Florence et la Toscane
Histoire et politique
Histoire
En bref
La Toscane est le cœur de l’Etrurie, pays des Etrusques • Florence, commune libre dès la fin du XIIe siècle, est un important centre d’affaires • Sous les Médicis, Florence, capitale intellectuelle et artistique, rayonne dans toute l’Europe
Une civilisation à part
Les premières traces de la présence des Etrusques en Italie centrale remontent au VIIIe siècle av. JC. Avant même la fondation légendaire de Rome. Pendant plusieurs siècles, ils occuperont et gouverneront la plus grande partie de la Péninsule. Leur expansion culmine au VIe siècle av. JC, lorsque la dynastie des Tarquins règne sur Rome.
Une puissante flotte leur permet de s’établir en Orient, en Espagne et en Afrique du nord. Ils exportent du fer et du cuivre et importent de la soie, de l’ivoire, des céramiques. D’après des recherches récentes, leur langue écrite utilise l’alphabet grec pour faciliter les échanges d’un bout à l’autre de la Méditerranée. Leur société, de type aristocratique, accorde une grande importance aux femmes, à l’inverse des Romains. La musique et la danse sont particulièrement appréciées. C’est de cette civilisation très habile, artisanale et profondément artiste, qu’est née la Toscane.
Passage à vide médiéval
Du VIe au VIIIe siècle ap. JC : les Lombards envahissent et occupent le Nord, puis le centre de l’Italie. Période de violence et de barbarie, elle marque une perte momentanée des limites et des repères culturels de la Toscane.
En 774, Charlemagne est vainqueur des Lombards. Lucques (Lucca) devient la capitale de Toscane. Le IXe siècle voit l’éclatement de l’empire Carolingien. Une période d’anarchie s’ensuit avec l’apparition de nombreux états rivaux.
Le nouvel essor des Communes
Les XIe et XIIe siècles ont pour toile de fond un conflit incessant entre l’Empire et la Papauté. Les villes s’émancipent et s’organisent en communes. La Commune est une association libre et autonome des citoyens. La bourgeoisie et la petite noblesse locales prennent en main la destinée de leur cité. La prospérité économique des nouvelles communes permet progressivement l’accession à la vie politique des marchands et des artisans. Les communes sont administrées par des consuls, magistrats élus par une assemblée, détenteurs des pouvoirs exécutifs et législatifs. C’est dans ce contexte favorable que se développe Florence.
La république florentine
Au début du Moyen Age, Florence est un tout petit bourg, à l’ombre de Fiesole, puis de Lucques. Au Xe siècle, la future capitale toscane commence à s’urbaniser. L’agglomération se peuple. La campagne des alentours est aménagée et cultivée. L’économie de la cité est de plus en plus prospère. Le comte Ugo, marquis de Toscane, décide de transférer sa résidence à Florence et fait construire la Badia. Comme d’autres cités italiennes, Florence peut se libérer de la tutelle impériale et fonde une République. Elle est gouvernée dès 1138 par un consul, secondé à partir de 1167 par un conseil. L’année 1207 marque l’arrivée de la figure du podestat, magistrat extérieur à la ville, élu pour une courte durée par le conseil. Malgré son développement, Florence reste très longtemps à l’ombre de Sienne, principale ville toscane. Peu à peu, les Florentins constituent une armée pour se lancer à la conquête de la Toscane. Cette conquête dure trois siècles.
Les premiers partis politiques
Comme à Vérone, deux familles nobles s’affrontent dans la lutte pour le pouvoir. En 1216, à l’occasion d’une vendetta entre ces deux clans, un parti gibelin est créé. Il bénéficie du soutien de l’empereur germanique et regroupe bientôt tous ses partisans en Italie. Pourtant, les gouvernements gibelins à Florence seront de courte durée et peu nombreux. Les gibelins sont bannis de la ville et se regroupent à la campagne ou dans les cités rivales. En 1251, Pise et Sienne forment une association de villes gibelines. Le parti opposé, guelfe, favorable au Pape, se développe progressivement. Il prend toute son ampleur en 1266.
Ce sont les guelfes qui dotent Florence d’une constitution démocratique et d’un gouvernement, la Signoria. Y siègent les six représentants des corporations d’artisans - renouvelés tous les deux mois -, les prieurs des arts, et un officier de justice, le gonfalonier.
En 1300, on assiste à une scission entre guelfes noirs, plus conservateurs, et guelfes blancs, plus progressistes, indépendantistes et anti-papistes. Dante Alighieri, membre du nouveau parti des Guelfes blancs, est définitivement banni de sa ville natale en 1302. C’est l’épidémie de peste qui met fin à cette scission en 1348. Avec près de 50 000 morts, Florence se vide de la moitié de sa population.
La révolte des lainiers
Les famines et la détérioration des conditions de travail aboutissent à une crise politique en 1378. Les Ciompi, travailleurs de la laine, se révoltent. A la suite de nombreuses émeutes, ils obtiennent leur participation au gouvernement, mais s'en font exclure à nouveau en 1382. Leur réponse ne se fait pas attendre. Ils s’allient aux Albizzi, un groupe de familles de la grande bourgeoisie. Ils gouverneront Florence jusqu’en 1434, sous la forme d’une oligarchie. Celle-ci assure à la ville des débouchés maritimes, grâce à la prise de Pise (1406), de Cortone (1411) et de Livourne (1421). Les marchands florentins vont commercer en Espagne et en Orient. Des grandes fortunes se construisent, comme celles des Pitti ou des Datini. C’est aussi l’époque de la naissance de l’humanisme, avec Salutati et Bruni.
Le siècle des Médicis
La prospérité et le rayonnement de Florence sont liés à une famille, paysanne à l’origine, les Médicis. Ceux-ci deviennent marchands et changeurs. Giovanni, né en 1360, fonde une banque qui deviendra prospère. Son fils Cosme l’ancien, homme d’affaires discret et entreprenant, participe au gouvernement de Florence pendant 30 ans. Déjà la dynastie se met en place : Cosme installe des alliés dévoués à tous les postes clés de la ville. Il ruine les familles qui lui sont opposées. Il est le premier à pratiquer le mécénat. Il crée plusieurs bibliothèques, dont la bibliothèque Laurentienne. Il soutient le philosophe Marcile Ficino, les peintres et sculpteurs Brunelleschi, Donatello, Della Robia, Uccello, Lippi, Gozzoli, Fra Angelico. Il est le proche ami de l’architecte Michelozzo.
Deux des petits-fils de Cosme passent à la postérité. Julien est assassiné à 25 ans lors de la conjuration des Pazzi, en 1478. La formidable beauté de ce jeune homme, d’autant plus exceptionnelle dans une famille marquée par la laideur, a été immortalisée par les peintres de son temps, notamment Botticelli. Simonetta Vespucci, maîtresse de Julien, est le modèle de la Naissance de Vénus.
Laurent (1449-1492), frère de Julien, dont le règne est qualifié de magnifique, est aussi intelligent que disgracieux. Il s’impose très vite en prince autocrate et répressif. Calculateur, froid et fin diplomate, il confirme la place de Florence en Italie. Mais piètre homme d’affaires, il ne sait pas gérer sa fortune et mène sa famille au bord de la ruine. Comme ses prédécesseurs, Laurent le Magnifique est l’ami des arts : il s’entoure d’une cour de poètes, de philosophes et de peintres. Avec sa disparition prend fin le siècle glorieux des Médicis.
La folie Savonarole
En 1493, Savonarole, un moine dominicain fanatique, prêche le retour à l’ascétisme et à l’ordre moral. Il fustige le goût des plaisirs et des arts des Florentins. Terrifiant et tyrannique, il fait expulser Pierre II de Médicis, fils de Laurent. En 1497, il organise un bûcher des vanités, Piazza della Signoria. Il fait brûler livres de poésie, œuvres d’art, chapeaux, perruques et instruments de musique. L’année suivante, condamné par le Pape, Savonarole est brûlé vif. Les Enragés, adversaires des Médicis, prennent le pouvoir à Florence et instituent une république aristocratique. Machiavel, inventeur de la politique moderne, est un de leurs secrétaires.
Le lent déclin de Florence
En 1530, après un siège de presque un an, Florence se rend aux armées réunies du Pape et de l’Empereur. Les adversaires des Médicis sont exilés. Alexandre, arrière petit-fils de Laurent, devient Duc de Toscane. C’est la fin de la République.
Quarante ans plus tard, Cosme Ier crée le grand-duché de Toscane.
En 1737 s’éteint la dynastie des Médicis. François de Lorraine, futur empereur du Saint-Empire, devient grand-duc de Toscane. De nombreuses réformes sont entreprises pour moderniser la région. C’est le début de l’assainissement des zones marécageuses de la Maremme.
L’épisode napoléonien
L’année 1800 voit le premier consul Napoléon Bonaparte créer une République italienne. La Toscane est transformée en royaume d’Etrurie sous la direction du duc de Parme. Sept ans plus tard, la Toscane est directement réunie à la France. En 1809, la sœur de l’empereur Napoléon Ier, Elisa, devient grande-duchesse de Toscane. Elle s’installe à Florence. Avec la chute de Napoléon, le Congrès de Vienne (1815) rattache la Toscane à l’empire austro-hongrois. Le duché de Lucques revient à l’infante d’Espagne, Marie-Louise de Bourbon.
Capitale éphémère du jeune royaume italien
En 1849, Florence se soulève. Le grand-duc est chassé. La République est proclamée. L’année 1860 est décisive dans l’unification italienne. La Toscane s’unit au royaume de Piémont et fait partie de la nouvelle nation italienne. Entre 1865 et 1870, en attendant la conquête de Rome, Florence est la capitale de l’Italie.
Un XXe siècle terne
En 1905, les travaux d’assainissement de la Marenne reprennent. La malaria est éradiquée. Durant la seconde guerre mondiale, la Toscane est une importante zone de combats entre les alliés et les Allemands, qui dominent le nord de l’Italie. Le 12 août 1944, Florence est libérée par les alliés. En juin 1946, la Toscane vote massivement pour la République italienne.
Florence est la capitale culturelle européenne de l’année 1986. En 1993, le parc naturel de la Maremme est distingué par le grand prix de protection de l’environnement, décerné par le Conseil de l’Europe.
6 dates clés
VIIIe siècle av. JC : apparition de la civilisation étrusque en Italie.
1434 : début du gouvernement des Médicis.
1494-1498 : Savonarole fait régner la terreur sur Florence.
1737 : fin de la dynastie des Médicis.
1807 : la Toscane est réunie à la France du premier Empire.
1865-1870 : Florence est la capitale de l’Italie unifiée.
Vie politique
En bref
L’Italie est une jeune république et une démocratie parlementaire instable • La politique à Florence est une tradition • Un maire emblématique
Un pays neuf
L’Italie est un pays récent. Son unité remonte à 1870. La tradition de petits états et de villes franches, jalouses de leur indépendance, confère une force particulière aux institutions locales. Longtemps la démocratie y a été fragile. L’Italie est le premier pays à avoir choisi un gouvernement fasciste (1922). La dictature instituée dès 1925 durera 20 ans, jusqu’à l’exécution de Mussolini. La Monarchie, qui s’est compromise, en sort discréditée. La première République italienne est proclamée en 1946. En 55 ans d’existence, elle a connu plus d’une centaine de gouvernements différents, qui ont démissionné au gré des alliances politiques et des scandales financiers. Pourtant, depuis 1994 (année de l’opération Mains propres) et la naissance de la seconde République, la vie politique italienne s’est assainie. Les partis ont évolué ou disparu (DC, PCI, PSI) ; d’autres sont apparus (Forza Italia, Ligue du Nord, PDS, Rifondazione Communista). Pour autant, l’instabilité gouvernementale demeure. La coalition de l’Olivier (gauche modérée et démocratique) est menacée. Les élections législatives s’annoncent difficiles.
La politique florentine
La tradition politique à Florence remonte au Moyen Age, au moment de sa constitution en Commune libre. Le style politique florentin est un modèle dans l’art du gouvernement. C’est un mélange de sévérité, de froideur et de distance, combiné avec une grande finesse diplomatique, un art consommé de la négociation. Les figures historiques servent encore de référents : l’habileté et la ruse de Côme l’ancien, le brillant et la séduction de Laurent le Magnifique, le calcul cynique et l’art tactique de Machiavel.
La municipalité
Durant le XXe siècle, la figure la plus humaine et la plus marquante de la politique florentine est sans conteste Giorgio La Pira (1904-1977). Cet homme modeste et érudit, juriste, fait partie des jeunes intellectuels florentins qui résistent contre la dictature fasciste. A la libération (1944), il participe à la création du quotidien La Nazione del popolo. En 1948, il est nommé secrétaire d’Etat au ministère du Travail. Démocrate chrétien, il est maire de Florence durant les années 1951-58 et 1961-65. Il se révèle un ardent défenseur de la paix dans le monde. Il crée et organise (en pleine Guerre Froide) les premiers Congrès internationaux pour la Paix. Très engagé socialement, il a développé à Florence des programmes de logements à loyer modéré, de constructions de crèches et d’écoles, de modernisation des hôpitaux et de soutien de l’emploi local.
Le maire actuel de Florence s’appelle Mario Primicerio. Il appartient à la Démocratie Chrétienne. Il a développé un programme d’ouverture et de développement des relations des écoles florentines, de tout niveau, avec des écoles d’autres pays européens.
Médias
En bref
Une presse diversifiée • Une télévision médiocre • Des émissions locales
La presse
Parmi les journaux les plus lus en Italie, on peut citer : L’Unità, Il Corriere della sera, La Stampa, La Reppubblica, Il Mondo, Il Gazzettino, Il Manifesto, Liberazione et La Nazione, éditée à Florence.
Italia oggi est un quotidien politique, économique et juridique. Affari italiani est un quotidien qui traite des marchés financiers, de la vie des entreprises et de la Net-économie. Tuttoturismo, Viaggiare et Bell’Italia sont des revues de tourisme : manifestations, événements, manifestations artistiques, festivals dans toute l’Italie. A chaque parution, un dossier spécial traite d’une région ou d’une ville en profondeur. L’Appennino traite des randonnées et de l’escalade en Italie centrale.
Côté presse régionale, Il Tirreno est le quotidien de la Toscane. Il présente des informations sur les villes toscanes, des dossiers spéciaux sur la région et des rubriques spécifiques : spectacles, fêtes, musique, sport, musées, université, santé… On trouvera aussi sur Internet un quotidien local consacré à Florence : www.firenze.net.
Télévision
Deux groupes ont le monopole du petit écran : la RAI et Mediaset.
La RAI (Radio e televisione italiana) représente la télévision publique. Elle compte trois chaînes dont la médiocrité est souvent dénoncée. Comédies sentimentales, jeux, émissions sportives et soap-opera, dans la plus pure tradition brésilienne, se partagent l'antenne.
Mediaset regroupe les trois principales chaînes concurrentes de la RAI : Canale 5, Italia 1 et Retequattro. Si elles comptent les journaux télévisés les plus suivis d'Italie, ces chaînes sont souvent au cœur de violentes polémiques. En période électorale, notamment, elles sont accusées d'être "à la botte" de leur célèbre propriétaire, le politicien Silvio Berlusconi. Enfin, le parc télévisuel italien est constitué d'une myriade de chaînes privées et/ou régionales de qualité très variable.
Radio
C’est la RAI, service public, qui est de loin le premier relais d’information et de diffusion du pays. Le service de radiodiffusion couvre tout le territoire et propose également des émissions locales dans chaque région. Parmi les autres radios importantes, citons Radio Deejay et KW Radio, qui diffusent de la musique toute la journée ; Isoradio (103,3FM) qui donne des informations sur l’état de la circulation routière en Italie, et enfin la radio généraliste Radio Capital, qui diffuse des informations en tout genre : actualité, météo, sport, culture…
Economie
En bref
Une économie florissante • Des industries traditionnelles vivaces • Un secteur tertiaire en plein essor
Depuis 1999, l’économie toscane connaît un très fort développement. Il se crée environ 3000 entreprises (PME) par an, surtout dans le secteur des services. La croissance annuelle du PIB toscan est de l’ordre de 4,5 %. Le taux de chômage est, avec la Vénétie, un des plus bas d’Italie : 4,7 %. L’emploi a augmenté de presque 4 % entre juillet 1998 et mai 2000.
L’agriculture occupe une place importante et représente plus de 20 % du revenu de la Toscane, grâce à l’huile d’olive, au vin et à l’élevage (volailles et ovins).
L’extraction de minerai (fer, mercure et pyrite) et de marbre (Carrare, Lucques) apporte de fortes recettes à la région. Un important complexe électrochimique est situé à Prato. Le secteur alimentaire (pâtes, glaces…) occupe environ 10 % de la population active.
Les industries traditionnelles, souvent artisanales, sont encore très vivaces : laine, soie, cuir, verre, céramique, teinturerie, confection. L’industrie moderne s’est développée, particulièrement vers le nord de la ville, à Sesto Fiorentino : appareils ménagers, matériel textile, automobiles, chimie (Montecatini). Le secteur industriel a connu une croissance de 6 % de sa production en 2000.
Le tissu industriel est très dense dans le nord-ouest du pays. Le Nord-Est et le centre, aujourd’hui les régions les plus dynamiques, s'appuient sur la flexibilité des petites entreprises. Il existe un management à l’italienne, fait de créativité, de souplesse et d’adaptabilité. Une très grande importance est accordée au design. Le secteur du commerce, très dynamique, continue de croître chaque année (environ +3 % par an). Les secteurs de la mode (chaussures, vêtements, cuirs, parfums, bijoux) et du luxe (Armani, Versace, Ferré, Gucci, Valentino, Gigli…) sont les plus importants.
Le secteur tertiaire n’est pas en reste. Florence est la troisième ville d’Italie pour la presse (La Nazione), l’édition et la publicité. Les agences de communication florentines ont très bonne réputation. Le tourisme est un des pôles majeurs de l’économie de la cité des lys. Dans le reste de la Toscane, le tourisme (art et plages) est aussi une source primordiale d’emplois et de revenus.
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