Rome
Histoire
En bref
Fondée sur une légende, Rome centre du monde pendant 10 siècles • Les papes affrontent les empereurs et les rois • 1870 : Rome, capitale de l’Italie unifiée
Avant Rome
D’après la légende, la ville aurait été fondée en 753 av. JC. par les jumeaux Romulus et Remus. Romulus aurait assassiné son frère Remus pour avoir franchi le sillon symbolisant les limites de la ville. A la fin du VIIIe siècle av. JC, les Etrusques s’installent dans les régions de l'Italie centrale. Si leur origine et leur langue demeurent obscures, ils deviennent en un siècle, les maîtres du Latium, la région de Rome. Cette brillante civilisation est marquée par l'apport de nombreuses nouveautés architecturales (comme la voûte) et culturelles (culte des morts, divination). On leur doit aussi l'aménagement du site naissant de Rome. Les nécropoles de Cerveteri ou Tarquinia rappellent aux visiteurs combien cette culture était florissante.
La Rome antique
La monarchie : 753-509 av. JC
Selon Tite-Live, le dernier des tyrans étrusques, Tarquin le Superbe, est chassé du trône lors d'une révolte conduite par Brutus. Ce soulèvement aurait eu pour origine le viol de Lucrèce par le fils du souverain. Avant de se suicider, la jeune femme aurait fait promettre aux siens (dont Brutus) de renverser le père du criminel… La monarchie est abolie et la République romaine voit officiellement le jour en 509 av. JC.
La République : 509-27 av. JC
Les premiers pas de la République sont marqués par une rivalité croissante entre plébéïens et patriciens. Ces derniers constituent une petite oligarchie, représentant les intérêts des grandes familles romaines. Ils détiennent en réalité l'essentiel du pouvoir économique et politique. Les droits civils de la plèbe ne seront reconnus que vers 450 av. JC, avec la promulgation de la Loi des Douze Tables. Pendant ce temps, Rome entreprend de conquérir de nouveaux territoires : elle assoit sa domination sur la péninsule italienne, puis s'engage dans une lutte terrible contre la prospère Carthage. Les trois Guerres Puniques se solderont par l'anéantissement de la cité africaine (146 av. JC) et l'affirmation de la suprématie de Rome sur le monde méditerranéen. Pourtant, les bénéfices des conquêtes n'ont pas de répercussion sur le niveau de vie du petit peuple. La classe moyenne est souvent réduite à la misère et des troubles sanglants agitent sporadiquement la République. Les Frères Gracques sont assassinés pour avoir voulu défendre les intérêts de la plèbe et s'être opposés au régime de la grande propriété (133 av. JC). Le soulèvement des colonies latines, qui réclament la citoyenneté romaine, est sévèrement maté par le général Sylla (91-88 av. JC). Quelques années plus tard, l'esclave Spartacus et 6000 de ses partisans sont crucifiés sur la via Appia pour avoir défié la toute-puissance de Rome (75 av. JC).
En dépit de ses divisions intestines, la puissance romaine ne cesse de s'étendre. Entre 58 et 50 av. JC, Jules César s'empare de la Gaule. L'année suivante, il franchit avec son armée le Rubicon, chasse le grand Pompée de Rome et se fait nommer dictateur à vie. César exerce un pouvoir presque absolu jusqu'à son assassinat par Brutus (son fils adoptif) et Cassius, en 44 av. JC. Le court règne de César suffira toutefois à l'avènement d'une série de réformes destinées à améliorer les conditions de vie du peuple. Sa mort est suivie de 17 années de troubles et de guerres civiles, avant qu'Octave, son petit neveu, ne parvienne à s'imposer en éliminant ses adversaires (Lépide et Marc-Antoine). En 27 av. JC, le sage Octave prend le titre d'Augustus, qui sera désormais porté par tous les empereurs romains.
L’Empire : 27 av. JC – 476 ap. JC
Le long règne d'Auguste (47 ans) inaugure la pax romana, qui durera près de 200 ans. L'empire romain s'étend désormais sur tout le pourtour du bassin méditerranéen. Les frontières sont solides et, à l'intérieur du pays, les arts et les lettres s'épanouissent avec éclat. Virgile, Ovide et Tite-Live font triompher la littérature classique. Les grands principes de l'architecture romaine sont posés à la même époque. Si Tibère gère le pays avec bon sens et austérité, il n'en va pas de même avec ses successseurs : Caligula aurait nommé son cheval consul, Néron met le feu à Rome (64) et persécute les chrétiens avec ardeur.
Rome connaît son âge d'or sous la dynastie des Antonins (96-192). L'empire atteint son degré d'expansion maximale grâce aux nombreuses conquêtes de l'empereur Trajan (Arabie, Mésopotamie, Assyrie, Arménie…). Son fils adoptif, Hadrien, fait édifier un gigantesque mur entre l'Ecosse et l'Angleterre pour protéger l'empire des envahisseurs nordiques. Marc Aurèle, le prince stoïcien, favorise la vitalité intellectuelle de Rome sans oublier de repousser les assauts des barbares aux frontières. Avec la mort de Commode (192), prince versatile et autocrate assassiné dans sa baignoire, la dynastie des Antonins s'éteint.
C'est un général africain, Septime Sévère (193-211), qui lui succède à l'issue d'une guerre civile meurtrière. Sous son règne, l'influence et le pouvoir de l'armée s'accroissent considérablement. Les cités sont lourdement taxées pour financer le maintien des troupes aux frontières. Pourtant, les premiers signes de décomposition de l'empire ne tardent pas à survenir. Entre les raids germaniques, la valse des empereurs (40 en 50 ans !) et les difficultés économiques, le pays semble bientôt au bord du gouffre.
L'empereur Aurélien, qui accède au pouvoir en 270, parvient à redresser temporairement la situation. Il fait édifier une nouvelle enceinte autour de Rome. Dioclétien (285-305), qui lui succède, affaiblit de nouveau l'autorité impériale en instaurant une tétrarchie (l'empire est gouverné par quatre empereurs). Les persécutions contre les chrétiens s'intensifient cruellement sous son règne, avant de s'interrompre définitivement sous Constantin (306-337). Frappé par une vision lors d'une bataille, le nouvel empereur se serait brutalement converti au christianisme. Il décrète la liberté de culte par l’édit de Milan (313) et fait de Byzance la nouvelle capitale de l'empire…
Théodose (379-395) est le dernier souverain d'un empire déclinant mais encore unifié. Il proclame le christianisme religion d'état. A sa mort (395), ses deux fils se partagent le monde romain entre Empire d’Orient et Empire d’Occident. En 410, Rome, inviolée depuis 8 siècles, est mise à sac par Alaric, roi des Wisigoths. Vient bientôt le tour des Vandales, puis des Ostrogoths. En 476, Odoacre, roi des Hérules, dépose Romulus Augustule. Douze siècles (et plus de 250 souverains) après la fondation de Rome, c'en est fini de l'empire romain d’Occident.
L’empire carolingien
Rome n'est plus la capitale du monde. Son importance politique décline et, au VIe siècle, la ville ne compte plus que quelques milliers d'habitants. En dépit de la tutelle byzantine, les papes voient leur rôle augmenter considérablement. De 590 à 604, Grégoire Ier s'impose comme le véritable maître de la cité. Au fur et à mesure de la détérioration des relations entre Rome et Constantinople, les chefs chrétiens vont renforcer leurs liens avec l'Occident. En 752, menacé par les invasions lombardes et l'empire byzantin, le pape appelle au secours Pépin Le Bref, le roi des Francs. En l’an 800, Charlemagne, le fils de Pépin, est sacré empereur d'Occident à Rome par Léon III.
Le pape contre l’empereur
A la mort de Charlemagne (814), l’Empire carolingien est rapidement démembré et la papauté perd un protecteur puissant. En 846, les Sarrasins pillent les tombes de saint Pierre et de saint Paul. Les Xe et XIe siècles sont à marquer d'une pierre noire dans l'histoire de la papauté. Les grandes familles féodales multiplient assassinats, intrigues et coups fourrés pour s'approprier le trône de Saint-Pierre. Le pape Jean XII s'illustrera par une action dans la même veine. Décidé à s’opposer au souverain de l'Italie du Nord, il sacre Otton Ier souverain du Saint-Empire romain germanique (la partie orientale de l’empire de Charlemagne). Mais Otton exige que lui-même et ses successeurs dirigent désormais l’élection du souverain pontife. Dès lors, une extraordinaire lutte d’influence ne va cesser d'opposer le Saint-Siège à l’Empire. Papes et antipapes (proposés par l'un ou l'autre des partis) vont défiler, plongeant le monde chrétien dans l'anarchie et le désarroi.
La querelle s’amplifie
Les démêlés de Boniface VIII (1294-1303) avec Philippe Le Bel constituent l'un des épisodes de cette sombre saga. Ils se solderont par le transfert de la papauté en Avignon de 1309 à 1377, sous la coupe des monarques français. Pendant ce temps, des dissensions continuent d'opposer les chrétiens d'Occident à leurs frères de Constantinople. Le retour du pape à Rome est suivi par le Grand Schisme d’Occident (1378-1417) qui déchire définitivement la chrétienté en deux.
De la Renaissance au XVIIe siècle
Issus des grandes familles aristocratiques romaines (Médicis, Borgia…), les papes de la Renaissance vont s'employer à faire de Rome une capitale digne de la chrétienté. Princes et mécènes plus que religieux, Nicolas V, Jules II et Léon X s'entourent des meilleurs artistes de leur temps (Michel-Ange, Raphaël, Bramante, Cellini). Ils commanditent des chefs-d'œuvre qui vont changer définitivement le visage de Rome (Saint-Pierre, chapelle Sixtine…) Pourtant, l'énorme fossé entre le mode de vie fastueux des prélats et l'indigence du peuple suscite l'indignation et la colère. En 1517, le moine allemand Luther pose les fondements de la Réforme protestante. Dix ans plus tard, la mise à sac de Rome par les troupes de l’empereur Charles Quint brise définitivement l'élan de la Renaissance. Soucieuse d'enrayer la montée de la Réforme, la papauté affiche désormais plus de rigueur et s'emploie à restaurer l'autorité morale de l'Eglise. Elle pose, avec le concile de Trente (1545-1563), les bases de la Contre-Réforme. Il faut attendre le pontificat d'Urbain VIII (1623-1644) et l'explosion du style baroque (Le Bernin) pour que Rome renoue avec l'effervescence de la création artistique.
Le XIXe siècle : vers la naissance de la nation italienne
L'annexion de l'Italie par Napoléon réveille un fort sentiment nationaliste, exacerbé par l'occupation française. En 1814, la brève unité imposée par Napoléon vole en éclats. Le congrès de Vienne (1815) redéfinit le découpage de l’Italie, autorisant la papauté à retrouver ses prérogatives sur les territoires de l'Eglise et accordant à l'Autriche le contrôle du nord de la péninsule. Dès 1821 ont lieu les premières insurrections nationalistes. En 1825, Mazzini, favorable à la république, crée le mouvement de la jeune Italie. Cavour fonde en 1847 le journal libéral Il risorgimento, emblème du mouvement pour l'unification et l'indépendance de l'Italie. Ce mouvement entraîne les insurrections de 1848 contre la domination autrichienne. Les Piémontais font alors appel à Napoléon III pour repousser l'envahisseur autrichien. En échange, le Piémont cède à la France la Savoie et le comté de Nice. A la tête des Chemises Rouges, Giuseppe Garibaldi (de retour d'exil) s'empare de Naples et de la Sicile en 1860. L’année suivante, Victor-Emmanuel II est proclamé roi d’Italie. En 1870, les Français, mobilisés par la guerre contre la Prusse, abandonnent Rome. Garibaldi peut enfin récupérer la seule pièce manquante de l'échiquier italien. Rome est proclamée capitale de l'Italie. Privé de son pouvoir temporel, le Pape se réfugie au Vatican.
D’une guerre l’autre
En 1915, l’Italie entre dans la guerre aux côtés des Alliés, espérant récupérer les territoires adriatiques de l’Empire austro-hongrois en cas de victoire. Au terme du conflit, le refus des revendications territoriales, les difficultés économiques et l'instabilité gouvernementale favorisent la montée du fascisme.
Soutenu par les Chemises noires, Benito Mussolini prend la tête du gouvernement peu après la marche sur Rome (1922). Il installe un régime totalitaire et rêve de rétablir la puissance de l'empire romain. En 1929, les accords du Latran – signés par Mussolini et le pape Pie XI – aboutissent à la création de l'état du Vatican. Le Duce conquiert l'Abyssinie en 1935, puis s'allie avec Hitler en 1936. L'Italie entre en guerre en 1940 contre la France et l'Angleterre. Mais le débarquement en Sicile des alliés en 1943 précipite la chute du dictateur. Réfugié sur le lac de Garde, Mussolini est capturé et exécuté par la population en avril 1945. La république est instaurée par référendum en 1946.
L’Italie contemporaine
La plus jeune république d'Europe se caractérise par une instabilité politique record. Les gouvernements se font et se défont mais cette agitation n'empêche pas le pays de se reconstruire rapidement et d'entrer dans l’ère industrielle. Le fameux “Miracle italien” marque les esprits. Les banlieues poussent comme des champignons autour de Turin, Milan ou Rome : les promoteurs immobiliers encouragés par les maires font florès. Le système de corruption généralisée de la vie politique et économique se met en place. En 1956, l'Italie fait partie des membres fondateurs de la Communauté européenne.
L'autre facette de l'histoire italienne, plus sombre, est durement marquée par le terrorisme, les extrémismes et la mafia. En 1978, l’assassinat d'Aldo Moro (ancien président du Conseil démocrate-chrétien) par les Brigades rouges, atteint un sommet de violence dans la lutte sanglante qui oppose le gouvernement aux mouvements terroristes. Avec la promulgation des lois anti-mafia en 1982, s'ensuit la longue série des procès de Palerme. En dépit des représailles impitoyables pratiquées contre les juges, cette campagne a révélé au grand jour les implications mafieuses de plusieurs centaines d'hommes politiques. Dix ans plus tard, l’opération Mani Pulite (mains propres) fait chuter la république. En 1994, l'industriel Silvio Berlusconi prend la tête du premier gouvernement de droite depuis la seconde guerre mondiale. L'expérience tourne court et les élections d'avril 1996 entérinent la victoire d'une coalition de gauche (la coalition de l’Olivier) conduite par l’économiste Romano Prodi. On peut mettre à l'actif de Prodi une nette réduction du déficit public et le retour à une certaine prospérité. Malgré ce bilan positif, le gouvernement tombe en octobre 1998. Le nouveau chef du gouvernement Massimo d’Alema s'inscrit dans le sillon politique de Prodi et gouverne au centre en limitant les déficits. En 1999, l’Italie fait partie de la zone Euro. En 2000, Rome fête le jubilé de la chrétienté.
6 dates-clés
753 av. JC : fondation de Rome.
27 av. JC : Auguste crée l’Empire.
476 ap. JC : chute de l’Empire romain d’Occident.
1870 : Rome, capitale du jeune royaume d’Italie.
1929 : signature des accords de Latran.
2000 : Jubilé de la chrétienté à Rome.
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