscane comme personne. La plupart des descriptions de monuments sont d’ailleurs toujours d’actualité. Ainsi, le palazzo Vecchio, “cette forteresse, bâtie en 1298 par les dons volontaires des négociants, élève fièrement ses créneaux de brique et ses murs d’une hauteur immense…”

La Toscane vue par la France

Le lys rouge, Anatole France (1894) : les amours volcaniques de Thérèse Martin-Bellème et de Jacques Dechartre, un peintre, les conduiront à séjourner à Florence. Anatole France exalte la beauté et la mélancolie des lignes pures du paysage toscan.

Néo-réalisme

Chronique des pauvres amants, Vasco Pratolini (1947) : écrivain néo-réaliste, Patrolini décrit la vie quotidienne, sentimentale et politique de modestes Florentins sous la dictature mussolinienne.

Du suspense en Toscane

Place de Sienne côté ombre, Fruttero et Lucentini (1985) : après Venise, Rome et Milan, les maîtres du roman policier italien abordent la Toscane. L’intrigue tourne autour d’un couple infidèle et de ses déboires. S’y greffent une énigme policière et surtout une description du Palio de Sienne haute en couleurs, pleine de bruit et de fureur. Comme si on y était.

Nos films favoris

Chambre avec vue, James Ivory (1986) : film sentimental d’après le roman de E.M. Forster. Lucy Honeychurch, jeune fille de bonne famille de l'Angleterre victorienne, séjourne à Florence. Selon les conventions de l’époque, elle est accompagnée par sa cousine, Charlotte Bartlett, une vieille fille rigide pleine de principes étouffants. Lors de son séjour, Lucy fait la connaissance d’un jeune Anglais maladroit et excentrique, George Emerson, dont elle tombera follement amoureuse. Des images magnifiques de la campagne toscane. Une scène inoubliable se déroule Piazza della Signoria.

Good Morning Babylonia, Paolo et Vittorio Taviani (1987) : Toscane, 1913 : le maestro Bonanno, perpétuant la tradition des maçons d’art, achève la restauration de Notre-Dame-des-Miracles, à Pise, avec ses deux fils Nicola et Andrea. Ceux-ci, à la suite d'une discussion animée avec leurs frères, décident de partir chercher fortune en Amérique…

Un thé avec Mussolini, de Franco Zeffirelli (1999) : en 1934, à Florence, Luca Innocenti, fils illégitime d'un marchand d'étoffes, se prend d’affection pour son professeur d'anglais, Mary Wallace. Humaine et chaleureuse, elle fait naître en lui une véritable passion pour Shakespeare. Grâce à Mary Wallace, le garçon rencontre un petit groupe d'Anglaises. Parmi elles, Lady Hester est une admiratrice de Mussolini…

Hannibal, Ridley Scott (2000) : A Florence, Hannibal Lecter, fiché par le FBI sous le nom de “Hannibal le Cannibale”, savoure sa vie tranquille d’universitaire nouvellement promu. Il se cache en effet derrière la personnalité d’un professeur d’art reconnu, devenu conservateur du Palazzio Caponi, dont l’ancien locataire a disparu de façon étrange. Pendant ce temps, une de ses anciennes victimes rêve de le voir dévoré par des cochons. Scott nous gratifie de très belles vues de Florence, même si la photographie du film fait “cliché”.

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